Le président du CCEE satisfait de la première mouture du message final

Entretien avec Mgr Amédée Grab, évêque de Coire

Un regret: ce synode est trop prenant et trop pessimiste

Rome 16 octobre 2001 (APIC) Présent au 10ème synode ordinaire des évêques qui se tient à Rome jusqu’au 27 octobre, Mgr Amédée Grab, évêque de Coire, en Suisse, et président du Conseil des Conférences épiscopales Européennes, le CCEE, se dit satisfait de la première mouture du message final, qui sera rendu public à la fin de l’assemblée. Dans un entretien avec I’APIC, il a toutefois regretté que ce synode soit trop prenant et trop pessimiste.

Q.: Vous faites partie de la commission de rédaction du message final. A la moitié des travaux synodaux, que peut-on attendre de ce document ?

Mgr Grab: Ce que je peux vous dire, et qui me semble être un très bon point, c’est que le message s’adressera à l’opinion publique, et pas seulement aux catholiques. Il aurait pu s’adresser d’abord aux communautés ecclésiales, aux diocèses. On aurait pu dire «votre évêque est venu au synode et il va rentrer», ou bien «votre évêque n’est pas venu, mais comment allez-vous approfondir avec lui toutes les dimensions de sa vocation ?» Mais ce n’est pas la piste qu’on a choisi. On a choisi de s’adresser au monde pour dire ce qui peut faire le bonheur du monde à travers la réalisation du plan de Dieu sur l’humanité. Nous souhaitons ainsi donner une parole d’espérance et d’encouragement et voir dans quelle mesure l’évêque peut contribuer à donner une réponse aux angoisses et aux attentes du monde, sans faire un traité de théologie sur la signification de l’épiscopat.

Q.: Est-ce que ce n’est pas justement ce qui a été fait un peu trop souvent, au dire de certains évêques comme le cardinal Danneels, dans les interventions des dix premiers jours?

Mgr Grab: Les Congrégations générales ont servi, à mon sens, à réfléchir ensemble et à approfondir les données de la collégialité. Le synode aurait pu partir d’une question posée sur un thème concret et aboutir à des choses concrètes. Mais étant donné que cette assemblée a pour thème l’évêque, serviteur de l’Evangile pour l’espérance du monde, c’est la totalité, la globalité du ministère épiscopal qui est considéré, et cet écart était donc inévitable. Il est vrai que cette considération a été faite par le Concile Vatican II il y a bientôt 40 ans et que dans la mesure où la situation culturelle est restée à peu près la même, on pourrait dire que Vatican II avait déjà dit tout ce qui était possible à ce sujet. Mais l’évolution globale de la société était suffisante et nécessaire pour qu’on revienne dessus.

Q.: C’est-à-dire ?

Mgr Grab: La vision de la réalité culturelle et politique mondiale, au moment où Vatican II commençait, était positive et optimiste. La crise entre Cuba et les Etats-Unis en 1963, n’avait pas essentiellement remis en cause les travaux du Concile, alors qu’aujourd’hui, face à la détérioration du climat politique, on se trouve dans une position moins optimiste. Il faut pouvoir aborder notre sujet en lien avec ces événements, tout en gardant suffisamment de distance pour voir plus loin.

Q.: Vous en parlez souvent entre vous ?

Mgr Grab: Le synode est tellement prenant, que ce qui se passe dans le monde n’arrive que très partiellement. On est pris du matin au soir et même en dehors, avec les réunions ou les rencontres. C’est donc très accaparant et dans la mesure où on veut suivre à peu près tout ce qui se dit, la méthode traditionnelle nous empêche parfois d’être présent à ce qui se dit.

Q.: Maintenant que vous êtes dans la deuxième phase du synode, avec les ’Circoli minores’, il est peut-être plus facile de débattre sur un thème particulier ? Qu’est-ce qui en ressort ?

Mgr Grab: Chacun des carrefours aborde les thèmes qu’il désire. Cela dépend beaucoup des personnes représentées, car à chaque fois, des évêques de provenances et d’horizons très différents se retrouvent ensemble. La seule condition est de parler la langue du groupe. Mais il y a quand même un point qui revient assez souvent, celui de la collégialité. Pour notre part, nous réfléchissons en particulier aux possibilités de retrouver le principe des provinces ecclésiastiques. Elles n’existent plus aujourd’hui, mais on pourrait reprendre leur fonctionnement, avec un archidiocèse à la tête de quelques diocèses suffragants. Nous en discutons tout en tenant compte des circonstances très variées dans lesquelles les évêques agissent et des perceptions qui ne sont pas les mêmes d’un diocèse à l’autre.

Q.: En tant que président du CCEE, et évêque de Coire, comment voyez-vous une éventuelle réforme des Conférences épiscopales, régulièrement soulevée dans les interventions des premiers jours ?

Mgr Grab: Je ne pense pas qu’il s’agisse seulement du problème des Conférences épiscopales, mais surtout de la taille des diocèses. Ça m’a particulièrement frappé quand un évêque de mon groupe nous a annoncé que dans son diocèse, il y a 8 millions de musulmans et à peine 200 catholiques, alors qu’à côté de lui, l’archevêque de Mexico nous annonçait qu’il a 18 millions de fidèles dans sa ville ! Je pense donc qu’avant de vouloir modifier quoique ce soit, il faut plutôt revoir, à l’intérieur, la façon de travailler des curies diocésaines et l’adapter aux exigences locales. (apic/imed/pr)

16 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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