Le rabbin d’Itamar réclame l’expulsion de tous les Palestiniens

Israël: Des universitaires juifs accusent des rabbins d’incitation au racisme

Jérusalem, 27 juin 2002 (APIC) Un groupe de 25 universitaires, juristes et écrivains israéliens accusent des rabbins, notamment Haim Druckman, du Parti National Religieux, d’incitation au racisme. Ils sont intervenus auprès du procureur général Elyakim Rubinstein pour exiger une enquête contre un groupe de rabbins qui ont signé une déclaration attaquant les Arabes et appelant au boycott des juifs qui emploient des Arabes ou commercent avec eux.

D’autres rabbins, dans les colonies, réclament l’expulsion de tous les Palestiniens de leurs terres. «Aucun d’entre eux est innocent», a ainsi déclaré le rabbin de la colonie d’Itamar, Nathan Hai. Fondateur de la «yeshiva» d’Itamar, l’école religieuse où trois jeunes ont été abattus fin mai par un terroriste palestinien, Nathan Hai a fait ces déclarations vendredi dernier, lors des funérailles de Rachel Shabo, une mère de famille de 40 ans, et de ses trois enfants, Neria, 15 ans, Zvi, 12 ans, et Avishai 5 ans, également assassinés par un Palestinien.

A cette occasion, le rabbin a demandé au Premier ministre Ariel Sharon «de les liquider tous». Benzi Lieberman, chef du Conseil Yesha, le Conseil des implantations en Judée et Samarie (Cisjordanie) et dans la Bande de Gaza, lors des funérailles d’Itamar, a également promis «au nom des vivants et des morts» de s’engager à ne pas donner un Etat aux Palestiniens, mais au contraire à ériger davantage de colonies juives sur cette terre. «Ces Palestiniens, a-t-il lancé, ne méritent aucun des droits de l’homme. Nous ne pouvons parler de droits de l’homme pour des gens qui ne sont pas humains», rapporte le quotidien israélien «Ha’aretz».

Incitation au racisme tolérée

Face à une telle montée de la haine entre les deux peuples, des milieux académiques juifs sont inquiets. Dans leur lettre au procureur Rubinstein, les juristes dénoncent une prise de position de rabbins publiée dans le magazine «Lahava», où ils demandent aux juifs de ne pas employer des Arabes, «de ne pas négocier avec les Arabes» et de «choisir de faire des affaires avec quelqu’un qui n’emploie pas d’Arabes et ne vend pas de marchandises arabes.»

Les 25 citoyens israéliens inquiets par cette dérive considèrent que les «commentaires racistes ainsi que cette déclaration sont une matière spécialement sérieuse, d’une part en raison du nombre de signataires et d’autre part du faut de leur position en tant que rabbins, des personnes qui ont une influence sur le public.» Cependant, relèvent les milieux critiques, l’attitude du procureur général Elyakim Rubinstein est sujette à caution: il vient de décider de ne pas entreprendre d’actions légales contre ceux qui prônent le «transfert volontaire» des Arabes hors des territoires palestiniens.

Deux groupes, «Moledet» et «Ateret Cohanim», cherchent à encourager le «transfert» des Arabes. Pour le procureur général israélien, cette idée est certes «immorale» mais «elle ne constitue pas une violation de la loi» si l’on parle de «transfert volontaire». Pour Rubinstein, un appel à l’expulsion forcée des Arabes par un acte violent devrait être soumis à une enquête.

Le député pacifiste Ophir Pines-Paz, qui préside la Commission sur la Constitution, la Loi et la Justice de la Knesset, a dénoncé la décision du procureur général de ne pas enquêter sur les appels au «transfert volontaire» des Palestiniens. Selon le parlementaire travailliste, on ne peut faire aucune distinction entre déportation «volontaire» et «involontaire». Le député estime qu’il s’agit là d’une incitation au racisme interdite par la loi israélienne. A ses yeux, la décision de Rubinstein légitime le transfert «volontaire» et brouille les lignes rouges tracées par la loi au lieu de les clarifier. (apic/haar/be)

27 juin 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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