Intervention de la Commission fédérale des étrangers
Suisse: L’Eglise orthodoxe serbe en Suisse mise sous administration provisoire
Berne/Winterthour,
(APIC) La Commission fédérale des étrangers (CFE), un organe officiel de la Confédération, est intervenue, à la grande surprise des milieux d’Eglise suisses, pour mettre de l’ordre dans les affaires de l’Eglise orthodoxe serbe en Suisse. La troisième communauté religieuse du pays – une centaine de milliers de Serbes de confession orthodoxe vivent en Suisse – est en crise depuis le départ, en 1997, du vicaire épiscopal Drasko Todorovic.
La CFE a en effet chargé le Comité de patronage de l’Eglise serbe en Suisse de réaliser une structure unifiée pour l’Eglise orthodoxe serbe en Suisse. Cette dernière est ainsi mise de facto sous administration provisoire. Le Comité de patronage est une institution mise sur pied en 1969 par les trois Eglises nationales (catholique, évangélique réformée et catholique chrétienne) pour soutenir moralement et matériellement les paroisses orthodoxes serbes qui se développaient avec l’arrivée des travailleurs immigrés de Yougoslavie.
Le président du Comité de patronage, le professeur Harald Rein, enseignant à l’Université de Berne et curé catholique-chrétien de Winterthour, préside désormais la cellule administrative provisoire. Il devient «de facto» vicaire épiscopal ad intérim, a-t-il expliqué à l’APIC. Faisant office de courroie de transmission entre la Commission fédérale des étrangers et les communautés orthodoxes serbes en Suisse, Harald Rein a pour mission de mettre sur pied un Conseil synodal, qui représenterait l’ensemble des paroisses orthodoxes serbes du pays.
Le Comité de patronage doit jongler avec les divergences internes au sein même de la communauté orthodoxe serbe en Suisse, très éclatée, et faire face aux difficultés de communication avec l’évêque orthodoxe serbe Constantin, responsable pour l’Europe centrale, qui vit dans la localité allemande de Himmelsthür, en Basse-Saxe. «La nomination d’un évêque orthodoxe responsable de l’Europe centrale en 1991 en la personne de Mgr Constantin et l’arrivée de prêtres d’ex-Yougoslavie ont provoqué une dispersion malsaine des forces», estime le président du Comité de patronage Harald Rein. De plus, le vicaire épiscopal nommé par l’évêque Constantin, responsable pour les fidèles serbes en Allemagne, en Autriche et en Suisse, réside à Stuttgart. Il connaît mal le cadre juridique helvétique et n’est pas un interlocuteur valable pour les autorités suisses.
Autorités suisses insatisfaites
La situation actuelle de l’Eglise orthodoxe serbe en Suisse n’est pas satisfaisante pour les autorités suisses qui désirent traiter avec un seul interlocuteur. La principale mission de la CFE, explique à l’APIC l’un de ses fonctionnaires, Paul Sütterlin, est de faciliter l’intégration des étrangers en Suisse. La Commission fédérale tient dans ce cadre à avoir un interlocuteur unique, dans chaque communauté religieuse d’origine étrangère. C’est d’ailleurs ce problème qui a motivé l’intervention de la CFE, car la Confédération dispose d’un contingent de permis de travail et de séjour réservé spécialement aux responsables religieux des communautés d’origine étrangère. Pour octroyer ces permis, la Commission a besoin d’informations concernant les besoins effectifs et la possibilité d’assurer aux pasteurs un salaire adéquat.
Membre lui aussi du comité de patronage, le directeur de la Commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants «Migratio», Urs Köppel précise pour sa part qu’il s’agit d’apporter une aide à l’Eglise orthodoxe serbe mais en aucun cas «de s’ingérer dans ses affaires». Il a fait parvenir à l’évêque Constantin des propositions de statuts pour créer un Conseil synodal pour l’ensemble de la Suisse et des paroisses. Constantin les aurait du reste approuvées. Urs Köppel n’a pas caché que le Comité de patronage devait jouer au funambule et tenir compte de la sauvegarde de l’autonomie de l’Eglise orthodoxe serbe et de son évêque.
Si un comité de patronage a été chargé d’établir une structure unifiée pour l’Eglise orthodoxe serbe, c’est en raison des divergences au sein de la communauté serbe elle-même qui empêchent l’évêque, les prêtres et les paroisses de trouver une solution commune. La priorité du Comité de patronage est de convoquer les prêtres et les présidents de paroisses orthodoxes serbes pour l’adoption de statuts et de règlements pour l’ensemble de la Suisse. Paul Sütterlin a reçu l’évêque Constantin lundi 12 février à Berne. Le dignitaire orthodoxe serbe responsable de la Suisse s’est dit prêt à attendre le résultat des travaux du Comité de patronage qui lui seront présentés au mois de juin, affirme le fonctionnaire fédéral.
Communication difficile avec l’évêque Constantin
Lors de la rencontre d’information des prêtres et des présidents des paroisses orthodoxes serbes en Suisse au Palais fédéral, la semaine dernière, la CFE a annoncé la mise en vigueur des statuts – approuvés par l’évêque Constantin – par l’administration provisoire présidée par le professeur Harald Rein. Elle a également relevé que le Comité de patronage refusait de continuer de collaborer avec l’évêque Constantin. Harald Rein reproche à Mgr Constantin de se mettre au-dessus des lois des Etats en envoyant des prêtres en mission en Suisse, sans se préoccuper de solliciter des permis de travail.
Harald Rein a souligné qu’il exerçait ses fonctions en plein accord avec les communautés orthodoxes serbes de Suisse et qu’il se rendrait à Belgrade au mois de mai, avec Mgr Hans Gerny, évêque de l’Eglise catholique chrétienne de Suisse, pour s’entretenir avec le patriarcat orthodoxe serbe. Il a bon espoir d’obtenir le soutien du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe serbe. Les Serbes orthodoxes constituent la troisième confession chrétienne de Suisse. Ils sont répartis dans quatre communautés autonomes à Zurich, à Bâle, à St-Gall et à Berne, auxquelles sont affiliés des paroisses plus petites et qui sont administrées par dix prêtres.
Harald Rein représente l’Eglise catholique-chrétienne au sein de la Commission interconfessionnelle pour les orthodoxes en Suisse. Il enseigne une nouvelle matière, le «management ecclésial», à la Faculté catholique-chrétienne de Berne, qui va fusionner prochainement avec la Faculté de théologique évangélique réformée. Il préside également le groupe de travail visant la reconnaissance de huit communautés religieuses orthodoxes dans le canton de Zurich. (apic/com/wm/job/mjp/be)




