Faustin Twagiramungu était encore au gouvernement quand l’APR, l’armée du FPR, a commis l’un de ses pires massacres, celui de Kibeho, le 20 et 21 avril 1995. Plus de 6’000 déplacés civils ont été massacrés par 2’500 soldats de l’APR qui avaient encerclé plus de 100’000 personnes entassées sur une colline. Kagame ne voulait plus que ces déplacés de guerre puissent continuer à vivre dans les camps de l’ancienne Zone Turquoise, que les Français avaient évacuée quelques mois plus tôt. Il ne fallait plus qu’ils bénéficient de l’aide humanitaire et de la protection de l’ONU et des ONG. HCR et Médecins sans Frontières (MSF) étaient là, qui offraient une sécurité toute théorique pour les gens des collines traqués par l’APR et les milices tutsies.
Témoin du massacre de Kibeho
L’armée avait commencé par détruire les petits camps des alentours pour pousser les gens sur une seule colline. Les déplacés étaient parqués debout dans des conditions inhumaines, sans quasiment pouvoir bouger, sans pouvoir aller aux toilettes ni cuisiner ni boire, tellement ils étaient serrés. «L’invention a été de dire que ce camp abritait des «Interahamwe» et même des majors de l’ancienne armée rwandaise (FAR): vous lancez une telle rumeur, et après vous pensez avoir carte blanche pour tuer! Ce qui est curieux, ce n’est pas qu’on ait assassiné en masse des civils, dont de nombreuses mères et leurs enfants, abattus par balles, à la baïonnette, à la grenade ou piétinés, mais le fait que la fameuse communauté internationale ait ensuite cru Kagame», insiste l’ex-Premier ministre rwandais.
«Le président Pasteur Bizimungu lui-même m’a appelé le 22 à Bruxelles pour me dire que les rumeurs de massacres étaient de purs mensonges. Interrogé par les journalistes, j’ai répercuté la version officielle de la légitime défense, puisqu’il y avait – selon Kigali – des FAR et des miliciens dans les camps. Je n’étais pas sur place, alors j’ai donné crédit à la version officielle», reconnaît Faustin Twagiramungu. Arrivé à Kibeho à l’invitation du président Bizimungu, qui avait voulu faire une démonstration officielle en déterrant les cadavres, F. Twagiramungu a pu interroger des témoins sur place: «Personne n’était armé dans le camp, on a commis un pur massacre et on a inventé que le camp hébergeait des militaires d’Habyarimana. Bizminungu a alors fait taire ceux qui avaient tout vu». (apic/be)




