Dignitaires musulmans et féministes opposés
Sénégal: Le gouvernement veut réformer le code de la famille en vigueur depuis 31 ans
Dakar, 24 février 2002 (APIC) La profonde divergence entre dirigeants musulmans et féministes sur la vie des couples s’est une nouvelle fois manifestée au Sénégal. Les deux parties sont opposés sur un projet de réforme du code de la famille en vigueur dans le pays depuis 1973. La nouvelle loi veut investir les deux parents des mêmes droits et devoirs, et remplaçant le terme «autorité paternelle» par «autorité parentale». «Contraire au Coran», estime les leaders islamiques.
Le projet se trouve actuellement dans le circuit administratif en attendant d’être soumis dans les prochaines semaines au parlement. Il ouvre de nouvelles pistes pour l’enfant, en investissant ses deux parents des mêmes droits et devoirs, a précisé le Garde des sceaux et ministre de la Justice, Basile Senghor. Selon lui, l’état est parti du principe que l’enfant vit le plus souvent avec sa mère, «la personne la mieux habilitée à se prononcer sur ses propres intérêts, notamment son éducation et sa santé». Le projet de réforme propose donc de remplacer l’autorité paternelle sur les enfants mineurs par l’autorité parentale, réclamée de tout temps par les femmes et les organisations de droits de l’homme. Il prévoit aussi la suppression de la notion de «pouvoir» , attribué au chef de famille et la remplace par la «qualité» de chef de famille. En outre, le choix de la résidence familiale ne sera plus du seul ressort de l’époux, mais du couple.
Lors d’un débat qui s’est déroulé le 17 février à la télévision nationale, Abdou Khadre Wade, juriste, a déclaré que cette initiative marque la volonté du gouvernement de lutter contre toute forme de discrimination à l’égard de la femme et l’enfant, deux catégories sociales les plus vulnérables de la société. L’état, a-t-il ajouté, veut aussi assurer l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. «On tend vers une égalité comme ça se dit partout de la femme par rapport à l’homme non seulement dans l’attribution des postes d’emploi, mais aussi pour assumer les charges du chef de famille», a-t-il souligné.
«Justice et équité», selon les féministes
Penda Diouf Seck, présidente d’une organisation féminine a estimé, quant à elle, que le remplacement de la puissance paternelle par l’autorité parentale n’est que «justice et équité». Certaines dispositions de l’actuel code de la famille constituent «des discriminations flagrantes à l’endroit des femmes», a-t-elle indiqué, précisant que le changement proposé contribuerait à l’harmonie et à la solidarité familiales. Selon elle, plus de 25 % des ménages sénégalais sont maintenant dirigés par des femmes.
Awa Wade, enseignante et dirigeante d’une organisation de femmes travailleuses a fait remarquer de son côté, que les nouvelles dispositions prennent en compte aussi bien le problème de la gestion des mineurs, que celui des enfants abandonnés. Le projet de texte, a-t-elle déclaré, donne «satisfaction aux femmes travailleuses et à tous les hommes épris de justice et de liberté».
Un système jugé contraire à l’islam
Les leaders religieux, de leurs côtés, sont divisés entre prudence et rejet. Demba sall, islamogue et président de L’Association islamique pour l’enseignement du Coran (APEC) a exprimé son inquiétude face au projet. Il va renforcer la position de la femme au sein de la cellule familiale, a-t- il déclaré au quotidien sénégalais «Le Matin». Un système de société fondé sur une égalité d’autorité entre l’homme et la femme au sein de la famille est anti-islamique, a-t-il ajouté.
Un autre islamologue modéré, Moustapha Guèye, a reconnu les mérites du projet qui permettrait une certaine forme d’émancipation de la femme sénégalaise. Toutefois, a-t-il souligné, il serait contraire aux principe de l’islam. Le Coran, a-t-il rappelé, prescrit que l’homme est le chef de famille et a la responsabilité de s’occuper des membres de cette famille. Toute remise en cause de cette prescription divine est contraire à cette religion dominante du pays, a-t-il dit.
Sidy Lamine Niasse, un dignitaire religieux pro-islamiste estime que l’attribution du pouvoir de la famille à l’homme par l’islam est «relative», car liée aux aptitudes de l’homme de s’acquitter de ses obligations. Au cas où l’homme se montre incapable de s’acquitter des obligations liées à la charge de famille et que la femme en a les moyens, elle est fondée d’exercer l’autorité dans le foyer, a-t-il fait remarquer.
Partage des responsabilité, mais sans rivalité
L’Eglise catholique, quant à elle, est d’accord pour que la responsabilité familiale soit partagée entre l’homme et la femme, a déclaré l’abbé Adolphe Faye, curé de la cathédrale de Dakar. Dans une déclaration au même journal «Le Matin», il a précisé que pour l’Eglise, cette co-responsabilité n’enlève en rien à l’homme, lorsqu’il est en possession de toutes ses capacités, de demeurer le chef de famille. Ce que l’Eglise ne souhaite pas, c’est que la co-gestion du foyer se passe en terme de rivalité ou de rapport de force. «L’homme, a-t-il poursuivi, peut apporter à la maison autant que la femme (.) du point de vue du droit canonique, rien ne s’oppose à cela «. (apic/ibc/bb)




