Les Eglises politisées? Pour les Eglises, l’avenir ne se résume pas à l’au-delà
Encadré
Comme le «Message des Eglises» ose proposer des pistes d’action concrètes et n’en reste pas aux déclarations générales, les Eglises ont pris un risque: qu’on leur reproche leur «politisation». Jean-Claude Huot, secrétaire de la Commission «Justice et Paix» de la Conférence des évêques suisses, a participé depuis 5 ans au processus de réflexion sur la Consultation œcuménique. Il dissipe rapidement l’équivoque: l’Eglise intervient dans le domaine social et politique non pas au nom d’une idéologie ou d’intérêts particulier, mais «au nom de la foi et de l’Evangile».
«Ces propositions ne doivent pas être classées selon des catégories de gauche ou de droite, car notre but est de chercher à être fidèles au Christ et de promouvoir la dignité humaine». J.-C. Huot reconnaît que toute proposition, dès qu’elle devient un tant soi peu concrète, suscite le débat et ne fait pas l’unanimité, mais le débat doit être lancé, sans qu’il y ait d’emblée consensus. «Nous ne pouvons nous contenter d’actions caritatives; l’Eglise, si elle veut être pleinement attentive aux membres les plus faibles de la société, doit aussi s’interroger sur les causes de la pauvreté et de la marginalisation».
Le pasteur Thomas Wipf ne nie pas qu’avec ses propositions, l’Eglise entre dans le champ politique: «Nous voulons stimuler le débat à partir des résultats de la Consultation auprès de la base et analyser les attentes, les espoirs et les inquiétudes exprimés par les gens à partir de l’enseignement social catholique et de l’éthique sociale protestante. C’est le devoir des Eglises d’être concrètes, de faire ou de soutenir des propositions qui sont politiques au sens large, car dans les questions fondamentales de la vie en commun des hommes, il n’y a pas d’Eglise non politique». «Il ne s’agit pas de politique partisane, mais de politique au sens de ’polis’, l’édification d’une vie commune dans la cité».
Une très bonne expérience oecuménique
Mgr Amédée Grab abonde dans le même sens: «La foi chrétienne ne peut pas être vécue en dehors des réalités humaines; ceux qui croient sont des citoyens, des travailleurs, ils appartiennent à une famille, ils ont une tradition et un ancrage culturel… Il est impossible qu’ils vivent leur foi en vase clos.» Le président de la CES se souvient que l’Eglise a déjà été souvent accusée de faire de la politique, notamment du temps de l’apartheid ou de la situation en Amérique centrale (Nicaragua). Des mouvements comme «Kirche wohin» faisaient alors pression pour que les Eglises s’abstiennent de prêcher concrètement la justice sociale, en entrant dans le vif du sujet.
Mgr Grab ne donne pas au «Message des Eglises» l’importance d’une encyclique papale ou d’un acte du magistère, mais il le considère tout de même comme une stimulation importante pour lancer le débat. «Le processus de réflexion n’est pas terminé avec ce document». Le président du Conseil de la FEPS, Thomas Wipf, et celui de la CES, concordent pour dire que la Consultation a été «une très bonne expérience œcuménique à une époque où l’on rencontre des blocages dans d’autres domaines, comme l’intercommunion». Pour Mgr Grab, cette Consultation est une «réalisation exemplaire de l’œcuménisme, où à partir de la même foi et de la conviction que nous sommes porteurs du même message d’espérance, nous devons nous engager dans les mêmes réalités. Evidemment, tant que ce n’est que dans le domaine social, c’est plus facile…» (apic/be)




