Deux prêtres arrêtés et molestés par les rebelles
République démocratique du Congo: populations massacrées et biens pillés à Kisangani
Kisangani, 16 mai 2002 (APIC) Le bilan des combats qui ont éclaté depuis mardi à Kisangani, la troisième ville de l’ex-Zaïre occupée par les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) soutenus par le Rwanda, ne cesse de s’aggraver. Jeudi, rapporte l’agence de presse missionnaire MISNA, la répression de la mutinerie d’un groupe de rebelles anti-rwandais avait déjà fait une trentaine de morts.
On craint que le bilan ne soit plus élevé, car des corps auraient été jetés dans le fleuve. La population civile, qui craint une extension de la violence, vit dans l’insécurité. De nombreux civils ont déjà quitté la capitale de la Province Orientale, au nord de la République démocratique du Congo (RDC), pour se réfugier dans les campagnes environnantes.
Selon des témoignages récoltés par MISNA, des soldats auraient commis des assassinats de sang contre les civils. Entre autres victimes, l’agence missionnaire signale une mère et son fils, un groupe de clients d’un bar, un père de famille fusillé parce qu’il n’avait pas d’argent à donner aux soldats.
Les deux missionnaires jésuites arrêtés par les rebelles du RCD-Goma durant la vague de violence qui a ensanglanté Kisangani, ont été libérés mercredi soir. Le Père Xavier Zabalo, d’origine espagnole et le belge Père Guy Verhaegen, ont pu quitter le siège des services de sécurité du RCD- Goma après avoir été interrogés. Le Père Zabalo, arrêté le 14 mai 2002, a été conduit à l’aéroport où il a subi un interrogatoire. Le Père Verhaegen, son confrère, a été également interpellé par les services de sécurité. Ce jésuite belge, âgé de 75 ans, très connu pour son engagement dans le mouvement de défense des droits humains à Kisangani, a été molesté. Le religieux, qui a reçu un coup de crosse dans les côtes, a passé quelques heures sous observation à l’hôpital. Les autorités locales leur ont demandé de se présenter à nouveau pour accomplir certaines formalités bureaucratiques.
Selon l’agence de presse catholique «Documentation et Informations Africaines (DIA) de Kinshasa, dirigée par le Père jésuite Vata Diambanza, «la situation devient très préoccupante dans le chef de lieu de la Province Orientale. Des ONGs d’inspiration chrétienne qui défendent les droits de l’homme dans cette ville stratégique sous occupation des troupes rwandaises rapportent des actes de violence à l’endroit des populations civiles et des prêtres. Des civils sont massacrés, des prêtres arrêtés et molestés, leurs biens pillés par ces militaires.»
Les biens de la paroisse Christ-Roi où le Père Zabalo est curé ont été pillés par les militaires. Les militaires ont aussi perpétré des pillages chez des particuliers. Les biens ainsi pillés sont stockés à Simi- Simi au cantonnement militaire du mouvement rebelle congolais RCD/Goma, appuyé par le Rwanda.
Prêtres sur la liste noire
Le mardi 14 mai 2002, la radio nationale à Kisangani avait été prise d’assaut par un groupe de militaires congolais du RCD/Goma. Ceux-ci réclamaient le départ des soldats rwandais de la ville. A l’appel des mutins sur les ondes, la population est descendue dans la rue avec des gourdins et autres armes blanches «à la chasse aux Rwandais», selon l’agence DIA. La commune de Mangobo – d’où provient l’important contingent des jeunes des associations d’autodéfense qui ont répondu à l’appel des mutins congolais – a été par la suite assiégée par les militaires du R.C.D/Goma en représailles, faisant plusieurs dizaines de morts. L’agence DIA écrit que les responsables de la tuerie des civils sont le commandant Laurent Kunde, de la 7ème brigade de Kisangani, actuellement détaché à Goma, et le commandant Tango Four, chargé de la logistique à Goma. Ces deux officiers font partie du contingent venu de Goma pour mater la mutinerie. Selon DIA, M. Tshialima, agent de la police secrète (DSR), figure également sur la liste des commanditaires des opérations de représailles.
Des proches du RCD au pouvoir à Kisangani déclarent avoir vu une liste des personnes devant être arrêtées. Il s’agit du Père Zeno Sendeke et de son confrère Augustin, tous prêtres du Sacré-Coeur, de l’abbé Jean- Pierre Badidike et de l’abbé Matthiew Libwale. Des membres de la société civile sont également menacés. Selon des témoignages rapportés à DIA, 19 militaires, dont les commandants Nyembo, Pierrot, Buicha, Jacques Mwamba et Martin Ondekane, ont été exécutés.
Incitation à la haine, à la xénophobie et au meurtre contre les Rwandais
Le Réseau d’Organisations des Droits Humains et d’Education Civique d’Inspiration Chrétienne (RODHECIC) dénonce la situation de mort et la désolation qui prévaut encore une fois à Kisangani, «ceci au moment même où la société civile de cette ville-martyre s’apprête à tenir un symposium sur la paix en République Démocratique du Congo du 24 au 26 mai 2002.» Le Réseau droits humains de la Province Orientale émet des doutes quant à la version de la mutinerie. Il condamne l’incitation à la haine, à la xénophobie et au meurtre contre les Rwandais.
Le RODHECIC attire l’attention sur le danger qui pèse sur les animateurs des Eglises et de la société civile à Kisangani et demande à l’opinion d’exiger sans délai la démilitarisation de cette troisième ville congolaise. L’organisation réclame le déploiement d’une force de protection de la population «contre les tueries, crimes contre l’humanité, perpétrés par le mouvement rebelle congolais et l’armée rwandaise». (apic/misna/dia/be)




