Traitement du religieux dans les médias

Annecy: 140 journalistes de presse catholique aux Journées d’études François de Sales

Bernard Bovigny, de l’agence APIC

Annecy, 26 janvier 2001 (APIC) La ville d’Annecy, chef-lieu de la Haute-Savoie, accueille du 25 au 27 janvier quelque 140 journalistes de la presse catholique de France pour les traditionnelles journées d’études et de formation permanente «François de Sales». Lors du premier jour de la session, le 25 janvier, le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet, directeur des études et du développement à la «Vie Catholique», a dressé le tableau de «L’évolution des comportements et de l’image du religieux en France». Pour sa part, Michel Kubler, rédacteur en chef de «La Croix», a livré son analyse du traitement du religieux dans les médias en France, marqué par des âges d’or et des périodes d’absence.

Un regard rapide sur l’évolution du comportement religieux en France permet d’affirmer que la pratique dominicale baisse et le syncrétisme augmente. Partant de ces deux constats, qui méritent d’être nuancés, Jean-François Barbier-Bouvet s’appuie sur plusieurs sondages récents pour confirmer d’abord qu’un catholique sur dix se rend «au moins une fois par mois à la messe». Car, précise le sociologue, il n’est plus possible de prendre la pratique hebdomadaire comme critère de régularité. Evolution sociale oblige, la grande majorité des croyants vont à la messe où ils veulent et quand ils en ont envie. Autre tendance significative, au niveau de l’appartenance religieuse: 70% des Français se disent catholiques et 60% affirment croire en Dieu de façon certaine ou probable. Donc, souligne le conférencier, ceux qui se disent catholiques ne sont pas tous croyants.

En analysant le contenu de la foi, Jean-François Barbier-Bouvet souligne l’émergence de croyances parallèles se mêlant aux dogmes catholiques, comme la réincarnation, ainsi que le climat de «probabilisme» qui tend à affirmer que «finalement rien n’est sûr». L’actuelle soif de spirituel ne signifie cependant pas que les gens croient de plus en plus. «Leur croyance est souvent teintée d’ironie et de curiosité», lance le conférencier.

Le «chaînon manquant» dans la transmission de la foi

Au niveau du comportement religieux en fonction des classes de population, l’orateur constate que la différence entre hommes et femmes dans la pratique religieuse (traditionnellement plus élevée chez la gent féminine) tend à diminuer. Mais elle se creuse dans le domaine des croyances mixtes et parallèles (astrologie, spiritisme, foi en la réincarnation,…), qui se développent davantage chez les femmes.

Au niveau des âges, le sociologue souligne que ces mêmes croyances sont davantage présentes chez les jeunes, lesquels ne sont souvent pas baignés dans un système de référence chrétienne. La faute à cette période qualifiée de «chaînon manquant», par Jean-François Barbier-Bouvet, et qui touche la non-transmission de la foi par l’actuelle génération post-soixante-huitarde. «L’absence de religion est plus facile à transmettre que la religion», a lancé le conférencier.

Preuve du manque de culture chrétienne: si 90% des Français donnent une définition correcte de la fête de Noël, ils ne sont plus que 50% à savoir ce qu’est Pâques et seulement 20% pour la Pentecôte. Cette absence de connaissance du christianisme provoque une barrière culturelle par rapport au langage religieux. «Je comprends tous les mots, mais pas le sens de votre phrase», est une réaction courante chez les jeunes en rapport avec des représentants de l’Eglise.

Méfiance face à l’Eglise

En analysant le rapport à la religion dans le contexte social actuel, Jean-François Barbier-Bouvet constate une montée de l’hostilité face aux Eglises, qui n’est pas à confondre avec l’anti-cléricalisme. Contrairement à leurs parents, les jeunes n’ont pas de compte à régler avec l’Eglise. De ce fait cette hostilité prend davantage la forme de la méfiance (soupçon de vouloir manipuler la pensée), du rejet de l’autorité (refus de l’ingérence dans le domaine moral) et de l’accusation de totalitarisme. Le conférencier souligne à ce sujet qu’avec l’effondrement du communisme et du fascisme, seules les religions sont encore perçues comme totalitaires.

Ces changements dans le comportement religieux ont des conséquences importantes sur le rapport de l’individu à l’Eglise. Jean-François Barbier-Bouvet souligne notamment que si les catholiques investissent surtout l’espace mondial, notamment par Internet, et les liens de proximité immédiate, la dimension régionale devient de plus en plus absente. Mais la paroisse ne devient plus leur lieu de référence. Et la tendance actuelle va vers des engagements dans des organismes à but unique et non universel, comme l’Eglise. De ce fait, la pratique militante se déplace vers des mobilisations courtes et intenses au détriment des réunions régulières. Au niveau de la pratique religieuse, le sociologue remarque que le calendrier liturgique fait place au calendrier de la vie, marqué par des événements qui posent des questions existentielles importantes (naissance, décès, maladie, etc.). De ce fait, Jean-François Barbier-Bouvet affirme que la majorité des Français «vivent dans le doute et ont des périodes de foi».

L’âge d’or d’après concile

La première journée de session a également été marquée par la conférence de Michel Kubler, rédacteur en chef du quotidien «La Croix». Le journaliste a livré son analyse du traitement du religieux dans les médias en France, de l’après-guerre à nos jours. Si la période 45-60 est caractérisée par une absence quasi totale de la vie de l’Eglise dans les médias de masse, le Concile Vatican II, du début des années 60, a inauguré un «âge d’or» du journalisme religieux. Les voyages de Paul VI au Proche-Orient en 1964 et à l’ONU à Genève en 1965, fortement médiatisés, ont permis d’élargir la place de l’information religieuse dans la presse occidentale. On s’intéresse alors aux expériences œcuméniques et à la dimension sociale de l’Eglise catholique. C’est durant cette période que bon nombre de quotidiens ont inauguré une rubrique religieuse.

Absence de la vie chrétienne dans les médias

Le long pontificat de Jean Paul II, inauguré en 1978, est marqué par une concentration médiatique sur les voyages du pape et sur ses déclarations, jugées réactionnaires, au détriment de la vie des communautés chrétiennes. La presse s’empare alors des croyances parallèles et des spiritualités nouvelles, véhiculées notamment par le New-Age. «Seul 1% du temps d’antenne des six chaînes TV françaises gratuites, si l’on excepte les informations et les émissions des Eglises, est consacré au domaine religieux. Et le christianisme est souvent présenté comme un système de valeurs qui a fait son temps», déplore Michel Kubler.

Un événement récent a cependant brouillé les données dans les médias profanes. Les JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) organisées à Paris en 1997 ont réuni près de 4 millions de participants. Les médias ont dû alors constater que la foi des jeunes n’était pas au point mort. Et, alors que beaucoup de gens craignaient que le jubilé de l’an 2000 déclenche davantage de sentiments anticléricaux que d’admiration, Michel Kubler a relevé «une abondance de productions de qualité» dans la presse sur les événements qui se sont passés ces douze derniers mois Rome. Mais l’hypothèse d’un nouvel âge d’or dans l’information religieuse reste encore à vérifier. (apic/bb)

26 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
Partagez!