Burundi: Entretien avec le directeur des OPM-Coopération Missionnaire après son voyage
APIC Interview
Prendre plus tôt ses distances avec le pouvoir politique
De notre correspondant à Paris, Jean-Claude Noyé
Paris, 27 juillet 2001 (APIC) Directeur national des OPM-Coopération Missionnaire, le père Emmanuel Lafont vient de rentrer du Burundi et du Rwanda où il a effectué un voyage de dix-huit jours à la rencontre de ses collègues directeurs des OPM et des Eglises locales. Ils s’expriment sur ce qu’il a rencontré dans ces deux pays déchirés par les conflits. De l’attitude de l’Eglise au Rwanda, notamment. Les inculpations de religieuses rwandaises à Bruxelles et l’arrestation d’un prêtre de ce même pays à Genève? Le Père Lafont atténue la portée des ces faits.
APIC: Quelle situation avez-vous trouvée au Burundi ?
Emmanuel Lafont: Une situation à peu près calme à Bujumbura même si la ville semble encerclée et s’il est difficile de sortir après 16 h. C’est ainsi que l’économe diocésain n’a pas pu retourner auprès des siens, à 20 km de là, depuis 1994. Aller à l’intérieur du pays est aventureux. Les grandes routes qui sont surveillées par l’armée ne le sont plus après 16 h. L’insécurité est là, du fait de la guérilla menée par les groupes hutus qui ne sont pas partie prenante des accords d’Arusha.
APIC: Qu’en est-il de la dimension ethnique de ce conflit ?
Emmanuel Lafont: De l’avis même de tous mes interlocuteurs, il n’est pas d’abord ethnique, ou plutôt la réalité ethnique a été instrumentalisée à des fins politiques. Hutus et tutsis vivaient et vivent encore ensemble, ils parlent la même langue, ils ont la même culture. Les Européens ont mis en relief les différences minimes qui pouvaient exister entre l’un et l’autre groupe. Par exemple ils ont mentionné l’appartenance ethnique sur les papiers d’identité – selon la vieille recette: diviser pour mieux régner
APIC: Que pensez-vous des accords d’Arusha ?
Emmanuel Lafont: Leur ambiguïté majeure c’est qu’ils reposent sur cette division ethnique arbitraire, et, de fait, l’institutionnalisent. Je me demande si Nelson Mandela n’a pas trop rapidement projeté sur le Burundi la situation sud-africaine. Autre explication: il ne s’est pas assez dégagé de l’équipe de l’ancien médiateur, Julius Nyerere, l’ex-président de la Tanzanie.
APIC: Quel rôle joue l’Eglise au Burundi?
Emmanuel Lafont: J’ai rencontré des chrétiens unis, toutes ethnies confondues, notamment dans des célébrations communes comme à Bujumbura, à l’occasion d’ordinations sacerdotales dans un quartier nord de la ville qui a beaucoup souffert ces derniers temps. J’ai senti une quête spirituelle énorme et une envie très forte de dépasser le conflit, chez les jeunes notamment. L’Eglise joue son rôle dans un travail patient de réconciliation nationale.
Le diocèse de Ngosi s’est joint à la population pour mobiliser la population afin qu’elle fasse la guerre à la guerre via des projets de développement: construction de lignes électriques, la création d’une usine de traitement du café et d’une université privée (700 étudiants inscrits), ou encore d’une banque communautaire qui accordent des bourses aux étudiants et des micro-crédits à des associations de paysans producteurs de café. Quant au diocèse de Gitega, il est fortement impliqué dans la formation de petites communautés de base capables de pacifier les collines. Dans le diocèse de Bourouri, au petit séminaire Saint- Paul de Bouta, quarante étudiants ont été tués par une bande armée pour avoir refusé d’être séparés entre tutsis et hutus. Ce lieu est devenu un sanctuaire des martyrs de la fraternité.
APIC: Et le Rwanda ?
Emmanuel Lafont: Il est davantage pacifié, même si on perçoit un regain de tensions dû au processus de paix qui se dessine au Congo RDC. A la différence du Burundi, on y circule librement et le pouvoir paraît plus stable. Quant à l’Eglise, elle a été davantage sonnée par le génocide, brutal et rapide. Elle avait été moins préparée à y faire face que l’Eglise du Burundi. Celle-ci a dû prendre plus tôt ses distances avec le pouvoir politique et elle s’est trouvée affranchie plus vite en raison de la persécution subie dans les années 80 et de l’expulsion des missionnaires.
Ceci étant, l’Eglise du Rwanda a engagé un processus synodal conduisant à une réflexion de fond pour comprendre ce qui s’est passé et permettre à la population d’exorciser le passé en en parlant ouvertement. Le diocèse de Kigali, notamment, accomplit un profond travail de pacification des cœurs. Par ailleurs, cette Eglise, pas plus que celle du Burundi, n’a fonctionné sur une ligne ethnique.
APIC: Pourtant des gens d’Eglise ont été condamnés pour leur participation au génocide, comme récemment à Bruxelles Consolata Mukangango (sœur Gertrude) et Julienne Mukabutera (sœur Maria Kisito)!? Un prêtre a aussi été arrêté à Genève, pour répondre de génocide auprès du Tribunal international de La Haye…
Emmanuel Lafont: Certes et il faut redire avec force qu’on n’a pas à couvrir qui que ce soit. Mais ces cas individuels sont-ils représentatifs de l’attitude de la majorité des chrétiens du Rwanda et engagent-ils l’Eglise de ce pays? Je ne le crois pas. En tout cas, l’Eglise souhaite que les coupables soient jugés et que l’on établisse une distinction entre leurs divers niveaux de responsabilité. Tel n’est pas encore le cas. Par ailleurs, je ne suis pas sûr que les jurés de Bruxelles, de par leur éloignement géographique et culturel, soient les mieux placés pour juger de ce qui s’est passé. Maintenant, que la Belgique ne veuille plus être considérée comme un pays-refuge et qu’elle fasse savoir aux responsables du génocide que l’impunité n’existe pas, chacun ne peut que s’en féliciter.(apic/jcn/iac/pr)
Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall depuis un an
APIC – interview
L’eucharistie est plus importante que le célibat
St-Gall, 10mai(APIC) Mgr Ivo Fürer est depuis un an évêque de St-Gall.
Ordonné évêque le 5 juin 1995, il a pris la sucession à la tête du diocèse
de Suisse orientale de Mgr Otmar Mäder.
APIC: Vous êtes depuis un an évêque de St-Gall et par la même membre de
la conférence des évêques suisses. Comment se passe la collaboration?
Mgr Ivo Fürer: Nous avons un bon climat de collaboration. La Conférence des
évêques a profondément changé de visage ces dernières années. Nous n’avons
donc pas une grande expérience de la collaboration. Je suis après Mgr Haas,
le plus ancien évêque diocésain en fonction. Je peux dire que nous avons un
climat très ouvert, même s’il ya parfois de rudes controverses.
APIC: Avec Mgr Haas en particulier?
I.F.: Nous représentons souvent des positions différentes. Mais le dialogue
est ouverte.
APIC: L’éviction de Maria Brun comme attachée de presse de la Conférence
des évêques suisses a suscité dans la presse des commentaires acerbes. En
tant que vice-président de la CES comment comptez-vous corriger cette image
négative?
I.F.: Je pense que les évêques doivent se rencontrer pour discuter de ce
qu’il y a à faire. Un nouveau poste d’adjoint a été créé au Secrétariat de
la CES. La personne qui l’occupe sera en même temps chargée de l’information. Il faut définir le cahier des charges a de ce secrétaire adjoint. Une
série de questions apparaîtront alors.
APIC: Maria Brun était la seule femme à avoir une responsabilité au niveau
de la direction de l’Eglise en Suisse. Les femmes n’ont-elles donc pas de
place à ce niveau?
I.F.: Je regrette que Maria Brun n’ait pas pu être remplacée par une femme
J’ai trouvé très précieux qu’une femme assite aux débats de la Conférence
des évêques. Je le constate aussi à l’évêché où nous avons deux femmes qui
participent aux séances, Margareth Küng vice-chancelière et Rosmari Früh,
chargé de l’information.




