Suisse: OEuvres d’entraide contre l’initiative «inhumaine» de l’UDC sur l’asile
Cette initiative signifie la fin de la tradition humanitaire de la Suisse
Berne, 25 septembre 2002 (APIC) Accepter l’initiative «inhumaine» sur l’asile de l’Union démocratique du centre (UDC) signifierait la fin de la tradition humanitaire de la Suisse et de l’octroi de l’asile en Suisse. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR, qui appelle le peuple suisse à voter «non» le 24 novembre prochain, n’y va pas par quatre chemins: avec son affiche – deux panneaux de bois grossièrement cloués bouchant la croix du drapeau suisse – , elle veut stigmatiser «une Suisse qui se barricade».
L’initiative de l’UDC veut combattre les abus en matière d’asile en inscrivant des principes draconiens dans la Constitution, a estimé mercredi l’OSAR, appuyée par d’autres oeuvres d’entraide comme Caritas Suisse et l’OEuvre Suisse d’Entraide Ouvrière (OSEO). En réalité, elle veut empêcher l’octroi de l’asile en Suisse. «Il y a donc tromperie sur l’enjeu de l’initiative, aux dépens des personnes persécutées», martèlent les responsables de l’OSAR.
Une initiative «indigne et même scandaleuse»
«Cette initiative foule aux pieds les principes fondamentaux des droits humains. Elle est indigne et même scandaleuse, car des milliers de personnes qui fuient les persécutions et les violences, n’auraient plus le droit en Suisse à une procédure d’asile équitable», ajoute pour sa part Daniel Bolomey, secrétaire général de la section suisse d’Amnesty International.
D’après le nouvel article 121 de la Constitution fédérale proposé par l’UDC, l’autorité n’entrerait pas en matière sur une demande d’asile présentée par une personne entrée en Suisse au départ d’un pays tiers réputé sûr, lorsque que cette personne a déposé ou aurait pu déposer une demande dans cet Etat. Il s’agit là d’une «exigence extrême», qui exclurait pratiquement tous les demandeurs d’asile, car les pays voisins sont réputés sûrs.
Comme 98% des requérants d’asile arrivent en Suisse par la route, il n’y aurait quasiment plus personne en mesure de déposer une demande d’asile en Suisse, a souligné Alberto Achermann, secrétaire central de l’OSAR. «Accepter l’initiative signifie mettre fin à la tradition humanitaire de la Suisse. Nous en reviendrions au temps de la Seconde guerre mondiale, lorsque la Suisse se bornait à tenir le rôle de ’pays de transit’ pour les réfugiés. La nouvelle maxime ne serait plus ’La barque est pleine’, mais plutôt ’La Suisse n’est pas une barque’. Les personnes persécutées ne pourraient plus obtenir la protection de la Suisse».
Un vaste soutien à la campagne contre une initiative «trompeuse»
Dans cette campagne, l’OSAR a le soutien des oeuvres d’entraide partenaires, de nombreuses organisations comme Amnesty International ainsi que de personnalités en vue issues des milieux politiques, culturels ou religieux, comme Verena Bürgi-Burri, présidente de la Ligue suisse des femmes catholiques ou l’évêque auxiliaire Peter Henrici, vicaire général à Zurich.
Le comité contre l’initiative de l’UDC comprend également le nom de la fribourgeoise Nicole Niquille, guide de montagne et restauratrice, les historiens Jean-François Bergier et Georg Kreis, président de la Commission fédérale contre la racisme, ainsi que le cabarettiste Franz Hohler, le comédien François Silvant ou le journaliste Claude Torracinta.
40 millions d’êtres humaines déplacés ou réfugiés
Lors de la conférence de presse, Regina Aeppli, Présidente de l’OSEO, Jürg Krummenacher, Directeur de Caritas Suisse et Daniel Bolomey, d’Amnesty International, n’ont pas eu de mots assez durs pour fustiger l’initiative de l’UDC. Selon Jürg Krummenacher, l’assistance sur le terrain est importante, mais elle n’est pas suffisante pour ceux qui ont besoin de protection. Aujourd’hui, au niveau mondial, ce ne sont pas moins de 40 millions d’êtres humaines qui sont déplacés ou réfugiés.
«Les personnes persécutées dans et par leur Etat, celles qui craignent pour leur intégrité corporelle et pour leur vie, et qui sont contraintes de fuir leur patrie, doivent en tout temps pouvoir trouver refuge et assistance dans notre pays. Il ne s’agit pas seulement de la tradition humanitaire de la Suisse, mais aussi et surtout d’humanité».
Quid des accords bilatéraux ?
Sous prétexte de lutter «contre les abus en matière d’asile», l’initiative exige d’exclure purement et simplement de la procédure tous les demandeurs d’asile qui ont transité par un pays tiers dit sûr avant d’arriver en Suisse, ce qui est le cas pour l’essentiel d’entre eux. Les personnes poursuivies pour leurs opinions politiques, les réfugiés de pays en guerre, les victimes de traumatismes et de tortures, hommes, femmes ou enfants devraient être refoulés vers l’Etat de transit.
En réalité, insiste l’OSAR, les pays voisins ne sont pas prêts dans tous les cas à admettre les réfugiés que la Suisse voudrait leur renvoyer,. Le refoulement est conditionné par l’existence d’accords bilatéraux et les autorités doivent pouvoir apporter la preuve du passage dans le pays concerné. Avec des sanctions contre les compagnies d’aviation, l’initiative veut également barrer la voie des airs. Elle demande aussi la réduction des prestations sociales et la limitation des traitements médicaux aux cas d’urgence. Le Conseil fédéral, le Parlement et la plupart des partis suisses recommandent de rejeter l’initiative de l’UDC. (apic/com/job/be)




