L’archevêque de Baltimore déplore des fuites autour du rapport
Etats-Unis: Le cardinal Keeler défend le travail de la Commission mixte juifs catholiques
Washington/Baltimore, 5 août 2001 (APIC) La Conférence épiscopale des Etats-Unis vient de publier une déclaration du cardinal William Henry Keeler, archevêque de Baltimore, qui réagit à la récente lettre des historiens catholiques et juifs, qui ont annoncé la suspension de leur travail sur les Archives du Vatican relatives à la seconde guerre mondiale. Dans leur «travail historique sur la shoah», catholiques et juifs sont placés devant «un immense défi» pour l’humanité, relève l’archevêque de Baltimore. Qui déplore un certain nombre de fuites dirigées par des membres de l’équipe d’historiens.
Le public a appris il y a quelques jours que l’équipe d’historiens catholiques et juifs travaillant ensemble sur les douze volumes de documents en provenance des archives du Vatican relatives à la période de la seconde guerre mondiale avait suspendu son travail. Les historiens ont fait part de leur décision au cardinal Walter Kasper, président de la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme. Beaucoup de questions restent néanmoins posées, comme le reconnaissent les experts dans leur rapport préliminaire et dans leur lettre au cardinal Kasper, notent le cardinal Keeler. «D’abord, il reste pas mal de travail à faire sur les douze volumes eux-mêmes, comme l’indiquent les experts. Il est admis qu’ils ne pouvaient pas parvenir à un total consensus sur la manière de procéder à ce stade de leur travail. Ils offrent l’espoir que, dans le dialogue avec le cardinal Kasper, ils pourront encore trouver une piste».
A présent, la situation est devenue plus problématique, relève le prélat des Etats-Unis. Dans un premier temps, un membre européen du groupe, le professeur Bernard Suchecky, a porté un coup sérieux à la crédibilité du groupe en organisant des fuites autour de son rapport préliminaire au cours de la réunion des experts à Rome en octobre dernier. Cet événement a sérieusement compromis la poursuite du travail: il a rendu impossible l’achèvement d’une phase critique de la recherche en temps opportun; il a réduit le niveau de confiance des membres du groupe envers un des leurs. Quelques mois plus tôt, un autre membre, le professeur Robert Wistrish, avait déjà troublé le niveau de confiance en accordant une interview au «Jerusalem Report», où il taxait le Saint-Siège de mauvaise foi».
Difficultés supplémentaires
Le cardinal Keeler note avec tristesse que le coordonnateur du côté juif, Seymour Reich, président du Comité juif international pour la Consultation Interreligieuse, a communiqué à la presse la lettre commune du groupe au cardinal Kasper et a profité de l’occasion pour en déformer le contenu dans son communiqué de presse. Or, écrit l’archevêque de Baltimore, ni le professeur Eugene Fisher, coordinateur catholique du groupe, ni les membres catholiques de l’équipe n’ont été consultés sur ce point par Reich; ce que les trois membres catholiques ont fermement réprouvé. Il semble désormais plus difficile que jamais d’entrevoir une issue.
Esprit de dialogue
Et l’archevêque de relever: «L’esprit de la suggestion du cardinal Cassidy et, j’aimerais le croire, l’esprit dans lequel le groupe lui-même a entrepris son travail, était un esprit de dialogue. On a demandé aux experts de voir si nos deux communautés de foi, en mettant en commun les compétences requises par l’étude historique, pourraient contribuer à cette réconciliation de la mémoire que le Saint-Siège appelle de ses voeux dans un document paru juste une semaine auparavant: Nous nous souvenons: une réflexion sur le shoah. La publication de «Nous nous souvenons» a coïncidé en fait avec l’arrivée à Rome d’un groupe venu de Jérusalem et associant dans un pèlerinage commun six évêques américains, sept rabbins, deux prêtres et deux laïcs, un catholique et un juif. Dès le lendemain, nous avons été à l’écoute, tout comme les rabbins du groupe, de toutes les questions – ainsi que des réactions positives significatives – que ce document allait soulever chez les juifs et qui allaient apparaître dans le débat public au cours des semaines et des mois suivants. Nous en avons parlé clairement et les problèmes ont été soulevés de manière constructive dans un échange direct avec le cardinal Cassidy. La semaine d’après, à la réunion du Comité de liaison International, les représentants juifs ont soulevé des questions identiques».
Un travail de spécialistes
Constatant que les documents du Saint-Siège n’étaient généralement pas connus, le cardinal Keeler dit avoir soutenu l’initiative du cardinal Cassidy pour mettre sur la table les douze volumes de la documentation du Vatican en vue de faire avancer le dialogue des experts. «Il a pris la sage décision de n’impliquer directement dans le groupe aucun membre de la Commission pontificale, afin d’éviter le moindre soupçon sur une quelconque tentative du Saint-Siège d’influencer le travail des spécialistes. J’ai été enchanté de son choix quand il a désigné comme coordinateur catholique du groupe d’experts un membre de notre équipe à la Conférence des évêques américains, le professeur Eugene Fisher, que le cardinal Johannes Willebrands m’avait présenté quelques années auparavant comme éminent spécialiste des questions touchant les relations judéo-chrétiennes».
Pour l’archevêque de Baltimore, le travail de réconciliation sera long et constitue un défi immense. «Il est d’une importance cruciale qu’à l’avenir, la recherche savante soit séparée des éléments d’un ordre du jour dressé d’un point de vue politique, ce qui empoisonne le climat et rend le vrai progrès inaccessible». «Ceux qui pourraient vouloir politiser ce moment de douleur doivent réfléchir sur les enjeux de nos efforts pour nous confronter avec notre histoire, dans l’intérêt des uns et des autres, juifs et catholiques» (apic/cip/pr)




