L’esclavage ne sera pas considéré comme crime contre l’humanité

ONU: Conférence mondiale contre le racisme bloquée par des pressions

Genève, 12 août 2001 (APIC) La Conférence mondiale contre le racisme, qui aura lieu du 31 août au 7 septembre 2001 à Durban, ne considérera pas l’esclavage, la traite des noirs et le colonialisme comme des crimes contre l’humanité. Ainsi en a décidé le Comité de préparation, réuni durant la semaine du 6 au 10 août à Genève.

Jean-Daniel Vigny, chef de la délégation suisse pour la Conférence de Durban a expliqué àà la presse que les pays occidentaux étaient d’accord sur une réparation morale, et vont affirmer qu’ils regrettent et condamnent l’esclavage. Mais ils n’iront pas plus loin, a laissé entendre le diplomate suisse.

«Il y a des principes qui ne sont pas négociables, à savoir le fait d’associer l’esclavage, la traite des noirs et le colonialisme comme des crimes contre l’humanité. Nous avons déclaré solennellement que s’il faut se quitter sur un constat d’échec, nous le ferons. Il ne faut pas négocier la mémoire des ancêtres», a déclaré à la presse Alioune Tine, Coordinateur du Comité africain pour la Conférence.

«Certaines organisations reconnaissent déjà ces actes comme des crimes contre l’humanité. C’est le cas de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Nous sommes en discussion avec Amnesty International et avec Human Rights Watch pour essayer de convaincre les autres organisations internationales de se rallier à notre cause», a expliqué A. Tine.

Certains pays occidentaux ont mnacé de boycotter la Conférence si les pratiques liées à l’esclavage et au colonialisme étaient définies comme des crimes contre l’humanité. Les délégations officielles des certains pays qui devront participer à la Conférence de Durban ne sont pas encore décidées. Cela dépendra des négociations non-officielles des prochains jours, ont expliqué à la presse quelques délégués.

Position ferme des Etats-Unis

Les représentants africains se heurtent surtout à la position ferme des Etats-Unis, une des délégations les plus restrictives en ce qui concerne la réparation. «Lors de notre réunion avec les Américains, les délégués nous ont dit froidement: Pas question de reconnaître ces actes comme des crimes contre l’humanité et pas question de demander le pardon», a expliqué A. Tine.

Selon Adjoa Ayetoro, représentante de la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, les Etats-Unis soutiennent que ces pratiques sont plus anciennes que la définition même du terme «crime contre l’humanité». Un deuxième argument développé par les Américains, selon A. Ayetoro, est qu’il vaut mieux se tourner vers le futur et non regarder vers le passé. «Nous ne demandons pas des réparations et des indemnisations pour des acte du passé, mais sur des éléments présents en lien avec le passé», souligne A. Ayetoro.

Selon le groupe africain le fait que les pays occidentaux ne veulent pas parler de réparations ou d’indemnisations éloigne davantage les peuples africains des blancs et des juifs, qui obtiennent des réparations pour le régime Nazi et la Guerre du Golfe. «On parle d’annulation de la dette, de libéralisation de fonds pour l’éducation ou pour la santé, mais les pays membres des Nations Unies ont fait savoir par leur position ferme qu’il n’y aura pas de telles reconnaissances pour nos peuples», déplore la délégation africaine. (apic/iac/bb)

12 août 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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