Pakistan: procès pour blasphème contre un enseignant chrétien

Il aurait «dénigré Mahomet»

Islamabad, 19 mars (APIC) Un nouveau procès s’est ouvert au Pakistan contre un chrétien accusé de blasphème. L’enseignant, Parvaiz Masih, arrêté au mois d’avril 2001, a comparu devant le tribunal de Sialkot (100 km au sud est d’Islamabad) le 15 mars pour avoir prononcé des «paroles méprisantes contre le prophète Mahomet». Il risque ainsi la peine de mort. Des fondamentalistes musulmans pakistanais menacent de punir ou tuer tous ceux qui lui viendraient en aide.

Quand Parvaiz Masih a été arrêté, des groupes extrémistes islamiques de la région, comme le «Lashkar-e-Tayyaba» et le «Sipah Sihaba», ont menacé de punir ou de tuer tous ceux qui aideraient P. Masih ou assureraient sa défense légale. Au mois d’août dernier, Mulvi Yaqoob, imam du lieu, a envoyé aux juges son témoignage contre le chrétien, en confirmant les accusations de blasphème.

Parvaiz Masih, âgé de 35 ans, est bien connu et respecté pour son travail d’éducateur. Au début des années 1990, il a fondé la «Iqbla Memorial High School», qui forme 300 élèves et étudiants, dont beaucoup sont musulmans. Son accusateur, Mohammed Ibrahim, dirige une école musulmane concurrente. D’après l’association «Christian Solidarity Worlwide», Parvaiz Masih est soumis régulièrement à la torture dans sa prison.

Un autre chrétien risque également la peine de mort

Le destin d’Ayub Masih, un autre chrétien visé par la sinistre «loi sur le blasphème» pakistanaise, se décide dans les prochains mois: il a été accusé de blasphème en 1996, condamné à mort en première instance, et en appel par un tribunal pakistanais. A la fin du mois de février, ses avocats ont présenté un recours à la Cour Suprême du Pakistan. S’il est condamné, il sera la première personne à être exécutée au Pakistan pour délit de blasphème.

Pour le moment, Ayub Masih est détenu dans la prison de Multan, où il est isolé dans une cellule de 2m sur 1,3m, sans lumière, sous une chaleur qui atteint souvent 50° dans la journée.

Une loi pourtant contestée

La loi sur le blasphème, introduite en 1986 dans le code pénal pakistanais, punit «tous ceux qui, par des paroles ou des écrits ou des représentations visuelles, et par tout autre moyen, directement ou indirectement, offensent le saint prophète Mahomet». D’après les observateurs, cette loi est devenue une arme contre les chrétiens pour résoudre des querelles personnelles.

Les chrétiens, mais aussi des musulmans modérés, continuent à demander l’abrogation de la loi sur le blasphème. Au Parlement, une motion a été présentée pour en demander l’abolition. Au mois de mai 2000, le président Musharraf avait annoncé une modification de la loi, mais, cédant ensuite aux pressions des intégristes islamiques, il avait fait marche arrière, ce qui avait suscité le mécontentement des minorités.

Au Pakistan, sur 140 millions d’habitants, dont 97% de musulmans, il y a environ 3 millions de chrétiens: ils en appellent à la conception laïque de l’Etat, proclamée par le Père fondateur de la nation pakistanaise, Ali Jinnah, en 1947. (fides/apic/sh)

Paris: La pastorale liturgique préconise la centralisation des messes

Les ADAP sont en recul, les fidèles préfèrent l’eucharistie

Paris 19 mars 2002 (APIC) En France, les ADAP (assemblées dominicales en l’absence de prêtre) sont en recul. Elles trouvent de moins en moins l’adhésion des fidèles, car on n’y célèbre pas l’eucharistie. Ce constat ressort d’une enquête du Centre national de pastorale liturgique (CNPL), qui préconise le développement de célébrations eucharistiques centralisées en un lieu donné.

Le CNPL a mené une enquête dans plus de 70 diocèses sur 90 en France sur la pratique de la messe dominicale et les regroupements paroissiaux. Dans les résultats présentés à la presse, on constate que les ADAP sont en recul et que les meilleures formules mises en place pour répondre à la baisse du nombre des prêtres sont celles permettant de recréer du lien social et des communautés ecclésiales plus vivantes.

Importance de la pratique de la messe dominicale

Mgr Albert-Marie de Monléon, évêque de Meaux et président de la Commission épiscopale de liturgie et de pastorale sacramentelle, a rappelé en préambule combien, pour les évêques de France et pour l’Eglise, la pratique de la messe dominicale est importante. Or, estiment les évêques, c’est le rassemblement dominical qui donne sa cohésion à la communauté ecclésiale.

L’enquête menée par le CNPL auprès d’une large palette de responsables diocésains de liturgie révèle qu’en tout premier lieu, l’accent doit se porter sur la célébration de l’eucharistie. Les ADAP sont beaucoup moins plébiscitées aujourd’hui, précisément parce qu’on n’y célèbre pas l’eucharistie.

Parmi les formules retenues consécutivement au nouveau découpage des paroisses, celle dite des «messes tournantes» est fréquemment critiquée car elle suscite nombre d’effets pervers: perte des personnes non mobiles (jeunes et personnes âgées), absence de repères fixes pour les pratiquants occasionnels (or leur nombre est plutôt à la hausse alors que celui des pratiquants dits réguliers est en baisse) et absence d’unité entre les dimanches successifs. Sans compter que cette solution ne permet guère la construction d’une communauté ecclésiale vivante.

Centraliser l’eucharistie

Une autre formule semble promise à un meilleur avenir: une messe dite à heure fixe dans un lieu fixe et central plus une autre messe tournante dans les autres localités. Autre constat: pour favoriser les relations de proximité des fidèles avec l’Eglise, on développe ici et là réunions de prière et célébrations de la parole de Dieu à un autre moment que le dimanche. Ou encore, on organise de temps à autre des célébrations avec les enfants du catéchisme et leurs parents. Voire même, la célébration d’un baptême peut tenir lieu d’assemblée dominicale pour un village ou un quartier.

De plus en plus, l’assemblée dominicale est perçue comme un groupe choisi avec lequel on se sent en affinité et que l’on rejoint. Ce qui entraîne un certain nomadisme des fidèles, surtout dans les grandes villes. Enfin, les lieux de pèlerinage et les communautés contemplatives sont signalés comme des pôles essentiels: lieux témoin d’une vie ecclésiale dont le c?ur est l’eucharistie et lieux d’appel pour une pratique, dominicale notamment, occasionnelle ou non.

Reste à souligner l’intérêt grandissant pour les questions d’art sacré et l’aménagement des lieux de culte. A noter aussi que les communes de France, qui ont la charge d’entretien des églises, font un gros effort pour les mettre en valeur. De même, le CNPL travaille à rendre la célébration des divers rites plus signifiante, plus forte. «Tremper un bébé tout entier dans une cuve baptismale ou verser trois gouttes d’eau sur son front, ce n’est pas pareil. Le but, c’est que les célébrations eucharistiques ou des sacrements soient en elles-mêmes une proposition de la foi», remarque le père Philippe Gueudet, directeur du CNPL.

Jeunes et jeunes adultes aux abonnés absents

Quelle est la moyenne d’âge des pratiquants réguliers? L’étude ne porte pas précisément là-dessus mais force est de reconnaître que les jeunes et les jeunes adultes sont absents, admet le père Philippe Gueudet.

Le remodelage des paroisses n’est-il pas une chance pour que les laïcs accèdent à certains ministères et trouvent davantage leur place en Eglise? L’exemple des communautés ecclésiales de base en Amérique latine et en Afrique n’est-il pas inspirant? Philippe Barras, laïc, vice-directeur du CNPL, n’en disconvient pas. Il souligne que le point de départ de la réflexion du CNPL, c’est précisément: comment faire communauté ensemble? Et d’expliquer que d’une part la synodalité diocésaine a bien fonctionné dans la réflexion préalable au redécoupage des paroisses et, d’autre part, que les laïcs sont de plus en plus actifs dans la vie liturgique de l’Eglise, par exemple lors de la cérémonie des funérailles. (apic/jcn/sh)

19 mars 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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