AD 2000?: agents pastoraux, prêtres et laïcs discutent

Genève: A l’écoute des divorcés remariés

Genève, 23 mai 2002 (APIC) Un document prometteur sur le problème des divorcés et remariés dans l’Eglise catholique avait élaboré par l’Assemblée diocésaine AD 2000. Dans le diocèse, en effet, les prêtres qui veulent «témoigner de la largesse du coeur de Dieu» plutôt qu’appliquer strictement la règle doctrinale peuvent s’appuyer sur un document prometteur. Mais, il se heurtent aussi à une impasse canonique.

«Je vais aller à l’église et dire au revoir à Dieu». Cette triste déclaration en forme de rupture annoncée émane d’un divorcé fraîchement remarié. Elle illustre bien la souffrance de tant de catholiques qui se sentent «privés» de Dieu du fait de leur situation matrimoniale, incompatible avec la doctrine de l’Eglise. Cette souffrance interpelle la communauté catholique tout entière, et particulièrement ses ministres. Comment accueillir, accompagner, encourager ces couples? Comment répondre à leurs demandes de célébration? A Genève, le 21 mai dernier, une quarantaine d’agents pastoraux, prêtres et laïcs, se sont retrouvés au Cénacle pour y réfléchir. Le compte-rendu de Gladys Théodoloz, du service de presse de l’Eglise catholique à Genève.

Le thème de la rencontre, organisée par le Département de la formation, portait sur «la pastorale et les demandes de célébration des divorcés et divorcés remariés dans l’Eglise». La journée a permis de très bons échanges, avec l’apport de trois invités «extérieurs», Daniel Denis, Françoise Elsig et Jean-Marie Pasquier, qui ont travaillé sur ce dossier délicat lors d’AD 2000. Dans notre diocèse, en effet, les prêtres qui veulent «témoigner de la largesse du coeur de Dieu» plutôt qu’appliquer strictement la règle doctrinale peuvent s’appuyer sur un document prometteur, élaboré par l’Assemblée diocésaine AD 2000.

Impasse canonique

L’abbé Edmond Gschwend, co-directeur de l’Atelier OEcuménique de théologie et conseiller ecclésiastique de la Pastorale familiale de Genève, a d’abord rappelé brièvement quelques éléments théologiques et doctrinaux relatifs à l’indissolubilité du mariage, mettant en relief «l’impasse canonique» qui empêche les personnes divorcées de se remarier à l’Eglise, quand bien même, depuis trente ans, d’innombrables voix d’évêques, de prêtres, de laïcs, s’élèvent pour réclamer un assouplissement. Requêtes rejetées systématiquement par Rome, alors que les personnes divorcées, elles, sont de plus en plus nombreuses à frapper à la porte de l’Eglise pour lui demander de reconnaître, d’une façon ou d’une autre, la possibilité – et la réalité – d’un nouveau amour. Edmond Gschwend souhaite qu’on réponde de façon, «généreuse et courageuse» à leur demande. A l’instar, peut-être, de ce qui se fait dans l’Eglise de France, où des structures d’accueil pastoral spécifiques ont été mises en place pour les divorcés, proposant une préparation au remariage et aboutissant tout naturellement à une célébration, geste public très important pour tout couple au seuil de sa vie conjugale, ainsi que l’a rappelé Françoise Elsig, assistante pastorale vaudoise et membre de la Commission «Divorcés et divorcés remariés dans l’Eglise» d’AD 2000.

Un document plein d’espérance

Lui aussi membre de cette fameuse Commission, Daniel Denis, assistant pastoral à Payerne, a expliqué ensuite dans quelles circonstances le document diocésain avait vu le jour, avant d’en commenter la valeur et aussi les limites. La question des divorcés et divorcés remariés ne cesse de resurgir dans l’Eglise, malgré les multiples blocages, interdictions et fins de non-recevoir auxquels elle se heurte. Cette constante «remise sur le tapis» est symptomatique. Elle témoigne du malaise de l’ensemble de la communauté – évêques y compris – face à une «exclusion» que les délégués d’AD 2000, à leur tour, n’ont pas manqué de stigmatiser. Ceux qui ont assisté à l’étape genevoise d’AD 2000 s’en souviennent, car ce fut un grand moment d’émotion. C’est à Genève, donc, que l’Assemblée a décidé d’empoigner le problème. Il en est sorti un document courageux et plein d’espérance, proposant des solutions pastorales qui n’ont certes pas de portée universelle ni obligatoire, mais qui sont fondées par l’autorité d’un évêque. Et en ce qui concerne plus particulièrement les demandes de célébrations des divorcés remariés, le texte est très clair, puisqu’il invite les responsables pastoraux à «témoigner d’un Dieu de miséricorde en acceptant d’entrer en matière avec bienveillance et lucidité, et de les accompagner en Eglise dans ce moment important en acceptant de vivre avec eux un temps de célébration».

Questions et réponses

Qu’en est-il dans la pratique? Comment, aujourd’hui, traitons-nous les demandes de célébrations émanant de couples «non-conformes?» Un travail en petits groupes a permis aux participants de répondre concrètement à cette question – et d’en soulever quantité d’autres! Par exemple: comment discerner les valeurs sous-jacentes à la demande de ces personnes, comment savoir si celle-ci est dictée par la foi, ou par un besoin de «geste sacralisant», ou encore d’émotion? Comment accueillir leur souffrance et leur sentiment d’exclusion? Comment ouvrir le dialogue, respecter leur conscience ainsi que la nôtre, dans la vérité de ce que l’on célèbre? Au fil d’un fructueux partage d’expérience, les participants ont réussi à dégager toute une palette de valeurs-clés à privilégier. Celle de l’accueil vient en premier, avec son corollaire l’écoute. Ainsi que la prise en compte intégrale des personnes, de leur parcours «éclaté», de leurs besoins, qui sont souvent «en tension» avec l’enseignement de l’Eglise. Il faut savoir prendre du temps, découvrir ce que les gens vivent, dire l’ouverture possible et aussi les limites. Car il y a des limites : c’est une réalité à laquelle il est impossible de se dérober. Elle requiert de l’agent pastoral une grande délicatesse, de l’honnêteté, et aussi une liberté intérieure qui permet de «ne pas être obnubilé par la situation canonique des intéressés».

Propositions pour l’avenir

La rencontre s’est achevée fort logiquement par un ensemble de propositions pour l’avenir. Les participants ont ainsi envisagé la possibilité de créer, au sein de l’Eglise genevoise, un lieu d’accueil et de réflexion offrant aux personnes divorcées une sorte de «pastorale des recommençants du mariage». Celle-ci serait basée sur le document d’AD 2000. Les couples en instance de remariage pourraient y entamer, avec d’autres, une préparation de «mariage bis». Des exigences minimales seraient évidemment requises pour tout projet de célébration. Mais avant de se lancer dans une telle démarche, il convient de continuer à partager les expériences afin de dégager des lignes de conduite très précises et consensuelles. Ce partage pourrait se faire au sein des équipes pastorales de secteur et des archiprêtrés. Il faut en effet que tous les acteurs de la pastorale se sentent concernés, car «ce qui n’a pas été discuté largement n’a aucune chance de prendre sur le terrain», dixit Philippe Matthey. Le premier travail des 40 prêtres et laïcs présents à cette rencontre du 21 mai va donc consister à raconter ce qui s’y est passé à leurs 120 collègues absents! (apic/gth/pr)

23 mai 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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