Suisse: Campagne de Carême 2002 sur le thème «Partager la communication»
Info-riches et info-pauvres, la nouvelle discrimination Nord-Sud
Lausanne, 7 janvier 2002 (APIC) A l’ère d’internet et des «autoroutes de l’information» tant vantées, on assiste à une nouvelle discrimination Nord- Sud: le monde se divise désormais entre «info-riches» et «info-pauvres». A contre-courant des puissants mouvements de globalisation, la campagne ?cuménique de Carême 2002, qui débute en Suisse le 24 février, veut agir en faveur d’une société mondiale de l’information plus équitable, où les voix du Sud peuvent se faire entendre.
La société de l’information, constatent les ?uvres d’entraide catholique et protestante «Action de Carême» et «Pain pour le Prochain», ne l’est pas pour tous. Alors que le système de communication se prétend mondial, la moitié de l’humanité n’a pas accès au téléphone et les médias sont saturés par la culture des pays industrialisés occidentaux. Si les habitants de l’hémisphère nord profitent déjà pleinement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), la grande partie des populations du Sud en est exclue. Ainsi en Afrique noire, seul le 0,4% de la population a accès à internet, contre plus de la moitié des ménages privés aux Etats-Unis et près d’un tiers en Europe.
La communication, un besoin fondamental
La campagne de Carême ?cuménique, qui débutera officiellement le 24 février 2002, veut promouvoir l’accès universel aux moyens de communication, qui ne se résument pas aux infrastructures. La communication en effet englobe tout ce qui est diffusé par les médias et les technologies de l’information, à savoir la connaissance du monde et l’identité culturelle. Véhicule de l’instruction et de l’identité culturelle, elle est donc un élément fondateur de la dignité humaine.
Ce principe fut énoncé, en 1989 déjà, par la Déclaration de Manille de l’Association mondiale pour la communication chrétienne (AMMC-WACC). Il est aujourd’hui plus que jamais au c?ur d’un combat éthique pour une société plus juste.
La communication, véhicule du savoir, de vérités et d’inspirations, est un besoin fondamental, au mettre titre que la nourriture le logement ou les soins médicaux. Cependant, elle peut tout aussi juguler la connaissance, répandre le mensonge et développer la désinformation. Ainsi, selon les promoteurs de la campagne ?cuménique 2002, l’enjeu actuel de la communication se situe entre une communication don de Dieu – à savoir: un droit inaliénable de la personne humaine – , et une communication otage des pouvoirs économiques et politiques.
Le double enjeu de l’accès et du contenu
Alors que les habitants des pays industrialisés sont submergés par les moyens de communication, 50% de la population mondiale n’a jamais utilisé un téléphone faute d’infrastructures et de moyens. A ce fossé technologique s’ajoute un monopole culturel de la mentalité et des valeurs occidentales. En effet, une dizaine d’entreprises de communication, les «global players», dominent le marché mondial actuel. Huit d’entre elles ont leur siège aux Etats-Unis, dont le numéro 1 «AOL Time Warner», qui a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de quelque 40 milliards d’euros (E). Les autres ont leur siège en Europe et au Japon.
Conscients que le profit est préférable au conflit, ces grands groupes tendent à se constituer en un ensemble de plus en plus uniforme, paradoxalement au nom d’une libéralisation économique, appuyée par la presque totalité des législations des nations industrialisées. Cette uniformisation des grandes entreprises, qui possèdent des réseaux de diffusion et des groupes médiatiques, se reporte naturellement sur les contenus informatifs, et développe ainsi une mondialisation du modèle culturel des pays industrialisés occidentaux.
Face à ce monopole, les Eglises soutiennent la réalisation d’un nouvel ordre de l’information et de la communication (NOMIC), voulu par les pays du Sud il y a plusieurs décennies déjà. La bataille pour le NOMIC dans le cadre de l’UNESCO avait dégénéré en sévères affrontements idéologiques entre blocs – on était encore à l’époque de la guerre froide – et les représentants occidentaux, qui défendaient becs et ongles la libre circulation de l’information (ils en dominaient déjà les marchés) y avaient vu une machine de guerre contre la liberté d’expression et une information libre.
Les Eglises sont dans le coup!
Les organisations d’Eglise actives dans le domaine de la communication et du développement soutiennent aujourd’hui plus que jamais la volonté de garantir la liberté de chaque individu à l’échelle mondiale en rééquilibrant les flux d’informations. L’accès des pays les plus pauvres aux nouvelles technologies est considéré par le dernier Rapport mondial des Nations Unies sur le développement humain comme un grand potentiel pour lutter contre la pauvreté, la faim et les épidémies dans les pays du Sud. Au Sommet d’Okinawa, en l’an 2000, les chefs d’Etats de la planète ont annoncé le lancement de programmes d’action pour qu’à l’occasion du nouveau millénaire, la révolution numérique atteigne les coins les plus reculés du globe et contribue au développement durable de la planète. Le Sommet mondial sur la Société de l’Information, qui se tiendra à Genève en décembre 2003, est une chance de faire avancer les revendications des pays du Sud.
De nombreux projets visant à faciliter l’accès des défavorisés à la communication et aux médias sont promus par des organisations apparentées aux Eglises. Leur concrétisation se fait toujours dans une perspective d’amélioration de la qualité de vie et de renforcement de l’identité culturelle. Consciente que le chemin sera long jusqu’à l’avènement d’une société mondiale de l’information équitable et durable, la campagne ?cuménique souhaite par son action poser les jalons d’un développement durable dans cette direction. (apic/sh/be)




