5 emprisonnements pour 960 assassinats de sans-terres
Paris: Visite de Mgr Balduino, évêque brésilien des paysans sans terre
Paris, 5 décembre 2001 (APIC) Mgr Thomas Balduino, évêque du diocèse de Goias (Brésil) en retraite et président national de la Commission de la Pastorale de la Terre (CPT), de passage à Paris, a rencontré les journalistes du groupe Malesherbes. L’occasion d’attirer l’attention sur l’oppression subie par 4,8 millions de familles de paysans sans terre et de rappeler l’engagement social de l’Eglise catholique brésilienne.
Mgr Balduino est venu en France pour célébrer à Lyon les 30 ans de l’agence DIAL (Diffusion de l’information sur l’Amérique Latine), créé par le père Charles Antoine et José de Broucker, ex-directeur de l’hebdomadaire de «La Vie». L’évêque a rappelé la recrudescence de la répression contre les «Sans Terre», notamment dans l’Etat de Parana. L’injustice profonde se traduit par des chiffres éloquents: entre 1986 et 1997, 960 d’entre eux ont été assassinés. Ce qui a donné 70 procès, 14 condamnations et 5 emprisonnements. Le pouvoir judiciaire s’est montré complice des méthodes répressives orchestrées par les «pistoleiros» (milices privées des propriétaires terriens) et des policiers. On ne compte plus les menaces de mort, souvent exécutées, contre les avocats qui plaident la cause des Sans Terre. Répondant à ce cas de figure, le dominicain Henri Burin des Roziers, missionnaire français, subit lui aussi de très fortes pressions.
Créée en 1975, pendant la dictature militaire, la Commission de la Pastorale de la Terre (CPT) a puissamment contribué à fédérer divers mouvements de défense des paysans et a donné à cette cause une légitimité dont se seraient bien passé gouvernement et propriétaires de «fazendas», immenses propriétés surveillées par des gardes armés. Mgr Balduino évoque ainsi l’existence dans son diocèse d’une propriété de 500’000 ha, entièrement close et traversée par une route goudronnée privée de 50 km!
L’évidente mauvaise volonté du président Cardoso
La tâche de la CPT est immense, et se complique par la mauvaise volonté évidente du gouvernement de Cardoso à faire évoluer positivement les choses. Adoptée sous la pression populaire, la réforme agraire a été conçue selon un schéma de décentralisation qui, de fait, donne le pouvoir de redistribution de la terre aux élus régionaux ou locaux, eux-mêmes à la botte des grands propriétaires terriens! Par ailleurs, une nouvelle loi rend désormais impossible l’accession à la propriété par l’occupation de la terre. Un scénario qui, de fait, a longtemps prévalu, non sans d’âpres combats ici ou là. Le magistère romain, via un document du conseil pontifical des laïcs daté de 1986, a lui-même a pris acte de ces occupations et, sans les encourager explicitement, en renvoit la vraie responsabilité au laxisme gouvernemental.
Concernant la Conférence épiscopale du Brésil, Mgr Balduino a précisé qu’elle était majoritairement préoccupée par les questions sociales, historique oblige. Même les groupes du Renouveau charismatique affichent désormais le souci de pratiquer, eux aussi, «le sacrement du prochain». En tout cas plusieurs se sont adressés à lui pour qu’il leur parle de la PST. Et de rappeler que les évêques progressistes sud-américains forment un groupe informel qui se réunit une fois par an pour faire avancer les choses. Mais aussi d’estimer que la théologie de la libération «se porte très bien», nonobstant le coup de crosse de Rome, avec qui Mgr Balduino, affirme avoir toujours réussi à maintenir des relations cordiales. Même quand il fut l’un de ceux qui osèrent exprimer leur désaccord avec la condamnation du théologien Léonardo Boff. (apic/jcn/bb)




