(*) Mgr Jacques Berthelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Wilton Gregory, président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, Mgr Patrick Kelly, vice-président de la Conférence épiscopale d’
APIC Interview
Evêque auxiliaire à Lausanne, Mgr Pierre Bürcher est un familier des pèlerinages en Terre Sainte. Jeudi 24 janvier en fin d’après-midi, il a pu rencontrer au sein d’une délégation internationale d’évêques le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, confiné dans sa résidence de Ramallah à un jet de pierre du canon des chars israéliens qui l’encerclent. L’APIC a interviewé Mgr Bürcher.
APIC: Malgré les barrages, vous avez finalement pu rendre visite à Yasser Arafat.
Mgr Bürcher: Il faut d’abord rappeler qu’une délégation d’évêques présents à la rencontre internationale de Jérusalem avait déjà rencontré mardi le président israélien Moshé Katsav. Il s’agit pour nous de contribuer à la réconciliation et à la paix. Jeudi, nous nous sommes joints, avec Mgr Wilton Gregory (USA), Mgr Jacques Berthelet (Canada) et Mgr Giuseppe Merisi (Italie), à une délégation de l’Assemblée des ordinaires de Terre Sainte sous la direction du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah.
Du fait que nous avions des voitures à plaques diplomatiques, nous n’avons mis qu’une heure pour passer les barrages depuis Jérusalem et atteindre Ramallah. Dans les conditions actuelles, pour un trajet d’une vingtaine de minutes en temps normal, il faut aux gens ordinaires trois ou quatre heures. S’ils peuvent y parvenir.
APIC: Vous avez été témoin d’une situation qui se dégrade à vu d’?il ?
Mgr Bürcher: Les moyens d’existence des familles palestiniennes ont été systématiquement mis en péril par les confiscations de terre, le bouclage des territoires, la fermeture des écoles… Ces dernières mois, plus de 500 maisons ont été détruites par l’armée israélienne, sans oublier les 400 villages palestiniens rasés dans le sillage de la lutte pour la création de l’Etat d’Israël. En raison de la violence et des sombres perspectives, l’émigration touche les jeunes en masse, le coût humain pour les familles est extrêmement élevé. La violence extrême qui frappe les deux peuples, israélien et palestinien, ne peut pas laisser l’Eglise indifférente.
Notre présence a justement pour but de soutenir les communautés chrétiennes locales qui sont menacées dans leur existence par ce conflit qui dure maintenant depuis plus de 50 ans. Notre but est d’interpeller les fidèles en Europe et en Amérique. Nous avons répondu à l’appel au secours des évêques de Terre Sainte qui voient leurs fidèles et toutes les autres populations encerclés à Ramallah, Bethléem Beit Sahour, dans ce que l’on peut qualifier d’immenses prisons à ciel ouvert. Est-ce tolérable que des villes entières soient bloquées pendant des mois par l’armée israélienne?
APIC: Quel est le but d’une telle visite à un président palestinien qui semble très affaibli et que les Israéliens, appuyés par les Etats-Unis, cherchent par tous les moyens à le délégitimer ?
Mgr Bürcher: En vue de trouver une solution juste au conflit qui déchire cette terre, je suis persuadé que l’Eglise doit développer le dialogue avec les acteurs politiques, tant du côté israélien que palestinien. C’est ce qu’essayent de faire les responsables chrétiens de Terre Sainte. Nous avons pu constater que pour eux, le président Arafat reste toujours un partenaire respecté et légitime. La rue palestinienne, aussi chez les chrétiens, le soutient. Un jeune père de famille de Jérusalem m’a dit avant mon départ: «Si vous pouvez lui parler personnellement, dites-lui que les chrétiens de Jérusalem l’aiment!»
Nous avons trouvé Arafat confiné dans sa résidence, qui est plus une caserne qu’un palais. Les tanks israéliens sont quasiment sous ses fenêtres. Arafat, montrant les chars, nous a dit: «La patience a des limites». Il nous a dit avec un certain sourire qu’il avait été empêché de fêter Noël à Bethléem avec les latins et les orthodoxes.
Durant notre visite d’une heure, il m’est apparu comme un homme fatigué, traqué. Mais j’ai ressenti qu’il était assoiffé de paix et de justice pour son peuple. Il nous a répété que l’établissement de la paix dans la région est la condition sine qua non de celle du reste du monde.
APIC: Quel a été le message qu’Arafat voulait transmettre aux Eglises ?
Mgr Bürcher: Il nous a rappelé sa foi dans le processus de paix dans lequel il s’était engagé tout au long de ces années. Il nous a dit à plusieurs reprises qu’il voulait nous parler de «c?ur à c?ur» et qu’il avait besoin de notre aide. Quand le président de la Conférence épiscopale des Etats- Unis lui a demandé quel était le message à transmettre au président Bush, il a tout simplement répondu: «Dites-lui d’agir comme son père, pour la paix!»
Interrogé sur la rencontre interreligieuse qui se déroulait au même moment à Assise, il a déclaré: «Il y a des croyants qui sont fanatiques et c’est la violence qui les habite, mais il faut reconnaître que la grande majorité des croyants veut la paix et l’entente entre les religions».
Au c?ur de la criante injustice actuelle, dont les conséquences sautent aux yeux de tous ceux qui veulent voir honnêtement la situation sur le terrain, il faut reconnaître que se trouve le fait de l’occupation israélienne, à laquelle il faut mettre fin. Il est évident que comme le veut le Saint- Siège, les évêques américains et européens désirent ardemment la paix dans la justice. Ce qui nécessite la création aux côtés d’Israël d’un Etat palestinien. C’est le seul moyen, par le dialogue, d’en finir avec la violence et de parvenir un jour à la réconciliation. (apic/be)




