Mozambique: Rapport accablant sur la police après les événements de «Novembre noir»
119 prisonniers morts par asphyxie en novembre
Maputo, 26 février 2001 (APIC) Un rapport accablant pour le gouvernement mozambicain a été publié par des organismes religieux et des associations de défense des droits de la personne. Paru en janvier, il contient les premiers témoignages des événements de «Novembre noir» de l’an dernier, lorsque des violences ont éclaté dans le nord du pays. La police aurait causé la mort par asphyxie de 119 personnes rassemblées pour, a-t-elle prétendu, soutenir l’opposition.
Le rapport est le résultat d’une coopération sans précédent entre le Conseil chrétien du Mozambique, dirigé par l’évêque anglican Alfonso Sengulane, et le Conseil islamique du pays, son association de juristes et la Ligue des droits de la personne du Mozambique.
En 1992, le Mozambique, une ancienne colonie portugaise proche de l’Afrique du Sud, a mis fin à 17 ans de conflits entre la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO) et le Front de libération du Mozambique (FRELIMO). Ce dernier a remporté les dernières élections et détient actuellement le pouvoir.
Protestations contre le gouvernement
Le président Joaquim Chissano a entrepris la conversion du marxisme aux politiques de libre marché, ce qui a permis au pays, en 1999, d’atteindre la croissance économique la plus rapide du monde. Le chef de la RENAMO, Afonso Dhlakama, a appelé à la tenue de manifestations le 8 novembre de l’an dernier dans plusieurs provinces, pour dénoncer la concentration des bénéfices réalisés par le gouvernement dans le sud du pays. Les protestations, d’abord autorisées, auraient été interdites par les autorités. 35 personnes sont mortes dans les violences qui ont suivi. A Montepuez, dans la province de Cabo Delgado, les protestations ont été particulièrement violentes, et environ 500 partisans de la RENAMO ont attaqué le siège administratif du district, le poste de commandement de la police et la prison, et libéré des prisonniers.
Le 18 novembre, la police de Montepuez a lancé une opération de représailles, en arrêtant des dizaines de personnes. Elle les a enfermées pendant trois jours dans une cellule au siège de la police, où la plupart sont mortes par asphyxie.
133 prisonniers sur 21 mètres carrés
Les auteurs du rapport, qui se sont rendus sur place et ont interviewé des survivants et des membres de la police, ont signalé que la cellule mesurait sept mètres sur trois mètres. Conçue pour neuf prisonniers, la cellule a contenu ces jours-ci jusqu’à 133 hommes qui n’ont reçu ni eau ni nourriture.
’’J’ai vu six personnes mourir à mes cotés. On pouvait sentir leurs corps se refroidir, mais il était impossible de bouger», a rappelé un survivant. «Pour nous asseoir, nous avions trouvé un moyen, en enroulant nos jambes autour du corps des autres.» ’’Le chef de la police est venu et a ordonné à ses hommes de fermer tous les volets pour empêcher toute arrivée d’air. Il faisait 40 degrés à l’extérieur. A la fin du deuxième jour, il y avait plus de 80 morts. La police a enlevé les corps et les a jetés dans une fosse commune», raconte un autre survivant.
Le nombre des victimes n’a pu être précisé. Le rapport cite le chiffre de 119. A la fin du troisième jour, seuls 13 prisonniers étaient encore vivants. Pour la présidente de la Ligue des droits de la personne, Maria Alice Mabota, qui s’exprimait au nom des auteurs du rapport, ces «actes barbares risquent de déboucher sur une tension sociale généralisée». (apic/eni/bb)




