L’œcuménisme va se réduire à une coopération de bas niveau
Le secrétaire général du COE déplore le manque de communion chrétienne authentique
Potsdam, 30 janvier 2001 (APIC) Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), a évoqué une réorganisation de la plus grande organisation œcuménique mondiale. Dans le rapport qu’il a présenté le 29 janvier aux 158 membres du Comité central du COE, réuni jusqu’au 6 février à Potsdam, près de Berlin, le pasteur Raiser a exprimé son inquiétude face au développement récent de l’œcuménisme. Il prône l’adoption de méthodes plus flexibles de dialogue et de coopération, au lieu de se focaliser sur les traditionnelles divergences théologiques et liturgiques.
Le rapport du pasteur Raiser a montré non seulement les difficultés auxquelles l’organisation doit faire face a l’heure ou elle entend promouvoir le dialogue et la coopération internationale entre ses 337 Eglises membres, mais aussi les difficultés qui font obstacle aux relations entre les Eglises sur le plan mondial.
Le secrétaire général du COE s’est dit inquiet de voir que l’œcuménisme était en train de se réduire à la coopération entre les Eglises au niveau le plus bas, sans communion chrétienne authentique. «La communion fraternelle des Eglises au sein de ce Conseil a-t-elle une signification au-delà de sa valeur pratique, qui est de favoriser la coopération? Dans quel sens pouvons-nous continuer à parler d’une ’communauté fraternelle d’Eglises’ aussi longtemps que la qualité ecclésiale des communautés séparées demeure incertaine?»
L’Eglise une, catholique et apostolique
Pour illustrer ses propos, le pasteur Raiser a mentionné les déclarations publiées l’an dernier par les deux plus grandes Eglises du monde, l’Eglise catholique romaine (qui n’est pas membre du COE) et l’Eglise orthodoxe russe (membre du COE) «qui toutes deux considèrent que leur propre communion est l’Eglise une, catholique et apostolique telle qu’elle a été instituée par notre Seigneur et Sauveur».
Puis il a évoqué une tendance courante parmi les Eglises protestantes: «Celles-ci n’éprouvent aucune difficulté a se reconnaître mutuellement en tant qu’Eglises, mais leur attachement à leur autonomie en tant que dénomination ou a leur intégrité confessionnelle est en tension avec l’affirmation de la catholicité de l’Eglise. Elles se sont ouvertes de manière croissante, il est vrai, à l’invitation d’entrer en communion fraternelle avec d’autres Eglises, mais leur participation a cette communion n’affecte pas fondamentalement leur manière d’être l’Eglise.»
Des deux côtés du rideau de fer
Pendant la guerre froide, le COE et les organisations affiliées comme la Conférence des Eglises européennes (KEK) ont consacré une grande partie de leur énergie à promouvoir les relations entre les chrétiens des deux côtes du rideau de fer. Après la chute du mur de Berlin et par conséquent la disparition de cette tâche, le COE et les autres organisations œcuméniques se sont trouvées confrontées a d’autres problèmes. Les Eglises orthodoxes de l’ancien bloc soviétique, membres du COE depuis longtemps, ont adopté une attitude de plus en plus critique à l’égard de l’organisation.
Par ailleurs, dans de nombreuses régions du monde, les groupes de base ont pris de plus en plus d’importance et l’efficacité des grandes institutions a été remise en question. Beaucoup de grandes Eglises occidentales ont connu une période de crise avec la diminution du nombre de leurs membres et de leur soutien financier. Résultat: certaines d’entre elles ont aujourd’hui des difficultés à aider financièrement le COE et l’œcuménisme en général.
Réforme majeure du COE
Le COE a, ces dernières années, entrepris une réforme majeure – «Vers une conception et une vision communes du COE» (CVC) – pour accroître son efficacité, mais le secrétaire général suggère dans son rapport que les réformes doivent encore aller plus loin.
Le pasteur Raiser a tenu à mentionner une initiative nouvelle, l’Alliance œcuménique «agir ensemble», créée en décembre 2000 par un grand nombre d’organisations, entre autres le COE, diverses communions chrétiennes mondiales, les agences des Eglises, des organisations œcuméniques régionales et autres, y compris des agences catholiques.
Soulignant que c’est le chemin à suivre, le pasteur Raiser a rappelé qu’»à bien des égards, cette Alliance est une réaction a la nouvelle situation créée par la mondialisation. Face aux structures et aux processus de décision mondiaux, les partenaires œcuméniques doivent franchir les limites de leurs champs et de leurs modes d’action traditionnels et s’efforcer de créer un cadre de collaboration et de soutien mutuel efficace.»
A la fin de son rapport, le pasteur Raiser a parlé d’une nouvelle vision, d’un «espace œcuménique pour une communauté ouverte a tous». Avec l’aide de la Commission spéciale, cette vision pourrait se concrétiser et donner au COE non seulement une «vitalité renouvelée», mais insuffler «une inspiration nouvelle aux efforts faits pour être l’Eglise au sein d’une communauté conciliaire».
Résultat financier positif en 99
Pour sa part, l’évêque allemand Wolfgang Huber, président du Comité des finances, a signalé dans son rapport du 29 janvier que l’exercice 1999 s’était terminé sur un résultat «très positif». Si, lors de la dernière session du Comité central en septembre 1999, on prévoyait encore un déficit de 778’000 francs suisses, on a enregistré à la fin de l’année un excédent de quelque 3 millions de francs suisses, dû avant tout «au rendement exceptionnel du portefeuille de titres».
L’évêque Huber a appelé les membres du Comité central à soutenir plus activement la «campagne des 10 millions» qui vise à accroître sensiblement les contributions des Eglises membres du COE d’ici à l’année 2005. (apic/eni/bb)




