La corruption de l’ex-président a servi la hiérarchie catholique
Nicaragua: Un scandale éclabousse l’Eglise et implique le cardinal Obando
Managua, 1er octobre 2002 (APIC) L’affaire de corruption qui touche l’ancien président Arnoldo Aleman affecte dorénavant la hiérarchie de l’Eglise catholique du Nicaragua, et notamment le cardinal Obando, ami de l’ex-président. Ce scandale dégrade maintenant les relations entre l’Eglise et l’Etat qui, depuis des décennies, n’ont jamais été aussi tendues.
Le 11 octobre, la police et les forces militaires ont saisi les studios et l’antenne de «La Poderosa», la station radiophonique de l’Eglise à Managua devenue la voix de l’ancien président Aleman, accusé d’avoir détourné des dizaines de millions de dollars durant son mandat, de 1997 à 2002, indique l’agence oecuménique ENI.
Avant cette action de la police, la station de radio avait régulièrement lancé de violentes attaques, voire des menaces, contre le président Enrique Bolaños, vice-président sous Aleman.
Comme membre de l’Assemblée nationale, Arnoldo Aleman est au bénéfice de l’immunité. Des démarches politiques et juridiques sont actuellement faites contre lui. Corollaire, Aleman pourrait bientôt perdre et son siège et son immunité, ce qui l’obligerait à devoir faire face à un procès ou à partir en exil. Le 8 octobre, le président de la République dominicaine, Hipolito Mejia, lui a offert l’asile dans son pays.
Arnold Aleman et le cardinal Miguel Obando y Bravo, archevêque conservateur de Managua, ont été très longtemps des alliés politiques, et cette alliance semble avoir été payante, du moins temporairement. Le cardinal, souvent accusé d’être proche de la CIA, avait ouvertement appuyé La Contra, guérilla militaire d’extrême droite armée par Washington à l’époque du gouvernement sandiniste.
La station de «La Poderosa», appartient à la Commission de promotion de l’archidiocèse (Coprosa). Elle a obtenu sa fréquence du gouvernement Aleman, et elle était gérée par un petit groupe de proches de celui-ci.
Radio fermée
La station a reçu ces jours l’ordre de fermer après que les agents de la lutte contre la corruption eurent découvert que tout l’équipement avait été exonéré des droits de douane lors de l’importation. Des représentants du bureau du procureur du gouvernement ont précisé que sous l’ancienne administration des agents des douanes avaient subi des pressions pour ne pas se mêler des affaires de la Coprosa.
Les enquêteurs affirment que sous l’administration Aleman, la Coprosa a importé pour plus de 60 millions de dollars de matériel dans le pays sans payer de droits. Selon le procureur général, Francisco Fiallos, des dizaines de véhicules ont été ainsi importés par la commission, et certains ont été trouvés en possession des frères Centeno Roque, dont les photos figurent sur les avis de recherche dans les postes de police.
Devant l’ampleur du scandale, les responsables de l’Eglise ont remis la gestion de la Coprosa à Caritas, l’oeuvre caritative de l’Eglise catholique. Pour Sergio Garcia, du parti libéral, allié d’Arnoldo Aleman, mais aujourd’hui oppose à l’ancien président, l’Eglise a manqué à sa mission. «Si l’Eglise avait utilisé la concession de la fréquence radio pour étendre le domaine de l’évangélisation, ces problèmes n’auraient pas eu lieu. Au contraire, elle a agi contre l’Evangile en diffusant des messages qui n’ont rien à voir avec l’évangélisation», a-t-il dit.
Payer pour mentir?
D’autres représentants de l’Eglise sont aussi éclaboussés par le scandale. Le quotidien El Nuevo Diario a rapporté le 19 octobre qu’Amado Peña, un prêtre proche du cardinal Obando, avait reçu l’an dernier trois chèques d’un montant total de 61’000 dollars de l’agence de communication du gouvernement. Les chèques portaient la signature de Salvador Quintanilla, directeur des communications de l’ex-président Aleman, aujourd’hui en prison pour escroquerie, ajoute le journal.
L’un des chèques aurait servi à payer les déclarations de l’abbé Peña, après la découverte de plusieurs squelettes sur un site de construction à Managua. Peña avait déclaré que les ossements étaient ceux de prisonniers politiques qui auraient été massacrés par les sandinistes, au pouvoir durant les années 80. Les archéologues ont plus tard identifié les ossements comme datant de la période pré-colombienne.
L’abbé Peña a refusé de faire des commentaires sur cet argent. Le 15 octobre, Eddy Montenegro, vicaire de l’archidiocèse de Managua, a retourné quelque 20’000 dollars qu’il aurait reçus du Conseil électoral suprême (CES) du gouvernement pour la rénovation d’églises.
Le Conseil électoral est dirigé par Roberto Rivas, fils de l’intendante du cardinal Obando. Roberto Rivas a été aussi directeur de la Coprosa de 1981 à 2000 et vice-recteur de l’université catholique du Nicaragua jusqu’à l’an 2000.
Roberto Rivas vient d’être réélu à la présidence du Conseil électoral. Les procureurs du gouvernement actuel avertissent qu’il pourrait bientôt faire l’objet de poursuites. (apic/eni/pr)




