France: Regard protestant sur le Concile Vatican et ses conséquences oecuméniques

«Dominus Iesus» en travers de la route

Paris, 13 octobre 2002 (APIC) Le Concile Vatican II, ouvert il y a 40 ans, s’illustrait par ses développements oecuméniques. Aujourd’hui, l’enthousiasme est revu à la baisse, conservatisme et cléricalisme obligent. Le pasteur Gill Daudé responsable du Service des relations oecuméniques de la Fédération protestante de France, souligne combien les tensions internes du Concile se réactivent aujourd’hui. Les interprétations des textes conciliaires et les réaffirmations identitaires fortes touchent directement le dialogue oecuménique.

A l’époque du Concile Vatican II, de très vifs débats ont eu lieu entre ceux aspiraient à l’innovation et les autres qui voyaient systématiquement dans toute tentative de renouveau un danger, une porte ouverte à l’hérésie, une atteinte portée à l’ordre de l’Eglise, rappelle le pasteur Daudé.

Depuis, le contexte social et mondial a beaucoup changé. Pour toutes les Eglises, la problématique de l’époque était l’ouverture au monde. Elle est davantage aujourd’hui le souci d’exprimer la parole du Christ et de rendre visible l’identité chrétienne dans une société atomisée, sécularisée, à la religiosité confusionnelle. Ces changements peuvent expliquer (du point de vue sociologique, car rien n’a changé du point de vue théologique) la forte recrudescence des revendications à une identité spécifiée, explique Gill Daudé.

«Dominus Iesus» pose problème

L’exemple récent le plus frappant a sans doute été la déclaration «Dominus Iesus» radicalisant l’identification Eglise du Christ à Eglise romaine, estime le pasteur, alors même que l’on signait par ailleurs, la déclaration commune sur la justification entre catholiques romains et luthériens. Mais d’autres points questionnent les non-romains. Ainsi, la collégialité, qui semble être celle des évêques plus que celle des Eglises locales, est une collégialité d’hommes exclusivement. Leur pouvoir magistériel semble en quelque sorte les isoler du peuple de l’Eglise, estime le pasteur.

Ceci donne prise aujourd’hui à une re-sacerdotalisation du ministère que l’on constate par exemple chez quelques jeunes prêtres et laïcs, qui le définissent par son statut institutionnel et son pouvoir sacramentel plus que par sa mission d’annonce de la Parole de Dieu et de présidence de la communauté. On ne s’étonnera pas donc que la question sacramentelle et celle de la nature du ministère soient aujourd’hui à l’ordre du jour dans les dialogues oecuméniques, rappelle Gill Daudé.

Reconnaissance des autres Eglises ?

On a perçu à juste titre dans la démarche conciliaire (ne serait-ce que par les acteurs qui se sont imposés, tel le Père Congar) une réelle volonté de sortir de l’exclusivisme, précise le pasteur. Le mot «retour» n’est pas prononcé à l’égard des communautés et Eglises non catholiques. Mais il reste que la reconnaissance partielle des «communautés séparée» se fait à partir du foyer central que représente l’Eglise catholique, remarque Gill Daudé.

La démarche est de même nature à l’égard des autres religions et cultures, ce qui pose l’Eglise catholique comme «détentrice de la vérité de l’humanité». C’est peut-être pour cela que ses prises de positions sont parfois mal ressenties, estime le pasteur

En conclusion, Gill Daudé considère que le protestant peut relire avec quelque utilité les textes du concile. «Non pour tout accepter béatement, précise-t-il, mais pour sortir des a priori et aussi pour s’enrichir avec discernement des charismes de l’Eglise catholique». (apic/com/sh)

13 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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