Le monde a besoin d’une institution pour orienter l’économie
Economie: Jacques Delors et la globalisation
Milan, 7 février 2001 (APIC) Il faut créer une institution capable de gouverner une économie sans lois, a proposé à Milan le Français Jacques Delors. L’ancien président de la Commission européenne s’exprimait sur le thème «En dette de justice», organisé le week-end dernier à Milan par la Commission ecclésiale italienne pour la réduction de la dette extérieure et l’Institut pontifical pour les Missions étrangères (PIME).
J. Delors s’est exprimé en faveur de la création d’un conseil de sécurité économique, une sorte de «Nations Unies» qui serve de tremplin permettant aux pays plus faibles de faire entendre leur voix, et qui rééquilibre la structure «pyramidale» de l’actuelle organisation des Nations Unies et des «forts» de l’économie internationale.
L’objectif déclaré de J. Delors: tenter de gouverner une globalisation qui agrandit de jour en jour l’abîme entre les pays pauvres et les pays riches. Il a rappelé qu’au cours des quatre dernières années, la dette des pays pauvres a été multipliée par quatre. Une augmentation qui met en danger la vie de millions d’êtres humains ainsi que la stabilité, l’avenir et la sécurité de la planète.
J. Delors a choisi de ne pas participer au Forum économique de Davos cette année. Il a expliqué, en marge de la rencontre de Milan, que là où se réunissait le «gotha» économique de la planète, il se sentait «comme ces prédicateurs de l’ouest américain qui entraient dans les saloons avec leur Bible, tandis que les clients continuaient à boire, avec leurs compagnes, bras dessus, bras dessous». «Nous assistons à une perte de légitimité des acteurs économiques classiques», a-t-il expliqué. D’où la nécessité urgente d’un Conseil de Sécurité économique qui envisage la présence de représentants des différents Etats au plus haut niveau, afin de pouvoir reformuler les règles du jeu. Accueillant en son sein les pays en voie de développement, il les placerait dans une situation de responsabilité et non dans une condition d’assistés «.
Une évidence
«La pauvreté ne diminue pas. Au contraire, elle augmente, même dans les pays riches», a poursuivi J. Delors. Mais on peut lutter contre la pauvreté. Avec réalisme, en sachant qu’il n’y a pas de recette, mais aussi avec des campagnes comme celle de la Conférence épiscopale Italienne (qui visait à racheter la dette de quelques pays pauvres à condition que ceux-ci investissent dans la santé et l’éducation) ou la campagne internationale «Jubilé 2000» soutenue par Jean Paul II. Mais ces campagnes, a ajouté Delors, ne doivent pas faire oublier que la suppression du fardeau de la dette n’est qu’un premier pas vers un autre but : la construction d’un développement plus humain pour tous.
Les institutions internationales sont, selon J. Delors, en train de changer d’attitude. L’an dernier, on a pris des mesures pour que 22 des 41 pays les plus endettés puissent bénéficier d’une promesse de remise de leur dette, même si aujourd’hui seul l’Ouganda a vu sa dette entièrement annulée. On a compris, a poursuivi l’ancien président de la Commission européenne, que la lutte contre la pauvreté n’est pas seulement une question de comptabilité. J. Delors a cité le président de la Banque Mondiale, James D. Wolfensohn, qui, en octobre 1998 a déclaré: «Le développement n’est pas qu’une question d’ajustements, de bilans à redresser ou de remèdes de technocrates».
Le rôle de la société civile
S’agissant des événements et du fameux mouvement de «Seattle» (mouvement international d’organisations les plus diverses qui voyagent à travers le monde pour manifester leur désaccord), l’orateur a estimé que dans cette bataille, le rôle de la société civile est important. «Il faut absolument réagir contre l’actuel déséquilibre international». (apic/cip/zn/pr)




