Les évêques souhaitent une Eglise moins centralisée

Synode des évêques à Rome: Un premier bilan du cardinal Danneels

Rome, 26 octobre 2001 (APIC) Le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, a dressé le 25 octobre à Rome, devant les journalistes, un premier bilan des travaux qui auront occupé durant quatre semaines le Synode des évêques.

L’assemblée synodale, qui était consacré cette année au rôle et à la mission de l’évêque diocésain, a été de nouveau une importante occasion de rencontre pour des évêques de toutes les parties du monde. «C’est toujours un temps fort de collégialité affective et effective», constate le cardinal Danneels, qui a aussi été sensible au fait que l’hémisphère Sud était plus que jamais largement représenté.

Le sujet de ces quatre semaines d’échanges et de discussion avait fait l’objet, comme d’habitude, d’une large consultation. Sur cette base a été publié il y a quelque mois un document de travail, dont le cardinal Danneels a particulièrement apprécié la haute qualité: Toutes les interventions entendues en assemblée plénière et d’ailleurs limitées à huit minutes ne pouvaient prétendre à ce niveau de réflexion et elles ont d’ailleurs souvent débordé le sujet, remarque l’archevêque de Malines-Bruxelles.

Des échanges en assemblée générale puis des carrefours en petits groupes, 69 propositions ont finalement été formulées et remises au pape, qui en tirera la matière fondamentale d’une exhortation apostolique sur le ministère de l’évêque pour demain. Car c’est bien sur la figure et sur le rôle propre de l’évêque que portent l’essentiel des propositions, insiste le cardinal Danneels. Il y a la question des différentes dimensions pastorales, doctrinales et spirituelles du ministère, de la manière d’assumer une vie d’évêque au quotidien, de l’organisation de la curie diocésaine, des relations avec les prêtres, les personnes de vie consacrée, les laïcs. Sans oublier l’exigence d’un style de vie sobre et même pauvre, exigence sur laquelle les évêques du tiers monde ont particulièrement insisté. Il y a là, selon le cardinal Danneels, matière à examen de conscience pour chaque évêque.

Le sujet n’est pas de nature à faire la «une» des médias, précise-t-il. Il n’a rien de spectaculaire, mais ce n’est pas le résultat le moins important du Synode.

Rome et la périphérie

Parmi les questions brûlantes mises sur la table du Synode, le cardinal cite d’abord les relations entre Rome et les évêques diocésains, donc entre Rome et les Églises locales. Nombre d’interventions, dit-il, ont souligné, dans le contexte du monde actuel,  » la nécessité d’un pape fort et d’un épiscopat fort «. Autrement dit,  » exalter l’un au détriment de l’autre, c’est faire fausse route «.

Pour le cardinal Danneels, le type de relation entre le pape et les évêques «n’est pas fixé une fois pour toutes, voire gelé «. Nombre d’évêques réclament une Eglise décentralisée, non pour des raisons doctrinales, mais pour des raisons d’organisation pastorale et parfois même disciplinaire : il y a des questions de liturgie, de droit canonique, de procédures à suivre pour les nominations qu’on ne peut pas régler à un niveau mondial. Une plus grande décentralisation implique, bien entendu, une meilleure coordination avec la Curie romaine».

La Curie romaine est un organe au service du pape et des évêques locaux ; ce n’est pas une instance jouissant d’un pouvoir propre «, rappelle l’archevêque de Malines-Bruxelles, dans le sillage des interventions entendues en assemblée plénière, dont il salue au passage  » la franchise et la critique constructive «.

De même que le Synode a plaidé pour une revalorisation de l’Eglise locale autour de l’évêque, il a souhaité que les conférences des évêques jouissent d’une plus grande compétence. Faut-il les faire d’après l’ancien modèle des provinces ecclésiastiques, qui étaient définies d’après une réalité historique et géographique ? C’est une des possibilités évoquées au Synode et elle est apparu d’emblée envisageable pour les grands pays du vieux continent européen, qui dispose déjà d’une tradition à ce sujet. Il en va autrement dans les Eglises plus jeunes.

En fait, ce sont les patriarches de l’Eglise catholique orientale qui ont joué en la matière un rôle moteur, relève le cardinal Danneels. «Les patriarches ont montré qu’ils jouissaient déjà d’une relative autonomie, inscrite dans le droit de l’Église depuis des siècles. Ils y ont ajouté deux arguments de poids. D’une part, ils ont exorcisé la peur innée de l’autorité centrale devant la décentralisation : c’est une peur tenace, mais faites confiance, ont-ils dit. D’autre part, ils ont montré que, d’un point de vue oecuménique, on ne peut espérer davantage de rapprochement avec les orthodoxes sans une révision de la manière dont fonctionne le ministère de Pierre dans l’Église et donc sans une plus grande décentralisation. Le cardinal Danneels n’a pu préciser davantage:  » C’est une tendance qui était très clairement présente au Synode. Mais l’assemblée synodale n’était pas le lieu d’entrer dans les détails».

La collégialité des évêques

Autre problème brûlant discuté au Synode : la collégialité, la communion ecclésiale et la subsidiarité, c’est-à-dire la volonté de laisser à chaque instance le soin de prendre ses responsabilités à son niveau, sans devoir attendre tout du niveau supérieur. Selon le cardinal Danneels,  » il reste beaucoup à faire en matière de collégialité «, et d’abord parce que  » les notions de collégialité, de communion, de subsidiarité ne sont pas clairement définies «.  » La subsidiarité, telle que la sociologie la définit, n’est pas applicable comme telle à l’Eglise. D’autre part, on ne peut pas tout résoudre avec la notion trop mystique et trop vague de «communion» ; ça demanderait bien des clarifications !  » Enfin, c’est dans le Synode des évêques que s’exerce principalement leur collégialité, ont souligné de nombreux Pères Synodaux. Mais il paraît urgent aujourd’hui d’en revoir la méthode de travail, compte tenu de l’expérience des trois dernières décennies. Cela devrait-il faire l’objet d’une assemblée spéciale du Synode ou bien faut-il confier le problème à une Commission ? En attendant, le cardinal Danneels a refait une fois de plus l’expérience d’une  » méthode de travail très lourde, qui ne laisse pas de place à un véritable débat, pas même dans les groupes linguistiques, car ils sont trop hétérogènes. Et on perd beaucoup de temps à cause de techniques de communication vieillottes. Le Synode est excellent pour la collégialité affective. On reste sur sa faim pour la collégialité effective. Peut-être faudrait-il des assemblées synodales intermédiaires plus petites, avec un nombre restreint de participants pour étudier un ou deux sujets bien circonscrits. Le règlement du Synode prévoit d’ailleurs la tenue d’assemblées spéciales et extraordinaires.»

Les évêques et les problèmes du monde

Le Synode ne s’est pas seulement penché sur des questions internes à l’Eglise. La responsabilité des évêques par rapport aux problèmes du monde a aussi longuement retenu l’attention, note le cardinal Danneels. Il est vrai que les problèmes ne sont pas minces : pauvreté, sida, droits de l’homme, justice et paix, corruption, dette extérieure. «Ces problèmes ont été évoqués pratiquement dans toutes les interventions des évêques des autres continents et ils ont été largement repris dans les propositions. L’option pour les pauvres a été réaffirmée avec force : l’évêêque doit être un défenseur des pauvres et vivre lui-même à la manière d’un pauvre».

La pauvreté qui règne dans l’hémisphère Sud a d’ailleurs bien davantage retenu la préoccupation de l’assemblée que les problèmes de solitude existentielle qui peuvent ronger un certain nombre d’Occidentaux. De même, les évêques ont peu évoqué d’autres problèmes plus typiques de l’Occident comme la sécularisation, l’indifférence religieuse, la situation de plus en plus minoritaire de l’Eglise…

Les évêques ont aussi évoqué les relations avec l’islam. Ils ne l’ont pas seulement fait, précise le cardinal Danneels, sous la pression de l’actualité aux Etats-Unis et en Afghanistan, mais dans le cadre du dialogue à promouvoir avec les autres religions. Il n’empêche: «L’Afghanistan a toujours été présent en toile de fond, surtout dans les conversations et dans le non-dit, mais pas seulement : à deux reprises, il y a eu une prière commune pour la paix dans le cadre du Synode. Le cardinal Egan, archevêque de New York, est retourné le11 octobre dans sa cité épiscopale un mois après les attentats ; puis il est revenu à Rome et il a dû prendre congé définitivement des Pères Synodaux quelques jours avant la fin.  »  » La violence en Afghanistan, insiste le cardinal Danneels, a toujours été replacée dans le cadre plus vaste de la violence dans le monde. Les évêques ont demandé que le message final du Synode fasse explicitement mention de la violence en Terre Sainte où Bethléem, lieu de naissance d’une vie nouvelle aux yeux des chrétiens, est devenue ces derniers jours un lieu de mort. Peut-être même y aura-t-il une déclaration particulière du Synode sur la violence en Terre Sainte». (apic/cip/pr)

26 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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