La vie en milieu clos favorise l’homosexualité
Paris: Le Père Julien Potel commente la question homosexuelle en Eglise
Jean-Claude Noyé, correspondant de l’APIC à Paris
Paris, 20 février 2002 (APIC) La question de l’homosexualité dans l’Eglise a été relancée par la récente suspension du prêtre espagnol José Mantero. Ce dernier avait clairement déclaré son homosexualité. Le Père Julien Potel est l’auteur d’un rapport de 90 pages intitulé «Prêtres séculiers, religieux et homosexualité». Selon lui, il ne fait aucun doute que la proportion d’homosexuels est plus élevée dans l’Eglise que dans la société civile. La faute à la vie en milieu clos.
Le sujet d’enquête sur l’homosexualité a été demandé au père Potel, prêtre de la Mission de France, en 1992 par des prêtres homosexuels et par le père Jacques Perotti. Celui-ci a longtemps été le secrétaire de l’abbé Pierre ainsi que le président, puis le porte-parole, de «David et Jonathan», un mouvement d’homosexuels chrétiens. «Cette question n’avait jamais été abordée par les sociologues du catholicisme en France. J’ai interviewé vingt-cinq prêtres homosexuels, ayant entre 28 et 71 ans», rappelle Julien Pottel. «J’ai également assisté à des réunions de réflexion de prêtres homosexuels. Comme chercheur proche du Groupe de sociologie des religions (GSR) du CNRS, et parce que j’avais déjà travaillé sur le cas des prêtres mariés, j’ai trouvé intéressant de m’aventurer sur ce terrain. Ce ne fut pas facile».
APIC: Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de votre enquête?
J.Potel: J’ai entendu des paroles auxquelles je n’acquiesçais pas toujours. Ma propre tendance à juger a été mise à mal. J’ai voulu jeter un éclairage sur un sujet qui est tabou et comprendre ces prêtres et religieux qui souffrent car ils sont profondément blessés par le discours de l’Eglise. Celle-ci les stigmatise et présente l’homosexualité comme une maladie. Eux attendent un discours évangélique.
APIC: Vous avez remis ce rapport à certains évêques de France. Quelle a été leur réaction ?
J.Potel: Aucune, hélas. Les évêques abordent cette question entre eux, mais rien ne filtre à l’extérieur. Je crois que beaucoup sont enfermés dans un univers qui exclut les difficultés des prêtres homosexuels. Au fond, la question que la hiérarchie de l’Eglise catholique doit se poser, c’est celle de la formation des séminaristes en matière de sexualité et d’affectivité.
APIC: Mais la Conférence des évêques de France en a pris acte, notamment après la sortie au grand jour des affaires de prêtres pédophiles .
J.Potel: Peut-être. Mais, je constate que des prêtres continuent à quitter leur sacerdoce parce que l’Eglise refuse qu’ils aient une vie affective et sexuelle.
APIC: Les enquêtes (voir encadré) tendent à montrer que les homosexuels sont proportionnellement plus nombreux en Eglise que dans la société civile. Qu’en pensez-vous ?
J.Potel: C’est certain. Les gens d’Eglise vivent en milieu clos, souvent entre hommes ou entre femmes. Ce qui n’est pas rien quand on est homosexuel. De fait, il y a des milieux professionnels, comme la coiffure et la restauration, où l’on rencontre beaucoup d’homosexuels. On en rencontre beaucoup également parmi les clercs. Mais, hélas, on ne dispose pas de statistiques fines. Et pour cause, vu le black-out de la hiérarchie qui condamne non la tendance mais la pratique homosexuelle.
APIC: Eugen Drewerman, dans son livre «Fonctionnaires de Dieu», explique que nombre d’homosexuels latents sont inconsciemment attirés vers l’institution ecclésiale car c’est le seul lieu où ils ne devront pas justifier leur refus de l’hétérosexualité…
J.Potel: Cela n’est pas idiot. Sans compter, je le redis, qu’en Eglise on vit souvent entre gens du même sexe. De fait, beaucoup de prêtres découvrent sur le tard leur homosexualité. Ils sont désemparés car ils ne peuvent en parler, sauf à quelques amis et, rarement, à leur évêque. Beaucoup ont un cas de conscience lorsqu’ils doivent administrer ou recevoir le sacrement de réconciliation et même célébrer la messe parce que l’Eglise les place dans une situation de péché. Paradoxalement, ils revendiquent leur appartenance à l’institution ecclésiale, tout en dénonçant sa rigidité.
APIC: Y a-t-il parmi eux des vocations solides ?
J.Potel: Bien sûr! Ils ont un attachement très fort au Christ. Et leur propre situation les conduit à être plus proches des exclus, à ne pas les juger à priori. Ils sont en sympathie avec les marginaux, les divorcés, les jeunes, les malades, les prisonniers. Au cours de mon enquête, j’ai rencontré des gens d’une sensibilité et d’une intelligence très vives, qu’ils mettent à profit dans leur ministère.
APIC: Le Père Perotti, dans une interview accordée à l’APIC après la parution de son livre «Un prêtre parle: je ne peux plus cacher la vérité», évoquait le vécu «schizophrène» de la plupart des prêtres homosexuels. «Une duplicité, disait-il, qui conduit certains d’entre eux, dans les grandes villes, à vivre le jour en col romain et à sortir le soir en blouson et bottes de cuir pour aller draguer».
J.Potel: J’ai moi-même interviewé un religieux qui, lorsqu’il venait à Paris, ne pouvait s’empêcher d’aller draguer. De fait, la drague prend beaucoup de place dans le vécu et l’imaginaire des prêtres homosexuels: comment rencontrer incognito un compagnon?
APIC: Selon vous, quelle attitude l’Eglise devrait-elle adopter vis-à-vis d’eux?
J.Potel: J’attends pour le moins qu’elle cesse, avec les homosexuels comme avec les couples divorcés, d’avoir une parole blessante. En tout cas, qu’elle ne cède pas à la tentation d’adopter des mesures d’exclusion canonique des prêtres homosexuels et qu’elle n’adopte plus la politique de l’autruche. L’homosexualité est une réalité présente, sinon prégnante, en Eglise. Elle doit en prendre acte. Plus globalement, j’aimerais que l’Eglise ait une compréhension plus positive de la sexualité, qu’elle l’accepte. (apic/jcn/bb)




