Allemagne: Le chanoine Oestreicher analyse la situation des Eglises en ex-RDA

L’Eglise a perdu «sa voix distinctive» avec la chute du mur

Berlin, 14 août 2001 (APIC) Pour le chanoine anglican Paul Oestreicher, spécialiste des relations entre l’Est et l’Ouest, la situation des Eglises de l’ex-Allemagne de l’Est est en quelque sorte plus mauvaise depuis la réunification que sous le communisme. Alors que l’Allemagne commémore le 40e anniversaire de la construction du mur de Berlin, le prêtre dénonce notamment l’ambiguïté de l’Eglise unifiée face au militarisme.

Ce qui est devenu un mur long de 155 kilomètres formé de plaques de béton d’une hauteur moyenne de 3,60 mètres, recouvertes d’un cylindre pour éviter les escalades, a marqué la division des deux Allemagne pendant presque 30 ans, et coûté la vie des quelque 250 personnes qui ont essayé de le franchir pour passer à l’ouest. Sa construction a commencé le 13 août 1961 par la fermeture de la frontière entre les parties communiste et occidentale de la ville.

Sous le communisme, a déclaré Paul Oestreicher, ancien président de l’antenne d’Amnesty International au Royaume-Uni, les Eglises en Allemagne de l’Est avaient développé une position anti-militariste que le gouvernement reconnaissait de façon tacite en ne plaçant pas les conscrits chrétiens dans des unités de combattants. «Aujourd’hui, alors que les Eglises de l’Est sont unies aux Eglises occidentales, cette voix distinctive ne se fait plus entendre. L’Eglise unifiée est beaucoup plus ambiguë concernant le militarisme», dénonce le prêtre dans une interview à l’agence de presse œcuménique ENI.

L’impôt ecclésiastique entraîne une diminution de la pratique

Le chanoine Oestreicher, né en Allemagne il y a presque 70 ans, est consultant honoraire auprès du ministère international de la cathédrale de Coventry en Grande-Bretagne. Selon lui, l’introduction d’un impôt ecclésiastique dans l’ex RDA a fait beaucoup de mal aux Eglises. Dans l’ex-Allemagne de l’Ouest, les gens paient cette taxe «sans vraiment y penser», mais à l’Est, cela a entraîné une diminution de la frééquentation des églises.

Ceci affecte aussi bien les Eglises protestantes que l’Eglise catholique romaine, constate Paul Oestreicher. Selon lui, au moment où le passage à travers le mur de Berlin a été autorisé – à partir du 9 novembre 1989 – la population de l’Allemagne de l’Est a fait preuve d’impatience. «Les gens voulaient la réunification, mais ce qu’ils ont eu, c’est une prise de pouvoir – la colonisation par l’Occident. Une partie des avantages a été perdue, par exemple le système d’assistance sociale de l’Allemagne de l’Est.»

Le retour des communistes

L’analyse du chanoine Oestreicher est confortée par les sondages qui montrent que l’ancien Parti communiste, aujourd’hui Parti du socialisme démocratique (PDS) a une chance de revenir au pouvoir lors des élections municipales qui auront lieu à Berlin en octobre.

Cette occasion se présente parce que la coalition actuellement au gouvernement dans la ville entre les sociaux-démocrates et l’Union démocrate chrétienne a été rompue. Après les élections du 21octobre, les sociaux-démocrates pourraient être obligés de former une coalition avec le PDS. Lors des dernières élections de la ville, le PDS a remporté presque 18 % des votes – et 40 % dans la partie est de Berlin.

Dans un article paru dans le journal «Observer» de Londres, Oestreicher que les puissances occidentales (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) n’étaient pas trop insatisfaites du mur de Berlin qui, estimaient-elles, apportait une certaine stabilité à la frontière de l’empire soviétique et leur donnait une arme précieuse de propagande. (apic/eni/bb)

15 août 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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