Mali: Le «Sommet des pauvres» s’oppose au NEPAD
Trop libéral et trop «pâle»
Bamako,27 juin (APIC) Le «Sommet des pauvres» qui a ouvert mardi 25 juin ses travaux dans le village malien de Siby, a créé mercredi «un front de refus» contre le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD). Ce nouveau programme est présenté ce jeudi à Kananaskis (Canada) par ses initiateurs, aux dirigeants G8.
Les participants au contre sommet de Siby ont mis en place un «front de refus» au NEPAD car la société civile n’y a en fait pas été associée, par ses concepteurs. Il a été préparé au niveau officiel par les chefs d’état du Sénégal, de l’Algérie, du Nigeria et de l’Afrique du Sud, invités par le G8 à en débattre à Kananaskis.
Selon des dirigeants de mouvements sociaux du Mali, du Niger, du Sénégal, de la Guinée et du Burkina Faso, participants aux assises, l’appel aux capitaux privés pour développer l’Afrique ne profitera qu’aux sociétés et entreprises multinationales des pays riches. Le NEPAD est un plan de développement «trop libéral et trop pâle», a déclaré le secrétaire général de section malienne de Jubilé-2000, Donantié Dao.
Arnaud Zacharie, représentant des Organisations Non Gouvernementales (ONG) du Nord à la réunion de Siby a, lui aussi, critiqué le NEPAD qui, a-t-il dit, présente un «autre handicap : celui de ne pas insister sur l’éducation». A ce sujet, Aminata Traoré, militante anti-mondialisation, a déclaré à la BBC que le «véritable défis des pays africains est d’investir d’abord dans l’homme». Elle a dénié le droit aux chefs d’Etat du G8 de parler au nom de l’Afrique du fait que la plupart d’entre eux s’étaient rencontrés, la semaine dernière à Séville (Espagne) pour «fermer davantage leurs frontières».
Pour un autre délégué du Burkina-Faso, le NEPAD «risque de réduire encore d’avantage» la part de l’Afrique dans le marché mondial». Cette part, a-t- il rappelé, était de 5% dans les années 80, mais n’est plus aujourd’hui que de 2% après l’ouverture des portes de l’Afrique au marché international.
De nombreux autres intervenants ont plaidé en faveur d’un nouveau NEPAD dans lequel la société civile africaine serait impliquée. La réunion de Siby regroupe environ 200 représentants d’ONG du Sud et du Nord, ainsi que des représentants d’associations ou mouvements de la société civile. Elle est organisée pour réclamer une annulation de la dette de l’Afrique et pour apporter la réponse de la société civile africaine au NEPAD. Selon ses organisateurs, en 20 ans, l’entrée des capitaux privés en Afrique a diminué de 40%. En outre, 40% du budget des pays africains sert à rembourser le service de la dette au moment où 80% des capitaux qui rentrent en Afrique en ressortent.(sh)
Encadré
Le NEPAD
Dakar, 27 juin (APIC) Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) qui est au centre des travaux du G8 et du «sommet des pauvres» de Siby (Mali), est la fusion de deux plans. Il s’agit de ceux du plan « Oméga » du président Abdoulaye Wade du Sénégal et du plan «MAP», élaboré par les présidents Abdelaziz Bouteflika (Algérie), Oluségun Obasanjo (Nigeria) et Tabo Mbeki (Afrique du Sud).
Approuvé par la communauté internationale, il vise notamment à porter le taux de croissance annuel de 7% dans les 15 prochaines années en Afrique, de baisser la pauvreté dans le continent, entre autres.
Dans sa stratégie de développement de l’Afrique, il met l’accent sur des secteurs prioritaires, tels que les infrastructures (construction de routes inter-Etats, interconnexion des réseaux électriques, télécommunications, notamment), l’éducation et la formation, la santé, les nouvelles technologies, l’agriculture, le commerce. Les projets retenus dans ces différents domaines seront financés par l’aide publique et l’investissement privé.
Les mouvements de la société civile africaine rejettent cette proposition estimant qu’elle enrichira davantage les grandes multinationales. (apic/ibc/sh)




