Les évêques dénoncent une atteinte à la dignité humaine

Belgique: Le parlement légalise partiellement l’euthanasie

Bruxelles, 17 mai 2002 (APIC) Les députés belges ont adopté jeudi soir 16 mai une loi faisant de leur pays le deuxième au monde, après les Pays-Bas, à légaliser partiellement l’euthanasie. Les évêques n’ont pas tardé à réagir. Dans un communiqué diffusé le 17 mai au matin, ils dénoncent une atteinte au «respect fondamental de la vie humaine», qui touchera d’abord «les personnes les plus vulnérables».

Le projet de légalisation de l’euthanasie a été adopté par 86 voix contre 51, et 10 abstentions. La nouvelle loi entrera en vigueur dans environ trois mois. La pratique de l’euthanasie restera cependant soumise à des strictes conditions. Pour éviter les abus, les pouvoirs publics belges devront en outre assurer le développement dans les hôpitaux de programmes de «soins palliatifs».

Selon la loi, le médecin qui procédera à une euthanasie «ne commettra pas d’infraction», si le patient, affligé d’une «souffrance physique ou psychique constante et insupportable» des suites d’une «affection accidentelle ou pathologique incurable», «se trouve dans une situation médicale sans issue». Le praticien devra aussi s’assurer que le patient est «majeur et conscient», que sa demande est «formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée» et qu’elle «ne résulte pas d’une pression extérieure».

Ce vote constituait la dernière étape d’un parcours entamé en 1999, avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition «arc-en-ciel» (libérale, socialiste, écologiste). L’opposition sociale-chrétienne, qui avait présenté une centaine d’amendements, a voté sans surprise contre le texte. La chambre des représentants a également adopté durant la même soirée une loi sur les soins palliatifs, qui impose aux pouvoirs publics de «garantir le droit pour chaque patient» à bénéficier de ces soins. L’objectif est d’éviter que des personnes défavorisées, isolées ou fragiles ne soient tentées d’en finir avec la vie pour des raisons économiques.

«Un de rares pays où il est permis de tuer»

Les évêques de Belgique ont réagi immédiatement à l’adoption de la loi sur l’euthanasie. Dans un communiqué diffusé le 17 mai, ils soulignent que «la Belgique est devenue un des rares pays au monde où il est permis légalement de tuer délibérément un être humain». «L’euthanasie sera donc admise pour des malades qui pourraient encore vivre des années, ou pour des personnes dépressives depuis longtemps, ou même pour des handicapés physiques», déplorent-ils, en soulignant que la loi est pour eux «en opposition directe avec ce qui fait le coeur d’une vie en société basée sur la dignité humaine et sur une longue histoire de la civilisation, à savoir le respect fondamental de la vie humaine, et d’abord celle des personnes les plus vulnérables». Pour les évêques, «l’Etat belge est d’accord avec le fait que telle vie humaine a moins de valeur que d’autres; et en outre, que le contenu de cette qualité de vie sera laissé à l’appréciation subjective du malade lui-même ou d’autres personnes».

L’épiscopat belge craint que le malade «ne subisse dans certains cas une lourde pression des membres de sa famille ou du personnel soignant afin qu’il soit euthanasié».

L’Eglise ne cherche pas à laisser souffrir les gens

Les évêques s’affirment blessés face aux reproches selon lesquels l’Eglise catholique veut «laisser souffrir les gens inutilement et sans raison»: «C’est évidemment faux et cela nous blesse profondément. Depuis des siècles, les chrétiens ont beaucoup travaillé pour adoucir la souffrance des gens. L’Eglise s’est aussi exprimée plusieurs fois sans équivoque contre une prolongation inutile de la vie, c’est-à-dire contre l’acharnement thérapeutique».

La question est ailleurs, pour l’épiscopat belge. Elle est de savoir si l’on peut ôter la souffrance en tuant quelqu’un. «Toute la tradition éthique de l’humanité a toujours répondu ’non’ à cette question. Y répondre maintenant ’oui’ revient à ouvrir une brèche dans cette tradition: on suscite une contradiction interne dans l’histoire de la civilisation. En effet jamais on n’a accordé autant d’attention à la protection de toute vie humaine ou de la nature; jamais on n’a tant investi pour maintenir en vie les gens et la nature. On a tellement progressé dans le traitement des personnes souffrantes – en particulier dans les soins palliatifs – , que bientôt presque plus personne ne devra vivre ou mourir avec un mal insupportable».

Certes, souligne le communiqué des évêques, «certaines thérapies anti- douleur peuvent accélérer la mort. Mais la grosse différence par rapport à l’euthanasie est dans le but, l’esprit et la mentalité qui président au traitement: dans le combat contre la douleur, on veut supprimer la douleur de quelqu’un qui va mourir; en euthanasiant, on met volontairement fin à la vie. Soigner revient à tuer!» Au terme de leur déclaration, les évêques belges exprime leur confiance face aux progrès enregistrés dans les soins palliatifs. Ils appellent «tous les chrétiens à vivre et agir dans le monde sur une base de respect de toute vie». (apic/ag/com/bb)

17 mai 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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