Le préservatif peut sauver des vies
Afrique du Sud: Dominicains et sida: d’accord avec les évêques, mais pas sur le préservatif
Pietermaritzburg, 16 août 2001 (APIC) La lutte contre le sida a longuement retenu l’attention des évêques catholiques d’Afrique du Sud cet été. Mais leur non à toute utilisation du préservatif convainc de moins en moins ceux qui voient les ravages causés par le virus. Des dominicains d’Afrique du Sud expliquent en quoi ils partagent la position de leurs évêques, mais estiment que le préservatif, même si c’est un moyen médiocre, peut sauver des vies.
Pour éviter la propagation du virus, il n’y a rien de tel que l’abstinence dans les rapports sexuels et la fidélité dans le mariage, a rappelé l’épiscopat sud-africain. Quatre dominicains de Pietermaritzburg, Père Martin Badenhorst, et les Frères Philippe Denis, Kees Keijsper et Munyaradzi Felix Murove, viennent de réagir à la prise de position des évêques. Ils se rallient volontiers à leur défense du mariage et de la fidélité conjugale. Mais, même si le préservatif n’est qu’un «moyen médiocre» de se protéger, «est-il condamnable quand il permet de sauver des vies?» demandent-ils dans leur déclaration intitulée «Le caractère sacré de la vie. Un avis catholique sur les préservatifs et le sida».
Dans leur récent message, les évêques d’Afrique du Sud ont insisté sur l’espoir à entretenir pour les personnes atteintes du sida. Ils appellent les catholiques à la solidarité avec tous ceux qui sont engagés dans la lutte contre cette maladie et affirment que le sida ne doit jamais être considéré comme punition de Dieu.
Les évêques prennent une position ferme contre l’usage du préservatif pour lutter contre le sida. Ces propos ont produit des impressions mitigées sur le gouvernement, sur les organisations gouvernementales et sur plusieurs milieux ecclésiaux.
Volonté de évêques de promouvoir la meilleure approche du sida
«Nous saluons le désir de nos évêques de promouvoir la meilleure approche possible de la question du sida et du préservatif; et nous souhaitons contribuer à la discussion de ce problème. Nous prenons la parole en tant que catholiques et, pour certains d’entre nous, en tant que personnes activement engagées dans la lutte contre le sida», ont affirmé en préambule les dominicains signataires de la déclaration.
Or, si les évêques sud-africains reconnaissent implicitement que l’usage de préservatifs peut être approprié dans un couple où l’un des partenaires est porteur du sida, ils en désapprouvent le recours dans tous les autres cas. Pour eux, un tel usage est contraire à la dignité humaine et change l’acte d’amour en recherche de plaisir égoïste. Ils affirment que les campagnes en faveur de rapports sexuels plus sûrs sont moralement perverses. La raison d’une position aussi radicale est que les évêques entendent défendre le caractère sacré du mariage.
Les quatre dominicains rejoignent cette position sur le mariage. Les premiers à souffrir des cassures conjugales sont les enfants, et les femmes qui sont abusées et privées de soutien sont une autre catégorie de victimes, soulignent-ils. Ajoutant: «Nous sommes aussi d’accord avec les évêques lorsqu’ils affirment que l’abstinence et la fidélité conjugale sont les meilleurs moyens de prévenir la contamination par le sida. La multiplication des partenaires sexuels est une des causes principales de l’extension rapide du désastre. Le meilleur moyen de se protéger soi-même contre le sida est de n’avoir qu’un seul partenaire sexuel dans le cadre d’une relation durable».
Le sida est un problème social et non uniquement personnel
Pour les dominicains, cependant, il faut reconnaître que «des personnes qui ont des rapports sexuels hors mariage n’agissent pas toutes par pure recherche égoïste du plaisir». D’autres facteurs, comme la pauvreté écrasante, la solitude générée par l’urbanisation et le recours systématique à des travailleurs migrants, ou encore la valorisation des prouesses et des performances sexuelles dans la culture populaire, jouent un rôle dans le fait que des gens sont pris dans un tourbillon de relations sexuelles.
Les signataires de la déclaration en déduisent que «le sida est un problème social; ce n’est pas qu’un problème de moralité personnelle. Ce n’est pas seulement l’individu qui est appelé à la conversion. L’industrie, la publicité, les mandataires publics qui par leurs actes égoïstes laissent les gens dans la pauvreté et le désespoir, les personnes qui considèrent le sida comme malédiction divine, tous, en réalité, nous sommes appelés à la conversion».
Le sida, une catastrophe d’une ampleur sans précédent
Un second aspect est également souligné par les dominicains dans la discussion sur le sida et les préservatifs. Rien qu’en Afrique du Sud, plus de quatre millions de personnes sont séropositives. «C’est une catastrophe d’une ampleur sans précédent», affirment les quatre signataires de la déclaration. Pour eux, penser que «ces quatre millions de personnes, sans parler de ceux qui risquent de contracter la maladie, sont toutes également capables de suivre l’idéal catholique du mariage, c’est un rêve». Ils estiment que «tous les gens méritent de vivre, et pas seulement ceux qui suivent la voie étroite de l’éthique sexuelle des chrétiens». De ce fait, même si les préservatifs ne constituent pas une garantie absolue contre le sida, ils constituent «un moyen important» d’arrêter la maladie. «Une seule vie sauvée de l’infection, c’est déjà une victoire», affirment les quatre dominicains.
«Autant les responsables ecclésiaux doivent écouter les points de vue non religieux, autant les dirigeants politiques doivent être attentifs aux valeurs religieuses et morales auxquelles adhère une proportion significative de la population. Sur le problème des préservatifs, il est nécessaire d’instaurer un large débat, dans un esprit de compassion», conclut la déclaration. (apic/cip/bb)




