Suisse: L’embryologiste Günter Rager refuse le clonage thérapeutique de l’embryon humain

APIC Interview

L’être à naître est une personne

Walter Muller, APIC

Fribourg, 29 novembre 2000 (APIC) L’embryon humain a la dignité d’une personne en devenir car il renferme, potentiellement, tout le développement de l’être humain. On ne peut le «cloner» pour l’utiliser à des fins thérapeutiques ou de recherche scientifique, estime l’embryologiste et philosophe Günter Rager, directeur de l’Institut d’anatomie et d’embryologie de l’Université de Fribourg (Suisse). Le scientifique munichois de 62 ans souligne que le clonage thérapeutique implique la destruction des embryons dont on prélève les cellules.

Depuis le premier janvier, la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, voté en décembre 1998, est entrée en vigueur en Suisse. La nouvelle législation interdit la recherche sur les embryons et, partant, le clonage à but thérapeutique. Sur le plan international, on constate cependant une tendance à assouplir voire à lever cette interdiction, comme en Angleterre ou la Chambre des communes a récemment dit oui au clonage des embryons dans un but thérapeutique. En Allemagne, il est question de corriger la loi sur la protection des embryons, et en France, où le clonage d’embryons est strictement interdit, Lionel Jospin a évoqué dans un projet de loi sur la bioéthique, la possibilité d’utiliser des embryons surnuméraires, congelés et abandonnés par leurs parents, pour la recherche et la fabrication de médicaments.

Il faut dire que l’on assiste à une accélération spectaculaire des découvertes dans le domaine de la biologie embryonnaire. Des cellules fœtales ont été greffées, en Suède, dans le cerveau de patients atteints de la maladie de Parkinson, entraînant des rémissions. Aux Etats-Unis, les recherches sur les cellules souches existent dans le secteur privé depuis plus de deux ans, à partir d’embryons issus d’avortements ou de fécondation in vitro. Les laboratoires sont sous pression pour mettre à jour des cellules miracles, permettant, à terme, de régénérer, voire de remplacer des organes défaillants.

Sous le titre de «Commencement, personnalité et dignité de l’homme» (»Beginn, Personalität und Würde des Menschen»), le professeur Günter Rager a publié un ouvrage où il traite, avec 15 auteurs, de la question du statut de l’être humain avant la naissance. Il explique à l’agence APIC pourquoi le clonage thérapeutique de l’embryon humain n’est pas acceptable sur le plan ééthique.

APIC: Qu’est-ce que l’on entend au juste par «clonage thérapeutique»?

Günter Rager: Le clonage d’embryons dans un but thérapeutique est lié à la recherche sur les cellules souches. C’est en effet à partir des cellules souches de l’embryon et de l’adulte que se développent les tissus du corps humain. Ces cellules primordiales sont généralement prélevées lorsque l’embryon compte entre 100 et 150 cellules. Leur destin n’est alors pas encore scellé et elles peuvent donner naissance à n’importe quelle lignée de cellules différenciées, existant dans le corps humain. D’autres sortes de cellules souches comme les cellules neuronales, qui débouchent sur toutes les formes de cellules nerveuses, sont également présentes chez l’adulte. Les cellules souches permettent d’étudier la régulation du développement, les causes génétiques de certaines maladies ou encore les effets secondaires des médicaments, par exemple.

APIC: Pouvez-vous décrire ces techniques en deux mots?

Günter Rager: Le clonage thérapeutique cnsiste à introduire le noyau de la cellule d’un être humain adulte dans une cellule préalablement énucléée et de produire ainsi un œuf, un zygote, qui est le premier stade de l’embryon à la fin de la fécondation. L’embryon poursuivra son développement jusqu’à ce que les cellules souches soient prélevées et qu’elles se différencient dans les tissus à transplanter.

Ainsi, on pourrait implanter des cellules nerveuses produisant de la dopamine sur des patients souffrants de la maladie de Parkinson. L’avantage de cette méthode, c’est que les cellules transplantées sont génétiquement identiques à celles du receveur et ne devraient ainsi pas provoquer de rejet. Une autre variante du clonage thérapeutique consiste à transférer un noyau cellulaire – le cas échéant génétiquement modifié – dans une cellule énucléée. Voilà pour ce qui est de la théorie.

APIC: Et dans la pratique?

Günter Rager: Il y a encore bien des difficultés à surmonter. Mais la vraie question, c’est celle de l’approche éthique de ces méthodes. Dans le clonage thérapeutique, l’embryon est créé dans le seul but de produire des cellules souches qui recevront le noyau de cellules malades. On condamne à mourir les embryons dont a besoin, car on perce la couche de cellules externes qui les protège pour prélever les cellules embryonnaires. En admettant que l’on peut les détruire, sans autre forme de procès, on ravale les embryons humains au rang de moyen, et d’instrument de la recherche. Il en va de même pour les embryons surnuméraires congelés après la fécondation artificielle.

APIC: Le mot thérapeutique implique donc qu’il y a un receveur pour les cellules souches de l’embryon.

Günter Rager: C’est vrai et la Chambre des Communes britannique a avant tout songé aux patients atteints d’affections dégénératives, comme la maladie d’Alzheimer. Le clonage d’embryons humains peut venir en aide à de grands malades. Mais s’est-on demandé ce qui avait le plus de prix? L’embryon, l’être en devenir, où le patient bien présent, qui souffre? Si on admet que l’embryon peut être exploité par la science, il devient une matière première. Je pense en revanche que l’embryon est un être humain vivant qui a des droits, et que les objectifs thérapeutiques viennent au second rang, dans cette échelle de valeur.

Pour moi, il y a personne dès que la possibilité existe réellement du développement d’un être humain sans autre apport essentiel. C’est le cas de l’embryon qui existe dès que la fécondation unit l’ovule et le spermatozoïde.

APIC: La fécondation suffit-elle pour qu’il y ait personne et dignité de la personne?

Günter Rager: Il faut naturellement mettre dans la balance le fait qu’une personne consciente, qui connaît la souffrance, a droit à être traitée autrement qu’un embryon qui n’a pas encore cette capacité. Mais au plan du principe et de l’éthique, tous deux sont sur un pied d’égalité.

APIC: Le Parlement britannique a fixé à 14 jours le délai dans lequel peut se dérouler le clonage thérapeutique. Quel est le sens de cette limite?

Günter Rager: Ce délai est lié à la naissance de «gouttières primitives», sorte de crêtes qui se forment sur le bord de l’embryon et qui marque un stade de développement précis. A 14 jours, par exemple, l’œuf ne peut plus produire de «vraix jumeaux». Certains scientifiques pensent que ce n’est qu’à ce moment que naît l’individu. C’est une frontière totalement arbitraire car le processus du développement est continu, entièrement prédéterminé, et la poursuite du développement conditionnée par les étapes précédentes. La fécondation qui crée l’embryon lui confère la totalité de son potentiel de développement. Ce développement s’effectuera dès lors sans nouvelle intervention extérieure.

Il faut également dire que pour définir la naissance de l’individu, une foule d’autres hypothèses ont été échafaudées sans se révéler pertinentes. Celle de la naissance d’axes du corps, par exemple.

APIC: Peut-on imaginer une alternative au clonage thérapeutique?

Günter Rager: Il en existe et elles ouvrent de grands champs d’expérimentation. Autant dire que respecter les limites de l’éthique et de la morale ne signifie pas la fin de la science. On peut produire aujourd’hui des cellules souches à partir de plusieurs tissus, par exemple de la moelle épinière ou de la peau. Le taux de réussite est encore nettement plus faible qu’en utilisant des cellules souches embryonnaires mais ces techniques constituent de vraies alternatives à la destruction d’embryons humains.

APIC: Ces procédures sont-elles admissibles sur le plan éthique?

Günter Rager: L’extraction de cellules souches chez la personne adulte ne pose aucun problème éthique, pour autant que l’on accepte de ne produire que des lignées de cellules et non pas des structures de type embryonnaire, capables de développer des organes du corps humain. (apic/wm/job/Marie-José Portmann)

Notes aux rédactions: On peut se procurer un portrait de Günter Rager à la rédaction alémanique de la KIPA, tél. 026 426 48 21, fax 026 426 48 00, e-mail:

Un descendant génétiquement identique

Cloner signifie créer artificiellement un individu identique à un autre sur le plan génétique. L’information génétique se trouvant essentiellement dans le noyau de la cellule, il est possible de produire un descendant génétiquement identique à un individu en transférant le noyau d’une cellule dans une autre cellule, dont on a enlevé le noyau. (apic/wm/mjp)

22 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Fribourg:Publication en 6 volumes de la correspondance entre(010296)

APIC – Interview

le théologien Charles Journet et le philosophe Jacques Maritain

Une pensée pour notre temps et

pour demain, affirme Mgr Mamie

Jacques Berset, Agence APIC

Fribourg, 1erfévrier(APIC) «Ce n’est pas seulement une pensée pour notre

temps, c’est aussi une pensée pour demain», nous dit Mgr Pierre Mamie, à

l’évocation de l’héritage spirituel et intellectuel laissé par deux grands

penseurs francophones, le philosophe Jacques Maritain et le théologien

Charles Journet. Une pensée dont les deux derniers papes n’ont eu de cesse

d’encourager la propagation, dans un monde désespérément à la recherche de

repères sûrs.

Publication le 1er février du premier volume de la correspondance entre

deux intellectuels catholiques qui allaient bientôt devenir des amis très

chers, partie prenante de toutes les grandes batailles spirituelles contemporaines, témoins de la conscience catholique et européenne de ce siècle.

Légataire universel du cardinal Journet à sa mort en 1975, l’ancien évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a reçu la mission de Paul VI, puis de

Jean Paul II, de faire connaître cette pensée à un public le plus large

possible. «J’ai même ’volé’ tous les mois un peu de mon temps d’évêque pour

travailler à la publication de la correspondance entre Maritain et Journet… mais j’ai reçu ce mandat extrêmement précis de la part du pape, qui

n’a jamais cessé de s’enquérir de l’avancement des travaux», nous confie-til. D’ailleurs, le pape Paul VI avait une si grande amitié pour les deux

hommes qu’en nommant Journet cardinal, il voulait aussi honorer Maritain.

«A travers la personne de son grand ami, il voulait pour ainsi dire mettre

un laïc dans le Collège des cardinaux…».

En novembre dernier, Jean Paul II recevait Mgr Mamie en audience. Et

pour parler de quoi? «Sur les 25 minutes qu’il m’a accordées, le pape n’a

pratiquement parlé que de Maritain et du cardinal Journet, ’ces grands amis

de Dieu’». Le pape tient à ce que l’on publie la correspondance entre les

deux hommes, et que l’on se mette au travail pour publier les oeuvres complètes de Journet comme cela a été fait pour Maritain.

La Fondation Cardinal Journet à Fribourg a donc entrepris, depuis six

ans, de lire ou relire toutes les lettres échangées durant plus de cinquante ans entre le cardinal et le philosophe, de 1920 à 1973, soit un total de

1774 lettres actuellement répertoriées. A Fribourg, on possède tous les

originaux de Maritain, tandis que le Centre Maritain à Kolbsheim, près de

Strasbourg, a conservé tous les originaux du cardinal Journet.

APIC:On estime à quelque 35’000 francs le coût de cette publication…

Comment va-t-on la financer?

MgrMamie:Ce n’est pas très facile pour moi, qui ai la responsabilité de

trouver des «sponsors». Journet et Maritain n’intéressent pas beaucoup les

grandes banques et les grandes industries. Certaines entreprises, qui ont

pourtant de grands budgets culturels, ne s’intéressent pas aux choses religieuses. Encore que si je publiais un gros livre sur Drewermann, je n’aurais aucune peine à trouver de l’argent…

Quant aux ventes (le prix, en souscription, des 6 volumes est de 96

francs chacun!), il est difficile de les évaluer. Je ne sais pas si ce

livre aura un tel succès que les droits d’auteurs en couvriront les frais.

C’est pourtant une oeuvre tout à fait majeure pour l’histoire, en particulier pour la Suisse et la France; cette pensée est très importante, non

seulement pour l’Eglise de ces pays, mais pour l’Eglise toute entière.

APIC:Peut-on vraiment parler de pensée populaire, qui peut apporter quelque chose aux gens de tous les jours, et pas seulement aux intellectuels?

MgrMamie:Evidemment, il faut faire une distinction, car si l’on songe aux

trois gros volumes de «L’Eglise du Verbe Incarné», c’est au-dessus des possibilités de ’monsieur tout-le-monde’. Mais si des prêtres veulent bien

prendre cela comme base pour en faire des commentaires, cela ira très bien.

On trouve aussi, que ce soit chez Journet ou chez Maritain, de petits ouvrages – par ex. «Saint Nicolas de Flue», «Petit Catéchisme sur la Vierge

Marie et l’Eglise», «Les Sept Paroles du Christ en Croix» ou «L’entretien

sur la grâce» -, qui sont tout à fait nourrissants pour quelqu’un qui a une

bonne formation catéchétique.

Journet écrit aussi de façon très accessible. Il retournait chaque fin

de semaine à Genève pour y donner des prédications et des cours de théologie, où il utilisait un langage très direct. Il avait d’autre part, comme

professeur, le souci pédagogique de bien former les prêtres, de leur donner

des bases très solides tant dans les domaines de la philosophie que de la

théologie et de la métaphysique. Il savait parler de Dieu aux enfants aussi!

APIC:Le pape Paul VI connaissait l’abbé Journet, qui fut invité au Concile

Vatican II, mais Mgr Karol Wojtyla, pas encore cardinal, le connaissait-il

personnellement?

MgrMamie:Ils se sont rencontrés quelques fois; il connaissait bien Fribourg et son Université. Il connaissait Charles Journet moins que Paul VI,

qui avait lu toute l’oeuvre de Maritain et toute celle de Journet. Le cardinal Wojtyla a lu une partie des écrits des deux penseurs. Jean Paul II

lit régulièrement «Nova et Vetera». Il a bien connu Journet au Concile.

Journet, qui a peu voyagé, connaissait pour sa part très bien la Pologne,

pays qu’il aimait ardemment. Il avait été invité en 1937 et en 1957 pour

donner des retraites et des conférences, en particulier au Centre culturel

et religieux de Laski.

Durant les débats conciliaires, ils ont eu des visions communes, que ce

soit sur l’Eglise et le monde ou sur la liberté religieuse, points qui ont

été si controversés avec les intégristes. C’est le traité sur l’Eglise «Lumen Gentium» qui a vraiment montré la voie, grâce aussi à la clarté et

l’audace de la pensée de Journet.

J’ai pu dire en souriant que «Lumen Gentium» ne m’avait presque rien appris, j’avais déjà tout appris, avant, au séminaire, avec Journet… à

quelques détails près. Le pape actuel partageait la même position; c’est en

raison de cette reconnaissance de la pensée de Journet qu’il m’a demandé

explicitement, encore récemment, de me hâter de publier cette correspondance avant de me mettre tout de suite au travail (pas seul!) pour la publication des oeuvres complètes. Il y a là un travail de dix ans!

APIC:Peut-on dire que l’on veut, par ce biais, relancer la pensée néo-thomiste?

MgrMamie:Ce n’est pas le but recherché. Avant d’être des «théologiens»,

tous deux étaient des mystiques, au sens fort du mot, des amis de Dieu,

des «amants de la vérité». Ils n’aimaient pas du tout qu’on les qualifie

de thomistes ou de néo-thomistes, ils se voulaient simplement disciples de

saint Thomas et de saint Augustin, à la lumière de l’Evangile.

Il est certain que cette pensée rencontre une attente aujourd’hui chez

les jeunes théologiens, dans les pays latins – Suisse latine, France, Italie, Amérique latine – mais aussi au Japon ou en Pologne. Elle correspond à

un besoin de l’Eglise d’aujourd’hui, qui veut retrouver des certitudes et

des sécurités, mais pas à la manière des intégristes. Car c’est une pensée

très moderne, un regard positif et non manichéen sur la société contemporaine, dans laquelle Journet et Maritain voient de très grandes valeurs.

On découvre cette dimension dans toutes les relations qu’ils entretenaient avec les artistes et les écrivains. Ce n’est pas une pensée nostalgique, et j’ose même dire qu’elle est prophétique, avec des réponses pour

notre temps, face à la montée de tous les extrémismes ou la résurgence du

nazisme et de l’antisémitisme.

Chez tous deux, la mission du peuple juif a occupé une place très importante. Journet et Maritain ne sont pas pour rien dans le décret conciliaire

sur les juifs «Nostra aetate», notamment avec le cardinal Bea. Mais il y a

toute une part de leur oeuvre qui n’est pas écrite… Il y eut de nombreuses rencontres avec Paul VI, avec les Pères conciliaires. Ce n’est pas dans

les documents. L’un de mes soucis, que je partage avec le Père Georges Cottier (dominicain, théologien de la Maison pontificale), est de me hâter de

recueillir les témoignages de ceux qui les ont côtoyés dans ce siècle.

APIC:Dans la condamnation de l’Action française, face à la montée du fascisme et du nazisme, les deux penseurs avaient une pensée qui détonnait

dans le milieu catholique de l’époque…

MgrMamie:Ayant été son élève, l’ayant ensuite accompagné, je dirai que

Journet avait un regard prophétique. Que ce soit avec Maurras, Franco, Mussolini, Hitler ou Staline, il percevait très vite à quoi cela aboutirait si

on les suivait dans les lignes qu’ils préconisaient, alors que beaucoup

d’autres n’en voyaient pas les conséquences. Leurs analyses étaient en

avance sur leur temps.

Ces deux penseurs sont des témoins du temps, non seulement de l’histoire

de l’Eglise, mais aussi de l’Histoire tout court. Dans le premier volume de

la correspondance, on assiste aux différends entre le Saint-Siège et l’Action française. On peut dire que c’est Journet qui a rendu attentif Maritain aux dangers de la pensée de Charles Maurras, car Maritain, même si

l’on ne peut pas dire qu’il était vraiment séduit par Maurras, ne voyait

pas forcément immédiatement où cela menait. Si l’abbé Journet et Maritain

ne sont pas intervenus directement auprès du pape, leurs polémiques dans

des articles contre Maurras et ses amis ont incontestablement éclairé le

débat. On ne peut cependant pas dire qu’ils ont influencé directement le

pape Pie XI dans sa condamnation de l’Action française en 1926.

A cette époque, dans les milieux ecclésiastiques, on était davantage

sensible aux dangers du communisme qu’à celui du fascisme et du nationalsocialisme. Journet et Maritain ont tout de suite vu la menace de ces deux

mouvements, ce qui a provoqué des controverses avec des personnalités catholiques, comme par exemple l’évêque diocésain de Lausanne, Genève et Fribourg de l’époque, Mgr Marius Besson. On aura une même situation lors de la

montée du fanquisme. Très vite, les deux amis se sont opposés à Franco,

comme à la dictature de Salazar au Portugal. On les a alors accusés, lors

de la guerre civile espagnole, de soutenir les révolutionnaires et les républicains. Ils étaient assez isolés au début.

Pendant la guerre, l’abbé Journet a été très rapidement renseigné sur

l’existence des camps de concentration puis, un peu plus tard, sur les

camps de la mort. Il recevait des informations sur ce sujet en provenance

directe de la Pologne, où il avait des amis, dès 1941/42. Il parlait souvent de ces problèmes au séminaire, où j’étais son élève. C’est aussi de

cette époque que datent ses relations régulières avec les juifs: il participera à l’élaboration de la Déclaration de Seelisberg après la guerre.

L’extermination des juifs et les camps de concentration ont fortement interpellé Journet et Maritain sur le mystère du mal. Ils ont longuement réfléchi sur une explication possible d’Auschwitz:comment Dieu peut-il permettre de tels malheurs? Ils soulignent alors dans certains articles ou

ouvrages, avec une grande perspicacité, le rôle du démon dans l’histoire du

monde, qui intervient à des moments précis de l’histoire comme dans l’incendie du Reichstag, l’extermination des juifs ou l’assassinat du président

Kennedy. (apic/be)

Encadré

«La correspondance entre Charles Journet et Jacques Maritain» sera éditée

en 6 volumes de 800 à 1’000 pages chacun par les Editions Universitaires de

Fribourg et les Editions Saint-Paul de Paris. Le premier volume vient

d’être achevé, tandis que les 5 autres devraient être disponibles ces quatre prochaines années. Le premier volume est tiré à 1’000 exemplaires. Aucune lettre de cette volumineuse correspondance – à certains moments, ils

s’écrivaient tous les jours! – n’a été laissée de côté. Seules quelques

dizaines de lignes concernant surtout des personnes privées encore en vie

n’ont pas été reproduites.

Dans le premier volume – 305 lettres qui concernent la période 1920-1929

– on assiste aux grands débats sur Maurras et l’Action française; dans le

deuxième volume (352 lettres, de 1930 à 1939), on aborde la guerre d’Ethiopie, la guerre d’Espagne et la déclaration de guerre. Le volume III (281

lettres de 1940-1949) est consacré à la seconde guerre mondiale, aux Maritain aux Etats-Unis, à J. Maritain ambassadeur de France au Vatican

(1945-1948) puis à son départ à Princeton.

Le volume IV (340 lettres), qui couvre les années 1950-58 concernent les

années à Princeton. Le volume V (250 lettres) évoque les années du Concile

et la création de l’abbé Journet comme cardinal. Le dernier volume (246

lettres) couvre l’après-Concile et la mort de Jacques Maritain. Cette publication, pour la Fondation Cardinal Journet, est source de problèmes financiers assez lourds à supporter. On estime entre 100 et 150’000 francs le

coût annuel de l’ensemble de cette opération (y compris le travail habituel

de la Fondation), malgré le fait que pratiquement, à l’exception d’une secrétaire, tous les collaborateurs y travaillent de manière bénévole. (apicbe)

1 février 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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