Suisse: En marge du débat sur l’avortement,
APIC Eclairage
Le futur père juridiquement désarmé devant l’avortement
Georges Scherrer, APIC
Berne/Zurich, 25 juillet 2001 (APIC) Que se passera-t-il si un père vient réclamer son enfant déposé par sa mère à l’Hôpital d’Einsideln? Personne n’y a pensé lors de la l’ouverture de la première fenêtre pour bébés de Suisse, il y a deux mois. Il faut dire que dans ce pays, le père n’a juridiquement aucun droit sur l’enfant à naître et est juridiquement désarmé devant l’avortement. «Il faut que cela change», estime la conseillère nationale démocrate-chrétienne Lucrezia Meier-Schatz.
Sa collègue démocrate-chrétienne Barbara Haering estime en revanche qu’examiner la question de l’avortement sous l’angle du géniteur n’est pas prioritaire dans la législation sur l’avortement. Aucun député aux Chambres fédérales – pourtant essentiellement masculines – ne s’est d’ailleurs risqué à envisager la question de l’interruption de grossesse sous l’angle de l’homme, lors de la dernière session du Parlement suisse qui a finalement accepté une solution des délais, après huit ans de discussion. Même le PDC, préconisant l’obligation de consulter pour les femmes en détresse qui pense à avorter, n’a soufflé mot de l’éventuel place du futur père dans ce processus. Même omission du côté du référendum «Pour la mère et l’enfant».
Bien sûr, en Suisse, on est loin des quelque peuplades qui ne font aujourd’hui encore aucun lien entre la maternité de la femme et la sexualité, c’est-à-dire le rôle de l’homme. Mais l’évolution des mentalités en Europe, avec la récente introduction du congé paternel en France, risque de creuser l’écart avec le Code pénal suisse qui se borne, dans ses articles 118 à 121, à faire référence à la femme enceinte et au médecin. De l’homme «enceint», nul mention.
Fenêtre pour nourrissons
Chef des soins de l’Hôpital régional d’Einsiedeln, Ursula Holderegger avoue que le scénario d’un père venant réclamer son enfant abandonné par sa mère n’a pas à été envisagé lors de l’ouverture de la première fenêtre pour nourrissons dans le canton de Schwyz. Ce qui montre bien que, s’agissant des enfants, la femme est responsable au premier chef, même quand elle décide d’avorter. La présidente de Pro-familia et conseillère nationale démocrate-chrétienne Lucrezia Meier-Schatz a critiqué cette discrimination à plus d’une reprise, ce qui lui a valu les remarques acerbes d’hommes portant très libéraux. La politicienne persiste et signe: la loi doit donner plus de poids à la co-responsabilité du père, a-t-elle déclaré à l’APIC.
«Mon corps m’appartient»
Le pouvoir de décision de la femme sur l’enfant est une tradition bien ancrée. Dans la Bible déjà, Joseph apparaît comme le père nourricier de Jésus alors que Marie accompagne le Messie jusqu’à sa mort sur la croix. L’image de la «pieta» a imprégné l’Occident. L’émancipation croissante des femmes tend à restreindre encore plus le rôle de l’homme dans la décision de l’interruption de grossesse. On se souvient de la campagne des années 60 et 70 proclamant «Mon corps m’appartient». (apic/gs/mjp/pr)
Congo: Les deux camps sont responsables de la non aplication de l’Accord de Lusaka
APIC – Eclairage
Analyse critique du Père jésuite Vata Diabanza
Kinshasa, 2 juin 2000 (APIC) La paix en République démocratique du Congo (RDC) n’est pas encore à l’ordre du jour, déplore le Père jésuite Vata Diabanza. A l’occasion de «l’An 3» de la prise de pouvoir de Kabila, le directeur de l’agence catholique congolaise DIA, à Kinshasa, dresse un constat amer: «L’espoir de paix est mince, autant qu’est fragile le cessez-le-feu entré en vigueur le 14 avril dernier».
La non application de l’Accord de Lusaka, qui devait ramener la paix, doit être mise sur le compte tant du président Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa que de ses adversaires, les rebelles qui occupent une grande partie de l’est du pays grâce à leurs «parrains rwandais et ougandais», écrit le Père Vata Diabanza dans un éditorial de DIA. A la tête d’une agence de presse qui fonctionne avec la bénédiction (et dans les locaux) de l’épiscopat congolais, le Père Vata ne signe qu’exceptionnellement de tels éditoriaux.
«La multiplication des maladresses dans les deux camps ralentit, retarde et, voire même, empêche l’application franche de l’Accord de Lusaka, et rend difficile le travail du facilitateur du Dialogue intercongolais», note le directeur de DIA.
Une commémoration sur fond de guerre
Le 17 mai, Kabila a fêté avec faste «l’An 3» de sa prise de pouvoir par les armes, tandis que les Congolais, «fortement mobilisés malgré tout», ont commémoré le troisième anniversaire de la libération «sur fond de guerre et dans un pays divisé, confrontés à d’énormes problèmes de survie». Le Père Vata relève que plusieurs «fausses notes» ont émaillé ces festivités: tout d’abord, «de tous les signataires, en vie, des accords de Lemera, seul Mzee (Kabila – ndr) s’est retrouvé, en véritable loup solitaire, à la tribune du défilé monstre de ce jour mémorable». Il y a eu ensuite, derrière «un triomphalisme de façade», l’humiliation d’une occupation étrangère, doublée d’une spoliation des richesses nationales. Le jésuite évoque aussi les mauvais traitements dont ont été victimes des journalistes de Radio-Télé Kin Malebo (RTKM), dans l’exercice de leur devoir d’informer. La célébration, écrit encore le jésuite, aurait été l’occasion rêvée d’offrir aux Congolais le seul cadeau qu’ils méritent: la paix.
Un pavé dans la mare
Dans ce contexte, l’annonce par le président Kabila, ce 11 mai, de la mise sur pied d’une Assemblée constituante n’est pas une bonne nouvelle, c’est même «un véritable pavé dans la mare», affirme le directeur de DIA. «Si elle devait avoir lieu un jour, l’installation d’une Constituante qui n’engagerait que Kabila et ceux qui pensent comme lui signerait, certainement, l’arrêt de mort de l’Accord de Lusaka et renverrait aux calendes grecques la tenue du Dialogue intercongolais.»
Pour le pouvoir en place, «la Consultation nationale, quoique infiltrée, avait été un sérieux avertissement», estime le P. Vata. Si le Dialogue intercongolais devait se tenir dans le même esprit d’indépendance et de liberté, «les patriotes décidéés d’en finir, une fois pour toutes, avec les républiques des courtisans, les régimes autocratiques, le culte de la personne et la gestion familiale de la chose publique (…), exigeraient des réformes en profondeur des institutions de l’Etat et la mise en place d’une transition suffisamment neutre, devant conduire à l’instauration d’une société vraiment démocratique, dans un Congo de nouveau prospère et réconcilié.
Pour un Dialogue intercongolais comprenant aussi les rebelles
Débarrassés de leurs parrains respectifs, les rebelles congolais seront forcés de «donner la véritable mesure du poids politique dont ils se réclament» en participant à ce Dialogue intercongolais. Celui-ci est, dit-il, «incontournable» si l’on veut qu’éclate au grand jour la vérité sur une guerre dont les Congolais n’ont jamais voulu. S’il n’est pas une panacée, il est «la voie obligée vers la réconciliation nationale et la naissance d’un Etat de droit en RDC». C’est pourquoi Congolais comme étrangers «devraient soutenir l’Acord de Lusaka et l’action de M. Ketumile Masire, l’infatigable pèlerin de la paix, plusieurs fois contrarié et humilié». Aux yeux du P. Vata, «cet accord, bien que comportant des imperfections, demeure l’unique cadre consensuel reconnu par tous, susceptible de conduire les parties en conflit vers une paix durable au Congo et dans toute la Région des Grands lacs. C’est le moindre mal».
Il serait injuste d’imposer d’autres sacrifices à une population fatiguée de la guerre
La course à la candidature pour la Constituante est une grande tentation pour les opportunistes et les aventuriers de tous bords, une aubaine pour bon nombre de politiciens au chômage, et pour des fossiles politiques l’occasion de ressusciter, observe le P. Vata, avant de poser la question: «Dans cet engouement où se mêlent ambitions personnelles et intentions sincères de servir la nation, qui peut penser qu’en ouvrant la porte de la Constituante on ferme celle du Dialogue intercongolais ? Qui peut penser qu’il serait injuste d’imposer d’autres sacrifices à une population fatiguée de la guerre, qui a déjà trop souffert? Qui peut, en définitive, dire «NON !» et rappeler à tous les signataires de l’Accord de Lusaka le respect des engagements pris ?»
Le Père Vata estime que l’Eglise en RDC ne peut rester sourde à l’appel des gens. «Face au danger d’un blocage qui risque d’avoir comme conséquence la poursuite de la guerre, l’Eglise ne peut pas ne pas parler, insiste le jésuite. Et elle sait de quel côté elle doit se placer, si elle veut rester crédible: du côté des sans voix, dans le camp de la majorité silencieuse, dont la voix s’est éteinte, à force d’avoir crié, en vain, sa faim, sa misère et son désir de paix à la face du monde. Elle doit parler plus fort que la force brutale et que le bruit des armes, pour barrer définitivement la route à tous ceux qui, cyniquement, osent proposer le bain de sang comme alternative à l’accession au pouvoir par la voie des urnes.»
L’exemple sénégalais
Dans sa conclusion, le directeur de DIA invite le gouvernement et l’opposition de réfléchir sur les conséquences d’une trop grande dépendance de leurs alliés respectifs. Contre cette pesanteur, l’ONU, le Conseil de sécurité et la communauté internationale ne peuvent rien faire, dit-il, et «ils ne viendront pas faire la paix à la place des Congolais». «Ce n’est pas en s’acoquinant à de mauvais compagnons que les Congolais sortiront leur pays du bourbier, souligne l’éditorialiste. Quels conseils peuvent-ils attendre de Dos Santos, Savimbi (Angola), Kagame (Rwanda), Museveni (Ouganda) et Mugabe (Zimbabwe), qui n’ont pas pu réaliser la réconciliation chez eux ? On ne donne pas ce que l’on n’a pas.»
Et le jésuite de conclure: «Au lieu d’écouter et d’imiter aveuglement ceux qui ont fait de leurs pays des nids de violence permanente et des tas de ruines où plane l’ombre de la mort, les hommes politiques congolais feraient mieux de prendre exemple sur leurs homologues sénégalais. Ces derniers se sont montrés dignes de leur peuple et de l’Afrique, en donnant au monde une bonne leçon d’alternance démocratique pacifique.» (apic/dia/cip/be)




