Intervention de Mgr Genoud, compromis proposé par la paroisse
Fribourg: Rebondissement dans le feuilleton des sans-papiers de l’église Saint-Paul
Fribourg, 20 août 2001 (APIC) Rebondissement dans le feuilleton des sans-papiers qui occupent l’église Saint-Paul à Fribourg. Grâce à une intervention de l’évêque diocésain, Mgr Bernard Genoud, le conseil de paroisse a accepté un compromis: pour maintenir une présence symbolique, 5 sans-papiers seulement pourront rester dans l’église, mais ils ne pourront plus utiliser la cuisine et les toilettes du rez. Et cela jusqu’au 17 septembre prochain, date de la rentrée des Chambres fédérales.
Quant aux autres – le Collectif des sans-papiers de Fribourg revendique 84 membres – ils devront évacuer les lieux. Par la force s’il le faut. Les sans-papiers ont jusqu’à mardi 21 août à 12h pour accepter ces conditions «sine qua non», a insisté Etienne Gruber, président du conseil de paroisse. Sinon, il demandera au préfet Nicolas Deiss – comme il l’a fait le 23 juillet déjà – de faire évacuer les occupants par la police. La position de l’évêque – qui se trouve actuellement à l’étranger – a été expliquée par son chancelier et porte-parole, Nicolas Betticher, au cours d’une conférence de presse à l’évêché de Fribourg.
Devant l’évêché, un comité d’accueil d’une quarantaine de sans-papiers et de sympathisants – dont la députée verte Laurence Terrin – a accueilli les journalistes avec des banderoles portant les slogans «Sans papiers – nous restons», «Régularisons les sans-papiers», «Aucun homme n’est illégal». Une petite délégation du mouvement «En quatre ans, on prend racine», qui occupe l’église de Bellevaux, à Lausanne, s’était jointe à la manifestation, accompagnée par la conseillère nationale verte vaudoise Anne-Catherine Ménétrey.
Nicolas Betticher a expliqué que l’évacuation des locaux paroissiaux et l’occupation de l’église elle-même étaient vues de façon positives. Elles maintiennent la dimension symbolique de l’action. Le fait de rester dans des locaux d’Eglise facilite son intervention en leur faveur. Car la cause des sans-papiers tient à cœur à l’évêque, Mgr Bernard Genoud, qui a promis de tout faire pour porter le débat au niveau national, car il est resté jusqu’à maintenant essentiellement romand. De l’étranger, l’évêque a fait saluer les sans-papiers et a remercié les curés pour leur engagement à leurs côtés.
Le représentant de l’évêque a reconnu qu’il y avait trop de cas inacceptables de sans-papiers dans un pays comme la Suisse qui se dit moderne et démocratique. Il a rappelé les diverses interventions de son évêque pour les occupants du Schönberg, qui interviendra encore au début septembre lors de l’assemblée plénière de l’épiscopat suisse. Quant à l’occupation de l’église elle-même, Nicolas Betticher a rappelé que les bâtiments sont propriété de la paroisse, qui est une corporation ecclésiastique (de droit étatique et non canonique).
Respecter l’Etat de droit
C’est donc le conseil de paroisse qui en a la responsabilité. Par conséquent, il lui revenait de décider s’il acceptait les propositions de l’évêque d’autoriser une présence symbolique des sans-papiers dans l’église jusqu’au 17 septembre. Après quoi, l’action symbolique ayant été menée, le débat devrait être lancé au Parlement fédéral, appelé à reprendre le flambeau, espère N. Betticher. Il a encore rappelé que la notion d’asile accordé par l’Eglise aux fugitifs au Moyen Age n’a plus cours aujourd’hui dans l’Etat de droit «qui doit être respecté, l’évêque l’a répété à plusieurs reprises». De plus, ce n’est pas l’évêque qui est propriétaire des bâtiments d’église, mais la paroisse.
Suite à cette demande transmise à Etienne Gruber par Nicolas Betticher, le conseil de paroisse, après consultation par téléphone, a reconsidéré en partie sa position et a renoncé pour le moment à requérir la force publique. Il s’est dit d’accord avec l’occupation de l’église, mais par cinq personnes seulement, sans pouvoir disposer de la cuisine (les curés s’étant montrés solidaires, ils vont certainement les inviter à leur table, a-t-il laissé entendre) ni des locaux du rez-de-chaussés, destinés aux activités paroissiales.
Qui croire ?
Etienne Gruber affirme que l’occupation divise la communauté. Et surtout, contrairement aux dires des deux curés de la paroisse, perturbe le déroulement de la vie paroissiale: «Le chœur doit fermer les fenêtres pour pouvoir répéter … à cause des cris des enfants, et les téléphones portables sonnent sans arrêt». D’autre part, des dégâts (minimes, a-t-il pourtant reconnu) ont été commis aux bâtiments.
Les abbés Olivier Humbert et Winfried Baechler estiment pour leur part que les inconvénients causés par l’occupation sont à relativiser: «La présence des sans-papiers ne paralyse pas la vie paroissiale, on sait s’organiser. D’autre part, il faut mettre dans la balance les souffrances et les difficultés des sans-papiers et les petits dérangements que provoque l’occupation des locaux», ont-ils déclaré à l’APIC. Le président de paroisse, qui affirme que sa préoccupation première est de maintenir l’unité de la paroisse, regrette que «les deux curés de Saint-Paul ne prennent pas à assez en considération cet état de fait; ils peuvent prendre fait et cause pour les sans-papiers, mais ils devraient aussi comprendre l’ensemble de la communauté de Saint-Paul, qui est divisée, c’est un fait».
La paroisse demande au Conseil d’Etat de ne pas intervenir jusqu’au 17 septembre
Arguant de la bonne volonté de la paroisse, «qui a fait preuve depuis plus de deux mois de beaucoup de tolérance et de patience», Etienne Gruber a révélé qu’il a personnellement pris contact avec le conseiller d’Etat fribourgeois Claude Grandjean, afin que la police n’intervienne pas avant le 17 septembre pour les 84 cas qui sont sur la liste du Collectif. «Si les sans-papiers acceptent ces conditions, le conseil de paroisse est d’accord de surseoir à sa demande d’expulsion. La proposition n’est valable que jusqu’à mardi à midi! Si elle n’est pas acceptée, nous interviendrons de nouveau auprès du préfet afin qu’il fasse respecter la loi». (apic/be)




