Bras de fer entre le curé de la paroisse et son évêque
Togo : Un évêque appelle les gendarmes pour déloger un prêtre
Lomé, 2 novembre 2001 (APIC) Un bras de fer a été engagé entre le curé de la paroisse de Tomégbé au Togo et son évêque, Mgr Julien Kouto. Ce dernier a demandé à la gendarmerie, le 30 octobre, de déloger le prêtre de sa cure. L’attitude du prélat suscite la grogne et provoque la division dans son diocèse.
Ordonné prêtre en 1985 par le Saint-Père alors en visite au Togo, le Père Joachim Abotchi est connu par ses confrères pour être «franc et direct dans ses propos». Affecté, il y a un an dans une autre paroisse alors qu’il venait à peine de s’installer à Tomégbé, à 150 km au nord de Lomé, il a demandé à son évêque une dérogation afin de finir l’exécution d’un projet de tontine (système d’épargne solidaire) qu’il avait démarré pour aider les populations. Mais l’évêque a refusé malgré l’intercession de quelques autres prêtres. D’après un curé du diocèse, «il avait changé trois fois de paroisse. Ce qui fait qu’il ne finissait jamais ces projets qui devaient aider les populations».
Après le refus du curé de rejoindre son nouveau poste, l’évêque lui notifie son exclusion du clergé d’Atakpamé. Ce que le prêtre n’a jamais accepté. Pour mettre fin à ce bras de fer, il fait appel aux gendarmes pour faire partir «le curé récalcitrant». Un autre prêtre du diocèse témoigne que c’est la première fois que des militaires interviennent dans la vie de l’Eglise. «Nous avons pour la plupart demandé à l`évêque de revenir sur sa décision de suspension, affirme-t-il, mais il ne nous a pas écoutés. Et voilà où nous en sommes». «C’est le chef de l’Etat à qui l’évêque avait demandé l’assistance qui a ordonné le déploiement des éléments des forces de l’ordre. Le préfet de la localité saisi par l’évêque pour expulser le curé s’est dit incompétent et a donc saisi son ministre de tutelle, le ministre de l’intérieur qui à son tour s’est référé au Président de la République. C’est après avoir été reçu en audience par le chef de l’Etat que Mgr Julien Kouto a bénéficié de l’appui des militaires», a confié un magistrat.
L’évêque crée la division dans son diocèse
D’après un prêtre en service à la cathédrale, le diocèse d’Atakpamé est «en proie depuis plus de trois ans à une division créée et entretenue par notre évêque». La conférence épiscopale du Togo et même les autorités de Rome en sont informées. «Le cardinal Gantin était même venu l’année dernière pour essayer une réconciliation entre l’évêque et ses prêtres, en vain. Beaucoup de nos confrères ont préféré poursuivre leurs études en Europe au lieu d’être opprimés par cet évêque qui conduit le diocèse vers la ruine», explique cet ancien secrétaire épiscopal du diocèse. «Rien ne bouge ici depuis qu’il est arrivé. Il n’a pratiquement rien fait. Pis: tout ce qui existait et qui faisait la fierté du diocèse a été détruit. Je peux citer l’exemple de cette communauté de sœurs installée par son prédécesseur qu’il a voulu dissoudre. S’il n’y avait eu la clémence d’un autre évêque qui a accueilli ces religieuses dans son diocèse, la communauté aurait disparu».
Pour la majorité des prêtres d’Atakpamé interrogés, l’expulsion du curé de Tomégbé risque de faire déborder le vase. Pour circonscrire tout débordement de manifestations des paroissiens qui réclament avec véhémence leur curé, un détachement de gendarmes boucle le village depuis le 30 octobre. Le curé délogé a été conduit manu militari dans le diocèse de Dapaong, situé à plus de 700 km au nord de Lomé pour «un temps de réflexion». Le vicaire de la cathédrale de Dapaong, Eloi Kolani, à qui est confié Joachim Abotchi a fait savoir à la presse qu’il lui est «interdit de recevoir des visites et des coups de fil jusqu’à nouvel ordre». (apic/pdk/at)




