Rome:Jean-Paul II reçoit l’ambassadeur de France.

Lutter contre «l’analphabétisme religieux»

Rome 27 juin 2002 (APIC)Jean-Paul II a reçu le nouvel ambassadeur de France auprès du Saint-Siège Pierre Morel, le 27 juin 2002. Le dialogue Eglise- Etat en France, l’élargissement de l’Europe ainsi que la liberté religieuse ont été au coeur des discussions. Le pape a par ailleurs encouragé les réflexions actuellement en cours en France sur une éventuelle intégration de l’enseignement du «fait religieux» à l’école.

Rappelant la rencontre, à Paris, entre le Premier ministre et les responsables de l’Eglise catholique française le 12 février dernier, Jean Paul II s’est «félicité» de la mise en oeuvre d’une «concertation permanente», à la suite de la réunion. C’était la première fois qu’une telle rencontre avait lieu, ouvrant ainsi un canal de discussion entre les deux parties. Pour le pape, «elle favorisera sans nul doute une meilleure connaissance mutuelle et la recherche d’un point d’équilibre entre l’intervention naturelle des évêques et l’assistance et la garantie qu’offre toujours la présence du Saint-Siège, spécialement lorsque sont en jeu des principes essentiels». Par ailleurs, a-t-il ajouté, cette rencontre «constitue un avantage réciproque pour l’Etat comme pour l’Eglise» dans la résolution des questions relatives à la liberté de religion et de culte.

A cette occasion, Jean Paul II s’est réjoui des récentes perspectives proposées dans le cadre scolaire concernant l’enseignement des religions à l’école. A travers la connaissance du fait religieux, a-t-il expliqué, les jeunes peuvent ainsi «s’engager dans une recherche du sens de leur existence, sous la conduite d’éducateurs ayant conscience de la valeur d’une telle démarche». «Cela favorisera le respect mutuel et contribuera à une plus grande paix sociale et à une plus profonde fraternité entre toutes les composantes de la Nation».

Un rapport avait été présenté en mars 2002 au gouvernement français par l’intellectuel Régis Debré, dans lequel l’auteur tentait de démontrer que la connaissance du «fait religieux» n’est pas incompatible avec la laïcité d’un Etat. Ce rapport a notamment constaté la nécessité de lutter contre «l’analphabétisme religieux», afin de passer «d’une laïcité d’incompétence à une laïcité d’intelligence».

Jean Paul II a ensuite insisté sur le «rôle moteur» que la France est appelée à jouer dans la construction de l’identité européenne et pour son élargissement. A cette occasion, il a invité les autorités françaises à se souvenir de «l’héritage humaniste de l’Europe, qui puise ses racines dans sa longue histoire chrétienne».

Alors que viennent de commencer les travaux de la Commission chargée de réfléchir à l’opportunité d’une Constitution de l’Union européenne, «il apparaît fondamental que les buts de la construction européenne et les valeurs sur lesquelles elle doit reposer soient toujours mieux explicités», a-t-il expliqué, mentionnant en particulier «l’apport décisif des valeurs dont est porteur le christianisme». C’est Valéry Giscard d’Estaing, ancien président français, qui dirige actuellement cette Commission.

A la fin de son discours, le pape a rappelé les précédentes missions du nouvel ambassadeur de France auprès du Saint-Siège. Pierre Morel fut notamment représentant de la France auprès du gouvernement russe, de 1992 à 1996, puis auprès du gouvernement de Pékin, de 1996 à 2002. «Vos précédentes missions, a souligné Jean Paul II, vous ont permis de mesurer combien la religion est l’une des dimensions essentielles de la culture». «Loin de constituer une menace pour la vie sociale, les forces religieuses sont, en effet, une chance pour la vie en commun, car elles participent, à la place qui est la leur, à la construction d’une société où l’homme est pris en compte dans toutes ses dimensions. La communauté nationale peut ainsi bénéficier de l’apport des valeurs culturelles, spirituelles et morales véhiculées par les traditions religieuses, qui ne manqueront pas de favoriser l’établissement d’un climat de concorde et de paix», a-t-il conclu.

Dans son discours, après avoir tracé le bilan des relations entre la France et le Saint-Siège, Pierre Morel a demandé Jean-Paul II de «maintenir et même de renforcer» la présence française au sein du Saint-Siège. Il a par ailleurs invité le pape à venir visiter le couvent de la Trinité des Monts, situé sur les hauteurs de Rome, et qui fête cette année le 5ème centenaire de sa fondation. (sh)

Encadré

L’ambassade de France auprès du Saint-Siège.

L’ambassade de France près le Saint-Siège est la plus ancienne des représentations permanentes françaises à l’étranger. La première ambassade auprès du Saint-Siège a été installée en 1465. Près de deux cents ambassadeurs s’y sont succédés, parmi lesquels François-René de Chateaubriand et Jacques Maritain. (sh)

Encadré

Nouveau conseiller spirituel

L’arrivée de Pierre Morel est accompagnée d’un autre changement, à l’ambassade de France auprès du Saint-Siège. Le père Guy Terrancle, tenant le rôle de conseiller spirituel de l’ambassade ­ rôle propre aux ambassades près le Saint-Siège -, a été remplacé par le père Yves Gouyou, ancien curé de la paroisse Saint-Paul-Saint-Vincent de Dax. Il était également membre du conseil épiscopal, responsable de la formation diocésaine des prêtres et des laïcs et membre du conseil de tutelle de l’enseignement catholique. (apic/imedia/sh)

27 juin 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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