Les habitants de Gitega s’étonnent du silence international

Burundi: Après le massacre de centaines de civils

Bujumbura, 20 septembre 2002 (APIC) La population de la province de Gitega, dans le centre du Burundi, s’interroge et s’étonne du silence de la communauté internationale après le massacre d’Itaba, qui a fait des dizaines de victimes, des femmes et des enfants pour la plupart. Le massacre, commis le 9 septembre, a été révélé mardi 17 septembre seulement.

La tuerie, dans laquelle sont impliqués des militaires, selon des sources concordantes, a fait 183 victimes aux dires du gouvernement, 1250 selon des témoignages recueillis par l’agence d’information missionnaire Misna.

«Nous sommes scandalisés face à l’incroyable silence de la communauté internationale. La population d’Itaba et de toute la zone de Gitega est traumatisée par le massacre de civils innocents». Un important représentant de la société civile de Gitega, à quelques kilomètres des collines où le massacre dont on parle depuis 48 heures a été perpétré, exprime sa colère à l’agence missionnaire Misna.

«Le drame remonte au 8 ou au 9 septembre, pourquoi personne n’a rien dénoncé pendant 10 jours? Comment se fait-il qu’un massacre d’une telle proportion ait été passé sous silence, même de la part d’organismes internationaux? Nous ne nous expliquons pas comment tout cela a pu se passer» poursuit notre interlocuteur, qui désire conserver l’anonymat.

«La communauté locale demande une enquête internationale indépendante pour établir ce qui s’est réellement produit et trouver les responsables. Les rumeurs d’un massacre à Itaba circulaient depuis une semaine mais ce n’est que mercredi que les autorités de Bujumbura ont commencé à parler des événements».

Jeudi, le porte-parole de l’armée, Augustin Nzabampema, a déclaré à une agence de presse internationale que 173 personnes étaient tombées sous les balles des éléments des forces armées burundaises. Les vraies proportions du carnage pourraient cependant être bien plus édifiantes. Alors que le gouvernement continue de parler de 183 victimes, des sources de l’agence Misna dénoncent la mort de 1’250 personnes.

Terre brûlée

Jeudi, les autorités de Gitega se sont rendues à Itaba, localité théâtre du massacre, et l’on attend un nouveau rapport officiel. Ce qui est sûr, c’est que des témoins ont vu de leurs propres yeux des cadavres, des maisons incendiées et la panique des civils.

Même les agents humanitaires des organisations internationales contactés par l’agence Misna à Bujumbura déclarent ne pas avoir d’informations précises sur le massacre d’Itaba, bien qu’ils soient présents dans la zone depuis très longtemps.

Le PAM (Programme Alimentaire Mondial) aurait noté la disparition de plus d’une centaine de familles destinataires des secours alimentaires, mais il ne connaît pas leur sort. On ignore donc si elles ont fini dans l’atroce bain de sang ou si elles ont pris la fuite.

La région théâtre du massacre est une zone très tourmentée, où se battent souvent les forces gouvernementales, dirigées par des éléments tutsis, contre les rebelles hutus des Forces de Défense de la Démocratie (FDD). Le comité politique des FDD a lui aussi sollicité une enquête internationale pour faire la lumière sur le massacre d’Itaba. (apic/misna/pr)

20 septembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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