Pour éviter le démantèlement du tissu social

Berne: Les Eglises délivrent leur message sur l’avenir social de la Suisse

Berne, 3 juillet 2001 (APIC) Les Eglises catholique et réformée de Suisse ont présenté le 3 juillet à Berne le document «Message des Eglises / l’avenir ensemble», qui conclue la consultation sur l’avenir social et économique lancée en janvier 1998 et close en octobre 1999. Dans leur brochure d’une septantaine de pages, les deux Eglises donnent écho aux plus de 1’000 prises de position exprimées durant la consultation. Elles émettent des suggestions pour éviter que le tissu social ne se démantèle encore davantage en Suisse.

Le «Message des Eglises» a été présenté mardi matin à la presse par Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisse (CES) et le pasteur Thomas Wipf, président de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS). Il sera remis au autorités fédérales et aux partenaires sociaux le 1er septembre 2001, et des extraits seront lus dans les paroisses suisses à l’occasion du Jeûne fédéral, le 16 septembre.

«Quel avenir voulons-nous?» Plus de 1000 réponses à cette question sont parvenues aux Eglises catholique et réformée à l’occasion de leur consultation œcuménique. Des représentants de la CES et de la FEPS se sont réunis à plusieurs reprises pour élaborer un message commun donnant écho à ces prises de position. Le «Message des Eglises» qui en est sorti aborde des domaines aussi divers que la famille, les migrations, le travail, les ressources naturelles, l’argent, la politique au service du bien commun et les relations entre la Suisse et le monde.

La position difficile des familles

Le «Message des Eglises» insiste notamment sur la «position difficile» dans laquelle se trouvent les familles en Suisse. «Ses prestations sont insuffisamment reconnues. C’est pourquoi nous plaidons pour une revalorisation des familles par les pouvoirs économiques et politiques», souligne le document. La CES et la FEPS affirment que plusieurs contributions à la consultation ont mis en évidence «l’importance des familles comme lieu de socialisation et de transmission des valeurs», et cela «tant pour les enfants que pour les parents». Ils estiment que «la Suisse ne dispose toujours pas d’une politique adéquate concernant la famille» et pensent qu’»il devrait être possible, tant pour les mères que pour les pères, de poursuivre une activité professionnelle tout en menant une vie de famille épanouie».

La mondialisation a provoqué une atmosphère de crise

Sur le plan du travail, les deux Eglises soulignent notamment les effets négatifs de la mondialisation, laquelle a provoqué «une atmosphère de crise en Suisse dès le début des années 90», crise à laquelle on a tenté de répondre au niveau économique «en donnant la priorité aux emplois à forte valeur ajoutée ainsi qu’aux mesures de rationalisation». La CES et la FEPS, tout en se réjouissant du recul du chômage, soulignent que «l’existence de personnes sans emploi s’est installé au cœur de la société». «Or, poursuit le document, l’exclusion durable hors de ce qu’on appelle le monde du travail menace à long terme la cohésion sociale». Les deux Eglises estiment par ailleurs que la ségrégation par le sexe continue àà jouer sur le marché du travail, avec les conséquences que l’on sait sur les chances des femmes face à l’emploi et en matière de sécurité sociale».

Le document souligne que «le travail au sens le plus large n’est pas seulement lié à la rémunération, il constitue un moyen de réussite humaine et de développement social». Il émet plusieurs pistes en vue de «valoriser les multiples formes de travail». Pour parvenir «à une société plus juste et plus humaine», les deux Eglises souhaitent par exemple une meilleure reconnaissance du «travail non rémunéré, mais socialement nécessaire». Elles estiment également qu’il faut «chercher des solutions permettant de distinguer davantage emploi et revenu nécessaire à l’existence». Elles ajoutent que «dans cette perspective, l’idée d’un impôt négatif sur le revenu mérite d’être approfondie».

Une politique d’asile basée sur l’exigence morale de l’accueil

Parmi les autres suggestions émises par les deux Eglises, plusieurs touchent la délicate question des migrations. Ainsi,la CES et la FEPS prônent «une politique d’asile basée sur l’exigence morale de l’accueil» et «une naturalisation facilitée des étrangers de la deuxième et troisième génération».

Concernant le rapport à l’argent, le document fait mention d’une «réforme fiscale écologique», ainsi que de «la taxation des transactions financières et des mouvements de capitaux spéculatifs».

La CES et la FEPS appuient, au niveau de la politique extérieure, l’adhésion de la Suisse à l’ONU.

Eviter que le message ne disparaisse dans les tiroirs

Lors de la conférence de presse, les deux Eglises ont annoncé qu’un groupe de travail «Follow-up» a été créé afin d’éviter que leur message ne termine sa course dans les tiroirs. Ce groupe organisera des journées thématiques et des actions à l’intérieur des organes ecclésiaux, en vue de les sensibiliser aux dangers du démantèlement du tissu social et de les faire agir à partir des suggestions émises dans le document. Du côté catholique, plusieurs commissions des évêques suisses se sont déjà annoncées pour approfondir plusieurs thèmes du message, notamment ceux en rapport avec la famille. (apic/com/bb)

3 juillet 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!