Il appartiendra au magistère de décider

Entretien avec Mgr Minnerath, membre de la Commission théologique internationale

Rome, 4 octobre 2002 (APIC) Membre français de la Commission théologique internationale, le théologien français, Mgr Roland Minnerath confirme à l’APIC la possibilité d’ordonner des femmes diacres, dans un entretien accordé à Rome. Il précise toutefois qu’il appartiendra au magistère d’en décider. Interview.

Q.: Vous venez de conclure votre réflexion sur le diaconat permanent. Qu’en est-il de la possibilité longtemps évoquée d’ordonner des femmes diacres?

Mgr Minnerath: Notre document, après avoir abordé l’ensemble de la question, n’exclut pas qu’il puisse y avoir à l’avenir un développement en ce sens. Mais ce n’est pas à nous, en tant que théologiens, de décider. C’est au magistère, en fonction des besoins de l’Eglise, en fonction d’une vision plus globale du ministère, et à partir de notre travail scientifique, de prendre une décision. Notre étude historique et scientifique a abouti à une ouverture possible et n’a pas fermé la porte au diaconat féminin.

Q.: Peut-on imaginer que cela se fasse un jour ?

Mgr Minnerath: Cela pourrait être possible, mais il faudra faire attention à ne pas être infidèle à l’intuition générale du sens du ministère de l’Eglise. Il ne faut pas commettre d’erreurs d’anachronisme ni d’erreurs anthropologiques. Et pour cela, je crois qu’il est important de ne pas avoir d’a priori sur la question. Si un jour, le ministère diaconal est aussi confié aux femmes, ce serait en tout cas un enrichissement pour tous dans la société actuelle.

Q.: Ce genre d’ouverture conduira toutefois certainement à de nouvelles polémiques au sein de l’Eglise.

Mgr Minnerath: Il faut que nous restions sereins. Le tout c’est que ce soit fait en communion avec l’Eglise et non pas en rébellion contre qui que ce soit. Nous avons vu ce à quoi la rébellion pouvait conduire, avec la pseudo ordination de femmes prêtres, récemment en Autriche. Par ailleurs, il faut reconnaître que les femmes ont toujours été, dans le monde catholique et ailleurs, celles qui transmettent la foi. Aujourd’hui, la majorité des catéchistes sont des femmes. Le diaconat pourrait alors être une forme de reconnaissance du rôle qu’elles jouent dans l’Eglise.

Q.: Combien de temps faudra-t-il avant que le Saint-Siège ne prenne une décision?

Mgr Minnerath: Il est impossible de prévoir ! Mais je pense que notre étude devrait être publiée d’ici un an, si la Congrégation pour la doctrine de la foi le décide. Car c’est elle qui nous a commandé ce dossier, afin de mettre au clair la tradition de l’Eglise au sujet du diaconat permanent, sur les plans doctrinal et ecclésial. Elle donnera plus tard une réponse définitive sur le statut du diacre permanent.

Q.: Le diaconat semble devenir aujourd’hui pour l’Eglise une «nouvelle force»?

Mgr Minnerath: C’est vrai, mais après beaucoup de tâtonnements. Après le Concile Vatican II, nous avons assisté à une réception différenciée du souhait des évêques de restaurer le diaconat permanent dans l’Eglise. Toutes les Eglises locales ne l’ont pas adopté, soit parce qu’elles n’en ressentaient pas le besoin, soit parce qu’elles n’avaient pas les moyens. Nous avons alors constaté un paradoxe suite à ce Concile qui avait pour objectif de résoudre les problèmes d’apostolat dans les pays de mission, en espérant soulager, grâce au diaconat, les prêtres qui alors manquaient dans les pays du Tiers Monde. Aujourd’hui, on constate que le résultat escompté n’est pas du tout atteint, et qu’au contraire, ce sont les pays riches et à tradition chrétienne plus ancienne, qui fournissent le plus important nombre de diacres. Il devenait donc nécessaire de revoir l’identité du diaconat permanent qui semble en effet répondre à un besoin réel pour l’Eglise. (apic/propos recueillis par Antoine Soubrier/pr)

4 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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