L’intervention militaire n’enrayera pas le terrorisme
Egypte: Les réactions restent mesurées après les attaques anglo-américaines
Le Caire, 9 octobre 2001 (APIC) Dès le début des opérations militaires, dimanche soir, la radio et la télévision nationales égyptiennes ont suivi de près les événements et interrogé de nombreux spécialistes. Dans l’ensemble, ceux-ci jugent que ce n’est pas l’intervention militaire occidentale qui enrayera le terrorisme mondial.
Même s’ils s’attendent à ce que le régime des Talibans tombe tôt ou tard, ils pensent que la réaction «terroriste» surgira de nouveau et que l’ensemble du système tribal afghan se soudera face au danger extérieur, en dépit des antagonismes internes qui opposent les différentes tribus de ce pays.
Lundi matin, l’opinion publique était mitigée. En général, l’homme de la rue n’est pas heureux de voir un peuple musulman (donc frère) attaqué, et il se demande si le monde islamique ne doit pas se coaliser contre le danger de la guerre. Le calme règne et les Egyptiens guettent les événements en se demandant ce qui les attend.
De manière générale, le public ne comprend pas comment les Etats-Unis et le monde occidental ont abrité bien des terroristes en invoquant les droits de l’homme et la démocratie et ont créé de toutes pièces des personnages comme Ben Laden et des forces de frappe qui se retournent aujourd’hui contre leur créateur. Les discussions vont bon train et on n’arrête pas de faire la distinction entre le «terrorisme» et l’islam tolérant et pacifique. L’opinion est sensible aux déclarations de Ben Laden affirmant que les Etats-Unis ne jouiront pas de la sécurité tant que les Palestiniens ne l’auront pas.
«Seconde Déclaration Balfour»
En Egypte, le sentiment général est favorable aux Palestiniens, dont l’opinion juge qu’ils souffrent trop et sont les victimes permanentes d’un «terrorisme d’Etat» que personne ne se soucie de corriger. Les déclarations de Georges Bush Jr sur son appui à l’établissement d’un Etat palestinien ont un écho plus que favorable et sont considérées comme une seconde «Déclaration Balfour » sur la Palestine, près d’un siècle après la promesse de Lord Balfour, Premier ministre britannique, aux juifs en 1917.
Face à ce sentiment général, l’attitude de la presse est également mesurée : le début des opérations armées fait la une de tous les journaux. Peu de commentaires encore. Les événements sont rapportés dans le détail, ainsi que les déclarations de Ben Laden, diffusées hier et affirmant que les » avant-gardes musulmanes » sont les auteurs des attentats meurtriers contre New York et Washington.
Depuis ces attentats du 11 septembre, les responsables égyptiens et les éditorialistes, ne cessent de déplorer l’amalgame entre le » terrorisme «mondial et «l’islam», «les Arabes» et » l’Orient arabe «. De nombreux articles de journalistes et d’oulémas développent les versets coraniques prônant la tolérance. Une personnalité politique chrétienne à la retraite, Fekri Makram Ebeid, ancien ministre et membre fondateur du nouveau parti Wafd, dénonce le «mensonge éhonté» selon lequel «le terrorisme est musulman».
Il fait l’historique du terrorisme mondial en commençant par les bandes de la Haganah et Stern, les attentats juifs en Palestine contre le ministre britannique Lord Moyne et le comte Bernadotte, représentant des Nations Unies, en passant par la mafia et les Brigades rouges italiennes, la Bande à Baader Meinhoff en Allemagne, l’ETA basque, l’IRA irlandaise, les brigades japonaises, les Tamouls srilankais, le Timor indonésien et autres sectes américaines ou bandes néo-nazies ou néo-fascistes.
Les Etats Unis ont formé Ben Laden
En Egypte, tout le monde s’accorde à dire que les Etats-Unis ont encouragé et formé Ben Laden et les Talibans, comme ils ont soutenu le régime islamique iranien et d’autres mouvements qui se sont retournés contre eux. On rappelle que l’Egypte avait réclamé à cor et à cri aux Etats-Unis l’extradition du cheikh Omar Abder-Rahmane, condamné en Egypte, mais en vain, avant qu’il ne soit arrêté pour le premier attentat contre le World Trade Center en 1993. Tout le monde souligne aussi que le président Moubarak a été le premier à réclamer une action internationale et concertée contre le terrorisme et qu’il n’a également jamais cessé de mettre en garde les Etats-Unis contre d’éventuelles attaques.
Les éditorialistes rappellent que l’Orient n’est pas uniquement arabe et musulman, mais aussi hindouiste, shintoïste, chinois, indonésien, qu’il faut distinguer l’islam arabe de l’islam asiatique, africain et autre. Les chrétiens se sentent pris entre deux feux: aux yeux de l’Occident, ils sont arabes et aux yeux de leurs frères musulmans, ils sont chrétiens donc allié à la civilisation judéo-chrétienne occidentale.
La presse égyptienne a donné une large place aux déclarations ches chefs religieux égyptiens ces dernières semaines. Si le Grand Imam d’Al-Azhar, le cheikh Tantaoui, avait déclaré » haram » (péché) et jeté l’interdit sur une coalition avec les Etats-Unis, il avait lancé un appel à l’ensemble des croyants pour mener un dialogue plutôt que la confrontation entre les civilisations. Le «Jihad» (guerre sainte), à ses yeux, signifie défendre sa terre, sa dignité, les valeurs religieuses sacrées, et non pas attaquer les autres. «Nous sommes contre le terrorisme et l’injustice, avait-il ajouté, qu’ils soient pratiqués contre les musulmans ou des non musulmans».
Pas confondre lutte contre le terrorisme et confrontation islamo-chrétienne
Le pape Chénouda III et le Mufti d’Egypte avaient de leur côté mis en garde contre une confusion entre la lutte contre le terrorisme et une confrontation islamo-chrétienne. Toute la presse avait fait une large part aux déclarations de Jean Paul II en Asie centrale lors de son dernier voyage, prônant la » logique de l’amour » plutôt que la logique de la force.
En général, l’opinion publique aussi bien qu’officielle déplore les retombées économiques de la crise actuelle sur l’économie mondiale et nationale. L’Egypte souffre actuellement de l’extinction du tourisme, qui représente la première source de devises. Nombre d’agences de voyage ont licencié leur personnel en ne gardant que le strict minimum, à qui une moitié de salaire est versée seulement, sans compter le petit peuple vivant du tourisme dans les régions de Haute Egypte et partout où se trouvent des vestiges archéologiques et zones touristiques.
La guerre actuelle ne peut qu’aggraver la situation économique affirme tout un chacun en Egypte. L’opinion cependant acclame la sagesse du président Moubarak, et appuie sa décision de ne pas participer à une action armée. (apic/cip/mk)




