Abolir le système d’électorat séparé pour les minorités
Pakistan: L’Eglise continue d’appeler au boycott des élections
Islamabad, 16 février 2001 (APIC) Pour protester contre le système d’électorat séparé – les minorités ont des sièges réservés – l’Eglise au Pakistan déclare qu’après avoir boycotté la première phase des élections, elle boycottera la seconde également, annonce l’évêque d’Islamabad, capitale du Pakistan, Mgr Anthony Theodore Lobo.
Des élections aux assemblées régionales, le premier scrutin organisé dans le pays depuis le coup d’Etat du général Pervez Musharraf en octobre 1999, se sont déroulées le 31 décembre dans 18 districts. La seconde phase – quatre sont prévues – aura lieu le 23 mars prochain dans 23 autres districts. En décembre, pour les 962 sièges réservés aux minorités, 234 candidats seulement s’étaient présentés, laissant 728 sièges vacants. Environ 76 % des électeurs avaient refusé de déposer un bulletin dans l’urne.
Les représentants de la communauté chrétienne, la principale minorité religieuse du pays (3 millions de fidèles sur 140 millions d’habitants, dont 96% de musulmans), restent fermes dans leur résolution de ne pas céder face au gouvernement. Les consignes de boycottage lancées par les évêques catholiques en décembre restent donc de mise.
«Rares sont les chrétiens qui ont voté au premier tour et cela n’a servi à rien. Notre espoir, c’est que le gouvernement, vu l’efficacité du boycott, décide d’organiser des élections administratives conjointes et non plus séparées, comme ce sera le cas pour le choix du président parmi les candidats élus», a déclaré Mgr Lobo à l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome.
Au Pakistan, les électeurs musulmans ne peuvent élire que des candidats musulmans et les chrétiens des représentants de leur confession. «Le premier gros problème, explique l’évêque d’Islamabad, est que les chrétiens ne font plus partie des classes sociales les plus fortes mais des classes les plus pauvres. Par conséquent, le candidat chrétien élu pourra difficilement avoir de l’influence. Les classes les plus aisées appartiennent toutes à l’islam.»
L’électeur chrétien ne peut choisir son candidat
Par ailleurs, le règlement électoral séparé ne prévoit pas une répartition homogène des candidats des minorités sur le territoire. Le système des éélectorats séparés accorde cinq bulletins aux musulmans pour un seul aux minorités. «Il arrive donc, explique Mgr Lobo, qu’un électeur musulman élise un candidat de sa province en choisissant parmi cinq prétendants, mais, pour nous, ce n’est pas le cas. Un électeur chrétien ne peut choisir son candidat, il peut simplement voter ou pas pour le seul qui a le droit de se présenter.
Ainsi, il arrive qu’un électeur du sud du pays vote pour un candidat vivant et travaillant dans l’extrême nord, sans jamais pouvoir le rencontrer. Et si un électeur chrétien a besoin de quelque chose ou a des requêtes à formuler au candidat de sa zone, si ce candidat est musulman, il lui répondra de s’adresser au candidat de sa religion, même si ce dernier est à l’autre bout du pays. «Ce système avantage largement les candidats musulmans, dont la campagne électorale se déroule dans des zones restreintes. Les candidats chrétiens doivent en revanche parcourir de nombreux kilomètres pour pouvoir rencontrer leurs électeurs potenties.»
Les hindous ont aussi boycotté le système électoral: pour l’électorat unique
La réussite du boycott des élections du 31 décembre a tenu à la très forte mobilisation des minorités religieuses, principalement des chrétiens et des hindous. Des manifestations demandant la restauration de l’électorat unique avaient eu lieu principalement dans le Pendjab, où vivent 80 % des chrétiens pakistanais, et dans la province du Sind, où sont concentrés 80 % des hindous du pays. Par décision personnelle ou sous la pression de leurs coreligionnaires, de nombreux catholiques et hindous avaient renoncé à présenter leur candidature.
Le boycott des élections a ébranlé les autorités fédérales, qui ont exprimé publiquement leur émotion. Un ministre fédéral, Omar Asghar Khan, a reconnu que la demande de restauration de l’électorat unique méritait d’être soigneusement prise en considération. Il a même proposé que les élections générales qui auront lieu l’an prochain soient organisées selon le système de l’électorat unique. (apic/cip/eda/misna/be)




