Afrique :L’ACAT s’inquiète des droits de l’homme en Afrique et l’écrit au président Chirac

Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC: CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch

Des «commandos de la mort» opèrent au Cameroun

Paris, 18 janvier 2001 (APIC) À l’occasion du Sommet de Yaoundé, qui rassemble du 17 au 19 janvier les chefs d’État de la France et de nombreux pays d’Afrique, la section française de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) et la fédération internationale du mouvement (la FI.ACAT, qui regroupe 27 ACAT nationales, dont 12 africaines) ont écrit au président Chirac pour lui faire part de leurs vives préoccupations au sujet des «graves violations des droits de la personne humaine perpétrées dans l’ensemble de l’Afrique»

Si elle se réjouit des évolutions intervenues, par exemple au Mali (en phase de transition vers un État de droit) ou au Sénégal (alternance politique intervenue dans le calme), l’ACAT n’oublie pas les problèmes existant dans d’autres pays, comme le Burkina Faso, et surtout exprime ses vives inquiétudes devant la situation dramatique des droits de la personne humaine, notamment en Côte d’Ivoire, au Congo-Brazzaville et au Congo-RDC, ainsi qu’au Cameroun, pays hôte de la conférence.

L’ACAT a remis au président Chirac trois documents, dont une lettre du cardinal Tumi, archevêque de Douala, faisant état des violations des droits de l’homme au Cameroun, et plus particulièrement des exactions commises, jusqu’ici en toute impunité, par le Commandement Opérationnel à Douala, alors que sa mission était de protéger la population contre le banditisme. La lettre signale également le document, publié par l’ONU le 19 juin 2000, du Comité contre la Torture relatif au Cameroun, faisant état de la situation déplorable dans les prisons, surtout dans le nord du pays. Pour l’ACAT, «il existe de graves présomptions d’assassinats par le Commandement Opérationnel commis sur des personnes prises dans des rafles, sans aucun jugement ni aucune enquête préalable».

ONG menacées

La lettre signale encore «les graves menaces qui pèsent sur les membres des différentes ONG de Douala, dont les militants de l’ACAT-Cameroun, surtout depuis les révélations faites par celles-ci sur les découvertes de fosses communes en octobre 2000».

La lettre, signée par Jean-Étienne de Linares, délégué général de l’ACAT-France, et par Patrick Byrne, président de la FI.ACAT, ajoute : «Il serait opportun d’appuyer, voire de protéger, les nombreuses émergences des sociétés civiles, au Cameroun ou ailleurs. Toutes ces violations des droits les plus élémentaires des gens et les menaces faites aux défenseurs des droits de l’homme sont d’autant plus inadmissibles que le Cameroun a signé avec la France en 1999 une convention pour la mise en place d’un meilleur respect des droits de l’homme et d’une culture démocratique, dotée de 5 millions de francs.»

Pour la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), l’ACAT a remis au président Chirac l’un des nombreux appels envoyés par l’ACAT-France au défunt président Kabila, protestant contre les tortures infligées pendant une semaine à Kikuni Masudi et ayant entraîné sa mort le 13 octobre 2000, à Lubumbashi.

La responsabilité de la France en Afrique

La lettre demande au président d’user de son influence et de celle de la France pour inciter les chefs d’État africains à abolir l’usage de la torture sous toutes ses formes et à respecter les droits de la personne humaine; ce qui «serait d’ailleurs conforme aux engagements internationaux que les pays africains, dans leur ensemble, ont pris aussi bien auprès de l’ONU que des institutions régionales africaines». Elle attire aussi son attention sur le Protocole du 9 juin 1998 instituant la Cour Africaine des Droits de l’Homme. Pour que ladite Cour puisse fonctionner, il faut que 15 pays aient ratifié le Protocole. Or, à ce jour, seuls quatre pays l’ont fait. (apic/cip/bb)

19 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!