Nette remise en cause des droits de l’homme au nom de la sécurité

Rapport annuel 2002 d’Amnesty International

Londres/Lausanne, 27 mai 2002 (APIC) Dans son nouveau Rapport annuel Amnesty International recense les atteintes aux droits humains commises dans 152 pays et territoires. L’année 2001 a été marquée par la remise en question, an nom de la «lutte contre le terrorisme», de droits humains fondamentaux qu’on pensait définitivement acquis.

Le Rapport annuel 2002 d’Amnesty International (AI) recense des exécutions extrajudiciaires dans 47 pays, des exécutions judiciaires dans 27, des «disparitions» dans 35, des cas de torture et de mauvais traitements dans 111 et des prisonniers d’opinion dans 56 pays ou territoires au moins. L’organisation estime cependant que ces chiffres sont probablement très en deçà de la réalité.

Le monde a beaucoup changé au cours de cette année 2001. Et pourtant, il est aussi resté le même à bien des égards: même mépris non seulement pour la vie et la dignité humaines, mais également pour les droits économiques, culturels et sociaux; escalade de vieux conflits qu’on a laissé pourrir, au Proche-Orient, en Afghanistan ou en Colombie. C’est le constat que dresse Amnesty International au moment où paraît son Rapport annuel 2002, consacré à la situation qui a prévalu dans le monde, en 2001, en matière de droits humains.

Le monde a été choqué par les événements du 11 septembre aux Etats-Unis et s’en est trouvé transformé. Un certain nombre de gouvernements, s’engouffrant dans le sillage de la lutte «antiterroriste», en ont toutefois profité pour intensifier la répression, remettre en cause les garanties en matière de droits humains et étouffer toute dissidence politique.

L’année 2001 aura été marquée par la contestation directe de certaines normes relatives aux droits humains reconnues de longue date et ce par des gouvernements qui avaient pourtant oeuvré en faveur de leur adoption. Des normes juridiques internationales en vigueur depuis des décennies, comme les Conventions de Genève, ont été remises en question lors du conflit en Afghanistan. La façon dont les détenus sont traités sur la base de Guantánamo semble avoir convaincu certains gouvernements que le traitement inhumain des prisonniers est désormais acceptable.

«L’universalité des droits humains est plus que jamais remise en question, déclare Irene Khan, Secrétaire générale d’Amnesty International. On applique de plus en plus deux poids deux mesures; ce qui est valable pour les uns ne l’est plus pour les autres».

L’étonnante promptitude des gouvernements

Un certain nombre de gouvernements se sont empressés de faire adopter au nom de la sécurité des lois et des mesures diverses visant à lutter contre le «terrorisme». Certains ont autorisé la détention illimitée sans procès, les jugements par des tribunaux d’exception sur un dossier à charge tenu secret, ou les restrictions des droits culturels et religieux, allant parfois jusqu’à mettre en place de véritables circuits de justice parallèles. Les gouvernements se sont en outre montrés moins enclins qu’auparavant à critiquer la politique intérieure menée ailleurs.

Encouragée par des politiciens plus soucieux de leur propre popularité que du respect des obligations internationales relatives aux droits humains, la vague de racisme qui a suivi les attentats a engendré un climat de suspicion et de méfiance, exacerbé par une tendance à présenter les étrangers comme des fauteurs de «terrorisme».

Alors qu’on célébrait un peu partout dans le monde le cinquantième anniversaire de l’adoption de la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés, les principes essentiels de la protection des réfugiés étaient toujours battus en brèche, constate encore AI.

A l’avenir, l’organisation ne limitera plus son action aux seuls droits civils et politiques, qui ont été pendant quarante années au coeur de ses préoccupations : elle se mobilisera également pour le respect des droits économiques, sociaux et culturels. (apic/com/pr)

27 mai 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!