Mgr Bürcher: Situation dramatique des chrétiens de Terre Sainte

Jérusalem: Evêques catholiques européens et américains invités par le patriarche latin

Jérusalem, 23 janvier 2002 (APIC) Une dizaine d’évêques catholiques d’Europe, des Etats-Unis et du Canada participent depuis lundi 21 janvier à Jérusalem à une rencontre de solidarité avec les chrétiens palestiniens. Les communautés chrétiennes locales, très vulnérables, ne représentent plus que 2% de la population de la Terre Sainte (Israël-Palestine). Répondant à l’invitation du patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah, la Conférence des évêques suisses (CES) a délégué Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire à Lausanne.

Mgr Bürcher représente à Jérusalem le président de la CES, Mgr Amédée Grab, qui participe jeudi à la rencontre interreligieuse d’Assise. «Avec la nouvelle intifada, la situation des chrétiens de Terre sainte est devenue catastrophique, vraiment dramatique, que l’on songe à l’exode massif des chrétiens de Bethléem, Beit Jala, Ramallah.», a confié mercredi à l’APIC l’évêque auxiliaire, familier des pèlerinages en Terre Sainte.

Un signe qui ne trompe pas, pour Mgr Bürcher: la peur diffuse que l’on ressent en arrivant en Israël. «C’est la première fois que j’ai ce sentiment de crainte à mon arrivée à l’aéroport de Lod et que je subis un interrogatoire d’une heure mené par la sécurité israélienne; mardi, tout près de notre hôtel, il y a eu une nouvelle tuerie; la vieille ville de Jérusalem est vide de touristes et de pèlerins. Les familles palestiniennes qui vivaient du commerce et du tourisme n’ont plus aucune source de revenus, la survie des écoles chrétiennes est menacée, car les écolages ne sont plus payés, les professeurs non plus.»

Les communautés chrétiennes se vident de leur substance

S’il n’y a pas un revirement radical de la politique actuelle, les communautés chrétiennes locales vont se vider de leur substance, lâche Mgr Bürcher. Ces communautés interpellent les Eglises chrétiennes des Etats- Unis et d’Europe occidentale, accusées de rester «trop silencieuses» face à la tragédie du peuple palestinien.

A part l’engagement constant du Saint-Siège, note l’évêque suisse, les chrétiens palestiniens ont l’impression d’être lâchés par les Eglises occidentales: «Ils ne voient pas comment on pourrait sortir de l’impasse sans une intervention internationale». Plaidant pour le droit à l’existence de deux Etats vivant côte à côte et la fin de l’occupation israélienne, l’évêque auxiliaire rappelle que «tant que les dispositions de l’ONU ne seront pas respectées, il n’y aura jamais la paix et la justice dans la région!»

La délégation internationale d’une trentaine de personnes – laïcs, prêtres et évêques – prépare une déclaration sur la situation en Terre Sainte. Elle est dirigée par Mgr Wilton Gregory et Mgr Jacques Berthelet, respectivement présidents de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis et du Canada, et du vice-président de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, Mgr Patrick Kelly. Des évêques de France, d’Allemagne, d’Italie, de Suisse et de Scandinavie ont également fait le déplacement. Ils attirent l’attention sur la position de l’Eglise de Jérusalem, qui rappelle que «le statut final de Jérusalem» dans le cadre de tout accord israélo-palestinien est un élément clef pour la communauté chrétienne de Terre Sainte.

Préserver les droits des trois communautés religieuses à Jérusalem

«Les droits des trois communautés religieuses et des deux peuples doivent être préservés dans la Ville Sainte. Assurer ces droits, du point de vue de l’Eglise, va requérir l’implication de la communauté internationale qui doit fournir des garanties spéciales», peut-on lire dans le communiqué de presse des organisateurs de la rencontre. Israël considère que l’entièreté de la ville de Jérusalem – proclamée «capitale éternelle d’Israël» – est sous sa seule souveraineté, y compris Jérusalem-Est occupée et annexée en violation du droit international. La délégation, qui a déjà rencontré mardi le président israélien Moshé Katsav, a également prévu de se rendre à Ramallah pour parler au président Yasser Arafat. Parmi les spécialistes invités, deux intervenants appartenant au camp modéré sont au programme: le Palestinien Sari Nusseibah et l’Israélien Yossi Beilin.

Jeudi à midi – en communion avec la rencontre interreligieuse d’Assise – la délégation internationale, avec l’ensemble des évêques de Terre Sainte, célébrera une messe dans l’église Sainte-Catherine de Bethléem. Pour autant que les barrages israéliens soient levés, note Mgr Bürcher. (apic/be)

23 janvier 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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