Le témoignage de huit missionnaires jurassiens
Jura: Fraternité Jura Monde a rencontré les missionnaires en congé
Delémont, 1er juillet 2002 (APIC) Chaque année à la fin du mois de juin, Fraternité Jura Monde invite les missionnaires jurassiens en congé, de passage ou de retour au pays, à une rencontre de partage et d’amitié. Ils sont une trentaine éparpillés en Amérique latine, en Asie, dans le Grand Nord et surtout en Afrique. Ils étaient huit le 29 juin à Lajoux, autour de l’abbé Hyacinthe N’Guezi Ya Kuisa, de Courtételle, aumônier de Fraternité, et du Père Bernard Maillard, de Fribourg, directeur de Missio, la branche suisse des OEuvres pontificales missionnaires, pour parler de leurs missions lointaines, qu’ils se réjouissent de retrouver après une absence plus ou moins longue.
Ils ont quitté leurs villages jurassiens il y a vingt, trente, quarante, même cinquante ans. Lorsqu’ils parlent de l’Ouganda, du Burkina, du Tchad, ou du Cameroun, ils disent «chez nous». Même ceux qui ont un ordinateur là- bas se sentent déphasés ici et ne songent qu’à repartir. L’âge de la retraite n’a guère de signification pour eux, malgré des sessions suivies à Rome pour faire la transition vers le troisième âge. A 80 ans, le chanoine Gressot, de Porrentruy, a pris conscience de sa condition de mortel et a entrepris de mettre en place sa succession dans l’entreprise scolaire et éducative qu’il a créée en Inde grâce à des parrainages voici bientôt cinquante ans. Il supervise dorénavant son oeuvre depuis l’abbaye de St- Maurice.
«Que ferions-nous en Suisse?»
Le Père René Brossard, né au Noirmont en 1933, vit en Ouganda depuis 1966. Quand il était jeune, il courait les montagnes et les collines du sud- ouest. Lorsqu’il a célébré ses 25 ans de sacerdoce, il a été volontaire pour aller en mission dans le nord-est du pays, un semi-désert où la vie est très dure, où le passage d’El Niño a perturbé l’alternance de la saison sèche et de la saison des pluies, provoquant famines. En septembre, il rejoindra les Pères de Vérone dans le même diocèse ougandais et travaillera à la publication de livres liturgiques dans la langue du pays. Le Père Georges Arnoux est parti en 1968 pour le Burkina Faso. C’est sous son impulsion que naquit le bulletin annuel de Fraternité Jura Monde, consacré au début aux missionnaires franc-montagnards, pour faire connaître leur action. Il plonge dans la retraite par la prière dans un couvent de rédemptoristines, au Burkina Faso.
Mission de formation
Vingt ans de forêt équatoriale, depuis 1970 au Nord-Cameroun où la pastorale a consisté d’abord à construire des cases rondes et à creuser des puits, le Père Jean-Pierre Badet, de Fregiécourt, cultive patiemment et poursuit la longue lutte contre d’ancestrales croyances, qui entretiennent une grande mortalité infantile. Il continue de prêcher par l’exemple, démontrant qu’on ne meurt pas après avoir planté un arbre, mais que les arbres deviennent forêt contre la désertification et pour l’artisanat. Sr Dominique Frossard, de Courtemautruy, a fait un travail de formation dans tous les domaines au Tchad depuis 19 ans, elle partira pour le Cameroun au mois de septembre après une année de recyclage passée à l’Ecole de la foi à Fribourg.
Sr Lucienne Moirandat, de Charmoille, également a fort à faire depuis 28 ans au Tchad après avoir été expulsée de Guinée: elle a appris la langue et les coutumes avant de former à son tour, dans toutes sortes de domaines, la catéchèse comme l’hygiène, la puériculture et le secourisme. Elle a monté non seulement une pharmacie villageoise, mais encore un Club d’épargne et de crédit pour les femmes de Pala, une CEC qui est devenue véritable banque dans le diocèse. Elle s’occupe maintenant de la bibliothèque au centre du diocèse, de gestion et d’accueil de groupes. Elle ressent dans la population un immense besoin de prière: une boussole face à l’insécurité du monde et de la société?
La mission ici
D’autres ne repartiront pas. Sr Marie-Thérèse Froidevaux, du Noirmont, partie pour le Togo en 1961, 26 ans en Côte d’Ivoire et cinq ans au Tchad, «a été mise sur la touche»: elle s’est alors forgée sa mission en France, à Lyon où elle côtoie des femmes maghrébines et enfants tunisiens, les premières dans une équipe bénévole d’alphabétisation d’une association de quartier qui accueille onze nationalités et toujours plus d’immigrés, les seconds en soutien scolaire.
Ancien missionnaire aussi, sept ans au Bénin, l’abbé Justin Rossé aujourd’hui tente de soulager le malheur dans le Jura pastoral, en particulier auprès des toxicomanes et sidéens, «qui ont soif d’autre chose!»
Très attentif, comme tous les auditeurs présents, à toutes ces expériences très riches narrées avec tant d’humilité et d’humour, le Père Bernard Maillard relève la grande capacité d’accueil de l’Eglise missionnaire, son souci de communion entre Eglises. 1500 diocèses dans le monde font appel au Fonds communautaire de Missio qui comprend l’oeuvre d’évangélisation, l’oeuvre de formation de prêtres et agents pastoraux laïcs et l’oeuvre de l’enfance missionnaire. (apic/sic/pr)




