L’ignorance religieuse est un facteur d’intolérance
Paris: Colloque le 17 novembre sur le fait religieux à l’école
Paris, 15 novembre 2001 (APIC) Un colloque intitulé «Le fait religieux à l’école : pour les jeunes, quelle culture des religions» aura lieu le 17 novembre à Paris. Il est organisé par l’hebdomadaire «La Vie», avec l’école supérieure Sciences Po, des partenaires de l’enseignement catholique et les périodiques «Le monde des débats» et «L’hebdo des juniors». Seront présents de grands spécialistes comme René Rémond, Jean Delumeau et Danièle Hervieu-Léger, ainsi que trois députés (majorité et opposition).
En France, l’introduction de l’enseignement des religions dans les cours d’histoire et de littérature remonte à 1996. La prise de conscience que l’ignorance religieuse est facteur d’intolérance et empêche d’accéder au patrimoine culturel de l’humanité fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus. Mais les choses évoluent lentement. Laïcité à la française oblige…
En 1905, l’inspecteur Léon Bérard évacuait des programmes scolaires le mot «Dieu». C’était l’époque des lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui devait accoucher de la laïcité à la française. Laïcité dure, d’exclusion du religieux, strictement confinée à la sphère privée. Une laïcité dont on comprend mieux aujourd’hui les paradoxes et les limites. Parmi celles-ci, l’ignorance des religions qualifiée récemment par Jack Lang, le ministre de l’Education nationale, de «forme d’analphabétisme» (1). Le même disait également que l’enseignement des religions contribue «à créer une conscience civique». Cette opinion fait aujourd’hui l’objet d’un consensus de plus en plus large. «Si nous sommes coupés de nos racines religieuses, toute une partie de notre patrimoine devient inintelligible», souligne le professeur Jean Delumeau.
Introduction d’un enseignement sur les religions en 1996
Cette prise de conscience a conduit à l’introduction en 1996 d’un enseignement sur les religions à travers les programmes d’histoire et de français, à l’initiative d’un conseiller de Jack Lang, le recteur Philippe Joutard. Ce dernier remarque que beaucoup d’enseignants ont encore des réflexes de peur vis-à-vis de l’enseignement des religions à l’école et que seule une minorité d’entre eux reçoit une formation adéquate.
Evelyne Martini a pour sa part conçu le premier stage de formation du personnel de l’Education nationale qui proposait une approche pluridisciplinaire et plurireligieuse. Elle interviendra au colloque du 17 novembre pour faire part de son expérience de pionnière. Elle observe: «Le mot religion est encore mal perçu à l’Education nationale, comme s’il cachait une volonté de pouvoir, une catéchèse rampante. C’est normal eu égard à notre laïcité, qui s’est construite sur la défensive par rapport aux religions. Moi-même très attachée à la laïcité, je suis la première à dire qu’il faut du doigté et du temps pour la faire évoluer»(2).
Et de souligner encore (3) : «Nous devons impérativement informer nos élèves sur les grands systèmes de valeur, religieux et non-religieux, faute de quoi ils pourraient céder au désespoir ou chercher des réponses dans les sectes.» Réponse possible à la quête de sens, l’enseignement de l’histoire des religions à l’école devrait également développer une plus grande tolérance, sinon un esprit civique renouvelé chez les jeunes. Telle est la conviction de la grande majorité des 35’000 personnes qui ont répondu aux questionnaires que leur avait adressé «La Vie» et les co-organisateurs du colloque du 17 novembre.
«Pourtant, derrière leurs réponses, se dessinent deux sensibilités», remarque Eric Vinson (4), journaliste, coordinateur de l’opération. «D’une part, l’approche humaniste, plus patrimoniale, qui considère le fait religieux comme une donnée avant tout historique et culturelle. Et l’approche plus engagée, plus attentive à ses contenus spirituels et moraux. Enfin, une minorité non négligeable est attachée au statu quo, voire inquiète des risques de prosélytisme, d’intégrisme ou d’intrusion des sectes» (4). Il n’est pourtant pas question que des professeurs spécifiques enseignent les religions au sein de l’école laïque. Par contre, les programmes de la rentrée 2002 proposent des ouvertures culturelles au fait religieux au cours des trois dernières années de l’enseignement primaire. Dieu est de retour à l’école. Mais à petits pas. (apic/jcn/bb)




