Bientôt une diminution drastique du nombre de messes
Fribourg : Les paroisses catholiques placées devant d’importantes restructurations
Bernard Bovigny, de l’agence APIC
Fribourg, 28 février 2002 (APIC) Diminution du nombre de messes, regroupement de paroisses en secteurs, manque d’agents pastoraux laïcs, curés âgés, à bout de forces ou confrontés à de lourdes structures paroissiales : les difficultés qui traversent l’Eglise catholique dans le canton de Fribourg sont une des conséquences de la crise des vocations qui dure depuis plusieurs décennies. Le vicaire épiscopal Jacques Banderet, qui décrit la situation actuelle comme « un virage amorcé depuis de nombreuses années » prévoit dans quelques années « une diminution drastique du nombre de messes ».
La planification pastorale lancée par le vicariat épiscopal de la partie francophone du canton de Fribourg en 1996, et qui vise notamment à la formation d’équipes pastorales (avec prêtres et laïcs) dans des ensembles de paroisses, ne s’apparente pas à une partie de plaisir. Ainsi, coup sur coup le curé du secteur de la Part-Dieu, lequel regroupe 7 paroisses autour de Bulle, jette l’éponge après 5 mois et la restructuration de l’Intyamon (secteur de Notre-Dame de l’Evi) rencontre l’opposition de bon nombres catholiques qui craignent pour leur identité paroissiale. « On ne peut pas remettre en cause la formation des secteurs », souligne le chanoine Banderet. « Ils correspondent à une nécessité. Et pas seulement en raison du manque de prêtres, mais aussi pour regrouper des communautés paroissiales toujours plus dispersées et pour susciter la collaboration entre prêtres et laïcs en équipe».
Il y d’ailleurs plusieurs décennies que dans les autres cantons du diocèse, la notion « un curé par clocher » est complètement balayée. Et la crise en France voisine est encore bien plus avancée qu’en Romandie, rappelle Jacques Banderet « J’ai rencontré un curé à Grenoble, qui est seul prêtre en charge de 60’000 catholiques. Il est épaulé par plusieurs laïcs et il n’a pas 12 messes dominicales! », souligne-t-il, en considérant la diminution du nombre de messes dans les paroisses comme un phénomène irréversible. « Après Noël, j’ai reçu des lettres de gens scandalisés de Grolley et de Vaulruz qui se plaignaient de ne pas avoir eu la Messe de Minuit chez eux. Ils ne se rendent pas vraiment compte de la situation
Egalement une pénurie d’agents pastoraux laïcs
Le vicaire épiscopal, qui vient d’être confronté à de nouvelles demandes de mise à la retraite de prêtres, sait qu’il n’arrivera pas à trouver cet été les forces pastorales (prêtres ou laïcs) suffisantes pour répondre aux attentes des paroisses : « Chaque départ de prêtre nous oblige à restructurer les secteurs. Nous préparons cela dans le cadre de la commission de planification pastorale. Mais la pénurie touche aussi les laïcs. Je manque de plusieurs assistants pastoraux ». Actuellement, plusieurs d’entre eux sont en charge d’une paroisse, comme à Porsel, Corbières et Hauteville, et dans la communauté francophone de Morat. Mais en collaboration avec un prêtre, qui a le titre de curé canonique (droit canon oblige).
Comment concilier restructuration régionale et pastorale de proximité ? « Il faut privilégier certaines activités de contact comme la visite aux malades ou la pastorale auprès des familles. Mais pour les préparations aux sacrements et les célébrations, il faudra accepter de les vivre en secteur », affirme le vicaire épiscopal, qui s’empresse de souligner que plusieurs regroupements se sont passés à la satisfaction des paroisses concernées. Cela été le cas dans le secteur St-Laurent autour d’Estavayer-le-Lac (avec 11 paroisses) ou, plus récemment, dans la région de Broc et la Vallée de la Jogne.
Depuis l’adoption du statut ecclésiastique, en 1997, les fusions entre paroisses ont souvent été évoquées pour alléger les structures. Mais rien n’a bougé depuis lors. « Bien sûr que ce serait une bonne chose », admet Jacques Banderet. « Et l’autorité diocésaine souhaite qu’il y en ait. Cela éviterait notamment qu’un curé de secteur passe d’un conseil paroissial ou pastoral à l’autre. Mais nous assistons à une certaine résistance des paroisses, qui craignent de perdre leur identité. Et par ailleurs, il importe que l’Eglise suive le mouvement des communes pour éviter des regroupements qui ne correspondraient pas aux structures civiles. Nous devons attendre que les projets de fusions communales soient plus avancés ».
Près de 70 ans de moyenne d’âge des prêtres
Signe visible de la crise, encore à venir, touchant les forces pastorales : la moyenne d’âge des prêtres du diocèse, qui « doit frôler les 70 ans », selon le vicaire général Rémy Berchier. Sur les 320 prêtres actuellement inscrits dans l’annuaire diocésain, la moitié dépasse l’âge de 65 ans. Et le nombre d’entre eux qui seront en fonction dans 10 ans diminuera encore de moitié, annonce Mgr Berchier. « Nous aurons probablement un prêtre pour 5’000 catholiques en milieu rural, et un pour 6’000 en ville, et il sera épaulé par des laïcs », prévoit le vicaire épiscopal Banderet, tout en précisant qu’une telle estimation devra encore tenir compte de la personnalité des agents pastoraux et de la situation géographique des communautés paroissiales.
Si la situation de crise ressentie actuellement par les paroisses n’est pas apparue plus tôt, cela est notamment dû à une présence importante de prêtres étrangers, issus surtout de France, de Pologne ou de pays africains. Selon l’annuaire diocésain, ils sont actuellement près d’une vingtaine en pastorale paroissiale dans le canton de Fribourg, et d’un âge moyen nettement plus bas que celui des Suisses. « Leur présence est très appréciée car elle apporte une vitalité et une coloration nouvelle à l’Eglise », souligne le chanoine Banderet. « Mais elle n’est pas liée à une volonté ou à un plan délibéré du diocèse pour résoudre la crise. Ces prêtres étaient soit aux études à Fribourg, soit appelés par un compatriote déjà en activité dans le canton, soit présents chez nous avec un projet de formation d’une communauté. Nous n’avons fait que répondre à leur offre de collaboration ». (apic/bb)




