Compagnies étrangères visées et ONG montrées du doigt
Soudan: Les missionnaires comboniens préparent une campagne de boycott
Nairobi, 2 février 2001 (APIC) Comment peut-on parler de libération à un peuple qui souffre depuis si longtemps, s’indigne le Père missionnaire Michel Stragapede, à propos du sud Soudan. Dans cet imbroglio, entre ceux qui «luttent» sans plus savoir contre qui ni quoi, les populations chrétiennes et animistes paient au prix fort les menées ambitieuses de quelques petits chefs. Dans son appel, le missionnaire dénonce les organisations non gouvernementales ainsi que les Eglises qui prolongent la lutte sans s’en rendre compte, avec des aides humanitaires apportées également aux partis en lutte. Il s’en prend enfin à des compagnies chinoise, canadienne, suédoise et française. Lassés, les missionnaires comboniens du «Justice and Peace Committee» se préparent à lancer une campagne de boycott
Il ne s’agit plus d’une Guerre de libération, mais, au nom de la libération, que d’injustices sont commises! «Comment peut-on parler de libération à un peuple qui souffre depuis longtemps du manque d’assistance sanitaire, d’écoles, et qui souffre à la pensée de la famine qui s’approche?», dénonce en effet Le Père Stragapede, porte-parole du «Justice and Peace Committee», qui coordonne depuis Nairobi le travail des 30 Missionnaires Comboniens dans les régions libérées du Soudan Méridional.
Dans le sud du Pays, qui est à majorité chrétienne et animiste, les rebelles soudanais luttent depuis 1983 contre le gouvernement de Khartoum pour obtenir une plus grande autonomie. Le conflit a fait jusqu’à présent plus de 2 millions de victimes. Pour aggraver encore cette situation dramatique, plus de 3,2 millions de soudanais sont aux prises, depuis le début de 2001, avec une famine terrible, et avec le manque d’eau et de nourriture suite à la guerre civile.
«Personne ne lutte plus pour la liberté des Soudanais, et pour la défense des droits de l’homme, déclare le missionnaire. La guerre est devenue une lutte pour le pouvoir et pour la richesse. La religion elle-même est détournée de ses fins et est utilisée pour obtenir d’autres intérêts… La parole `libération a perdu son sens propre. A quel progrès assistons-nous?. Les oppresseurs et les opprimés cherchent à se mettre à l’abri. Les populations du Nord luttent contre celles du Sud, celle du Nord contre celles du Nord, celles du Sud contre celles du Sud, les tribus de Nuer et celles des Dinka combattent contre les Arabes. Les Nuer et les Arabes combattent les Dinka, les Dinka contre les Dinka, les Nuer contre les Nuer, les Didinga contre le Dinka».
«Le Soudan méridional est aux mains de l’armée populaire de libération du Soudan (SPLA) du colonel John Garang; il a créé en son sein une branche, la «Sudan Relief Rehabilitation Association» (SRRA) pour les pourparlers avec les organisations non gouvernementales. Ces dernières années, trois dirigeants de l’ethnie des Nuer se sont détachés du SPLA, Riak Machar, Kerubino Bol et Lamakol.
Dans son appel, le Père Stragapede fait remarquer que les organisations non gouvernementales ainsi que les Eglises prolongent la lutte sans s’en rendre compte, avec les aides humanitaires qui soutiennent également les partis en lutte. La plus grande partie des écoles de la région sont dirigées par l’Eglise, et les missionnaires Comboniens doivent lutter contre l’enrôlement forcé des enfants. «La population doit supporter les abus répétés des soldats. Les militaires eux-mêmes sont découragés et ils ne sont plus payés; ils y remédient en pillant et en emportant du butin. De très nombreuses familles cultivent le strict nécessaire, étant donné qu’elles sont obligées de payer un contribution aux forces armées».
En raison de problèmes de sécurité et de la crainte d’enrôlement forcés, plusieurs diocèses ont dû créer, en dehors du Soudan, au Kenya ou en Ouganda, des Centres de formation pour catéchistes, enseignants et séminaristes. «Nous autres missionnaires, nous devons assurer l’éducation des enfants, soigner les malades et les blessés, soulager les gens qui ont faim et qui n’ont d’autre perspective que de combattre ou de quitter le pays», ajoute le missionnaire.
Le gouvernement de Khartoum a intensifié la guerre contre les rebelles du Sud, en intensifiant les bombardements. Au début du mois de janvier, le ministre des Affaires étrangères, Mustafa Osman Ismail, a déclaré que les forces militaires continueraient à se servir des bombes pour frapper des objectifs civils au Soudan méridional. Le ministre a justifié cette décision par le fait que «les rebelles se retranchaient derrière des boucliers humains». En 2000, les objectifs civils du Soudan méridional ont été visés plus de 150 fois. Au mois d’août, la Conférence régionale des évêques catholiques du Soudan avait dénoncé avec force les bombardements incessants d’objectifs civils de la part des forces de Khartoum.
Le 12 janvier dernier, des forces armées gouvernementales ont emmené 103 femmes et enfants en esclavage, à l’occasion d’incursions dans des villages du Soudan méridional. Lors d’une précédente incursion, ils avaient déjà emmené 122 femmes et enfants noirs. Le 12 janvier toujours, le Siège de la Croix-Rouge Internationale de Chelkou a été attaqué par des forces militaires alliées au Front Islamique National.
Malgré cette situation, les milieux de l’économie du pays semblent ne pas se préoccuper. Dans les régions méridionales, des oléoducs sont contrôlés par des compagnies chinoises, canadiennes, suédoises et françaises. Avec les bénéfices provenant de la vente du pétrole, le gouvernement a renforcé les armements, acheté des chars, et développé les liaisons aériennes.
Les missionnaires comboniens du «Justice and Peace Committee» se préparent à lancer une campagne de boycottage. «Nous voulons proposer de ne plus acheter le pétrole vendu par le gouvernement, parce que les sommes perçues risquent tout simplement de renforcer la guerre». (apic/fs/pr)




