G8: Pour Edmond Malinvaud, les pays riches font preuve de trop d’égoïsme

«Le G8 n’est pas un repaire de maffieux !»

Rome, 20 juillet 2001 (APIC) «Pour que le gagnant la mondialisation soit l’humanité toute entière», l’Eglise doit intervenir dans le débat sur la globalisation, déclare Edmond Malinvaud, ancien directeur général de l’INSEE, l’Institut national français de la statistique et des études.

L’économiste français est président de l’Académie pontificale des sciences sociales depuis sa fondation en 1994. Contrairement à d’autres personnalités de l’Eglise, qui soutiennent l’opposition pacifique du «peuple de Seattle», les manifestations contre le G8 ne réjouissent pas vraiment l’académicien du Vatican.

A propos du sommet du G8 qui s’est ouvert vendredi à Gênes, E. Malinvaud affirme en effet qu’il n’y a rien de répréhensible dans le fait que les pays se réunissent pour essayer d’harmoniser leur politique: «Ce ne sont tout de même pas des repaires de maffieux!»

Economiste et statisticien, Edmond Malinvaud, 78 ans, est membre du Collège de France. En avril dernier, l’Académie pontificale qu’il préside a consacré une session plénière à la globalisation. Une autre session est prévue dans deux ans. Dans un séminaire préliminaire, l’Académie pontificale étudiera de près les nouvelles formes d’inégalité dans le monde pour voir si elles sont ou non un effet de la globalisation.

«Quand on parle de pauvreté dans le monde, il n’est pas nécessaire de l’associer à la globalisation, explique E. Malinvaud dans une interview publiée par l’agence missionnaire vaticane Fides. La pauvreté a d’autres causes, et a existé avant que l’on ne parle de globalisation. Ces causes peuvent être multiples, et toucher notamment à des structures sociales et politiques, aux conditions naturelles dans lesquelles les populations sont placées, à des éléments culturels.

L’économie n’a pas le dernier mot

«En tant que chercheurs, nous ne considérons pas que l’économie soit la totalité de la vie humaine, précise E. Malinvaud. D’ailleurs, il y a six économistes dans notre Académie pontificale des sciences sociales, et 24 spécialistes dans d’autres disciplines. C’est une déviation grave de notre éthique collective que de penser que l’économie fait tout. Nous ne sommes pas satisfaits du tout de voir que, effectivement, dans certaines discussions sur l’avenir de l’humanité, l’économie prime par rapport à toute autre considération. Ce n’est évidemment pas la doctrine sociale de l’Eglise, et ce point de vue n’est pas partagé par les véritables chercheurs».

Les gigantesques manifestations contre le sommet de Gênes ne réjouissent pas l’académicien du Vatican: «C’est une grande tristesse que nos sociétés ne sachent pas faire mieux que de se comporter ainsi. Il s’agit de problèmes importants pour l’avenir, et ils ne sont pas traités comme ils devraient l’être. Qu’ils soient traités comme des phénomènes médiatiques, c’est vraiment l’antithèse de ce qu’un scientifique peut considérer comme bon».

Et d’ajouter: «Le G8 est une organisation entre Etats. On ne peut se plaindre qu’il y ait des organisations entre Etats. Il s’agit simplement de savoir ce qu’elles font. Je ne vois pas ce qu’il y a de répréhensible dans le fait que, à différents niveaux, les pays se réunissent pour essayer d’harmoniser leur politique. Il n’y a rien de scandaleux à cela !»

Qui est prêt à payer plus d’impôts ?

Il reste que les pays riches font preuve de trop d’égoïsme. Que les Américains refusent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, c’est pour l’économiste français très révélateur. Mais l’académicien du Vatican tient à mettre les points sur les i : «Quand je dis les Américains, c’est le gouvernement américain, mais avec le soutien du peuple américain. Il n’y a pas lieu d’être satisfaits de la situation actuelle. Mais ce ne sont pas les réunions entre gouvernements qui sont alors en cause, mais quelque chose de plus profond… Le fait que, par exemple, l’aide directe au développement ait plutôt une tendance à se réduire qu’à augmenter, est très révélateur. On veut bien manifester pour qu’elle soit plus généreuse. Mais dès qu’on propose d’augmenter les impôts pour ce faire, les électeurs ne suivent plus.»

Est-il possible de renoncer à cet égoïsme pour faire des choix précis ? Pour E. Malinvaud, «c’est la mission de tous les chrétiens». Mais il veut rester lucide. En effet, c’est toujours difficile: «Entre l’intention et l’action, il y a toujours une période très délicate; et je suis sûr que beaucoup d’hommes pensent que la situation présente n’est pas satisfaisante du point de vue éthique, mais sont bien en peine de savoir même que faire, ou encore que faire qu’ils soient prêts à accepter». (apic/cip/fides/mk/be)

20 juillet 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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