Appel au respect des droits des Indiens

Guatemala: Jean Paul II canonise le premier saint guatémaltèque

De notre envoyé spécial, Antoine Soubrier

Ciudad de Guatemala, 31 juillet 2002 (APIC) Dès deux heures du matin, le 30 juillet 2002, des familles entières et des groupes de Guatémaltèques ont marché en direction de l’hippodrome de la capitale, où a été célébrée la messe de canonisation du premier saint du pays, Pedro de San José de Betancourt. Aux quelque 500’000 personnes venues non seulement de tout le Guatemala, mais aussi d’autres pays d’Amérique centrale et d’Espagne, Jean Paul II a lancé un appel au respect des droits des Indiens.

Jean Paul II a quitté la nonciature apostolique de Ciudad de Guatemala à 8 heures ­ heure locale. Il est arrivé une demi-heure plus tard sur les lieux, la papamobile ayant roulé lentement, afin de permettre au pape de saluer les nombreux pèlerins tassés sur son passage. Des dizaines de milliers de personnes l’ont ainsi acclamé sur les 5 kilomètres de route, en brandissant des drapeaux multicolores. Comme la veille, la chaussée avait été tapissée de sciure colorée. De nombreux jeunes avaient travaillé toute la nuit pour offrir au pape ce «cadeau».

Sous un ciel nuageux laissant place de temps en temps à des éclaircies, Jean Paul II a ensuite présidé la messe de canonisation du premier saint guatémaltèque. Même si Pedro de San José de Betancourt est d’origine espagnole, ses compatriotes d’adoption le considèrent comme un des leurs. Lui-même avait déclaré, lorsqu’il arriva à l’âge de 24 ans sur cette terre en 1651, «c’est ici que je veux vivre et mourir».

Figurant désormais sur la liste des 463 saints proclamés par Jean Paul II en 24 ans de pontificat, Pedro de Betancourt était depuis longtemps déjà, considéré comme un héros national. C’est sur ce point que le pape a voulu insister, au cours de son homélie, rappelant l’actualité du message laissé par celui qui s’occupa des plus pauvres jusqu’à sa mort, en 1667.

Les laissés pour compte

«Aujourd’hui encore, la vie du nouveau saint est une invitation pressante à pratiquer la miséricorde dans la société actuelle, surtout quand ceux qui attendent une main tendue sont aussi nombreux», a déclaré Jean Paul II d’une voix essoufflée mais compréhensible. Il a alors particulièrement cité les enfants et les jeunes sans abri ou sans éducation, les femmes abandonnées, les victimes du crime organisé, de la prostitution ou de la drogue, ainsi que les malades et les personnes âgées qui sont seuls.

Le pape s’est ensuite adressé aux Indiens vivant au Guatemala, qui représentent, avec 60% de la population, la classe sociale la plus basse du pays. Quelques instants auparavant, l’Evangile avait été lu en espagnol et en langue indigène. «Le pape ne vous oublie pas et, en admirant les valeurs de votre culture, vous encourage à dépasser avec espérance les situations souvent difficiles que vous traversez», a-t-il lancé. «Construisez avec responsabilité le futur, travaillez pour un progrès harmonieux de vos peuples ! Vous méritez le respect et vous avez le droit de vivre pleinement dans la justice, dans le développement intégral et dans la paix».

Cet appel a été particulièrement remarqué par la presse locale et nationale, en raison de la présence des présidents du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua, du Costa Rica, du Panama, de la République dominicaine, ainsi que du Premier ministre du Belize, pays voisin du Guatemala avec lequel il a été en conflit pendant des dizaines d’années.

Impunité, corruption et violence

Jean Paul II a profité de leur présence pour inviter les gouvernements à faire que «la justice qui perdure soit celle qui se pratique avec humilité, en semant partout l’esprit de pardon et de miséricorde». Le Guatemala est aujourd’hui considéré comme le pays le plus violent en Amérique latine, après la Colombie. L’impunité et la corruption y règnent en maître.

Mgr Juan Gerardi, l’évêque auxiliaire de Guatemala qui a été assassiné en 1998, est aujourd’hui considéré par les catholiques guatémaltèques comme le symbole de cette justice demandée par l’Eglise. En recevant les évêques du Guatemala, le 29 mai 2001 au Vatican, Jean Paul II avait dénoncé les «crimes exécrables» dans le pays parmi lesquels l’attentat contre Mgr Gerardi. De nombreux prêtres et évêques continuent de recevoir des menaces de mort.

Crime impuni

L’évêque défunt a été assassiné par trois militaires guatémaltèques, en 1998, deux jours après avoir présenté son rapport intitulé «Récupération de la mémoire historique. Guatemala : plus jamais», dénonçant la corruption et les trafics de drogue dans son pays, mais surtout l’implication des militaires dans la plupart des massacres qui ont fait plus de 200’000 morts durant la «guerra sucia», la guerre sale contre la guérilla. Les auteurs intellectuels de ce crime, placés dans la hiérarchie militaire, notamment, courent toujours. En toute tranquillité.

Après son séjour au Canada, Jean Paul II est apparu fatigué, le 30 juillet. Il a toutefois prononcé toute son homélie et s’est levé à plusieurs reprises au cours de la messe. Le pape devait pouvoir se reposer une nouvelle fois, dans l’après-midi du 31 juillet, après un vol de deux heures qui devait le conduire au Mexique pour la troisième et dernière étape de son 97ème voyage. (apic/imedia/pr)

1 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!