1.1.1.3.1 Les nouvelles normes voulues par le Vatican sous la critique

1.1.1.3 Etats-Unis: Les évêques américains réunis à Washington sur le thème des abus sexuels

Washington, 11 novembre 2002 (APIC) 5 mois après leur dramatique assemblée plénière de juin 2002 à Dallas, en plein scandale d’abus sexuels commis par des membres du clergé, les évêques américains sont à nouveau réunis depuis lundi sur le même thème.

Quelque 200 évêques participent du 11 au 14 novembre à Washington à leur rencontre d’automne qui doit traiter des «normes» et de la «Charte» sur les cas d’abus sexuels commis par des clercs sur des mineurs. Les amendements apportés par le Vatican, qui devraient être adoptés par les évêques cette semaine, suscitent des réactions mitigées dans le public américain. Les défenseurs des victimes y voient tout simplement un «retour en arrière».

Ces documents ont été «retravaillés» par une commission mixte entre le Vatican et les évêques des Etats-Unis. Le Vatican avait rejeté le mois dernier la «Charte» adoptée en juin à Dallas par les évêques des Etats-Unis pour lutter contre la pédophilie dans l’Eglise. Dans sa réponse, le Vatican avait qualifié le document des évêques des Etats-Unis de «vague» et d’ »imprécis», avant d’annoncer la constitution d’une commission chargée de le réviser. La commission est composée de quatre membres de la Curie romaine et de quatre évêques des Etats-Unis.

Dans une lettre publiée le 18 octobre, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques avait répondu à la Conférence épiscopale des Etats-Unis en affirmant que la «Charte» et les «normes» avaient besoin d’être précisées et retravaillées d’un point de vue juridique de manière à ce qu’elles puissent être compatibles avec le droit canonique universel de l’Eglise. Il s’agissait notamment de mieux protéger les droits des prêtres.

Le rôle des laïcs redimensionné

De son côté, Mgr Wilton Gregory, président de la Conférence épiscopale, n’avait pas caché son souhait d’obtenir des lois particulières pour les Etats-Unis. Les évêques américains ont mis sur pied une politique rigoureuse de traitement des membres du clergé fautifs: pour que les cas d’abus ne soient plus mis sous le tapis, des «review boards», à savoir des commissions composées majoritairement de laïcs, sont désormais chargées d’examiner et d’évaluer les accusations.

En cas de soupçons d’abus crédibles, les prêtres accusés d’agressions sexuelles contre des mineurs sont immédiatement suspendus. En cas de preuves, ils sont éloignés de leur ministère de façon définitive. Ce sont jusque-là les mesures les plus sévères adoptées dans le monde. Des cas remontant à de nombreuses années doivent être également sanctionnés de la même manière, et l’on ne considère pas la prescription pour des repentis qui ont fauté une seule fois.

Un désastre médiatique

Grâce à cette fermeté, Mgr Wilton Gregory avait repris l’initiative, notamment face au désastre médiatique auquel devait faire face l’Eglise catholique américaine. Devant revoir leur copie à la demande expresse du Vatican, les évêques américains sont à nouveau la cible de la colère et de l’indignation des victimes d’abus sexuels et de leurs représentants. «C’est un retour à la case de départ», déplorait alors Barbara Blaine, présidente du Réseau des survivants d’abus sexuels commis par des prêtres (SNAP).

A Boston, le groupe laïc «Voice of the Faithful» (voix des fidèles), et des groupes représentant les victimes, ainsi que Tom Reilly, procureur général de l’Etat du Massachusetts, ont déploré la tournure des événements. Ils craignent que les évêques en reviennent aux pratiques qui permettaient à l’Eglise de maintenir des prêtres abuseurs dans des fonctions leur donnant accès à des enfants. Les critiques s’inquiètent que les normes révisées par la commission mixte requièrent des commissions laïques chargées d’examiner les cas d’abus qu’elles soient subordonnées aux évêques.

Ils regrettent aussi qu’elles devront désormais travailler dans le secret, écrit le quotidien «The Boston Globe». Ce qui permettra au Vatican de décider lui-même quels sont les prêtres qui peuvent être démis de leurs fonctions et ceux qui seront maintenus à leur poste. Si l’assemblée plénière de Washington accepte les changements proposés, les évêques auront la possibilité de dénoncer ou non les abus à la police – en fonction de la législation des divers Etats – , et ne seront donc plus obligés de rapporter automatiquement les allégations d’abus aux autorités.

Le cardinal Roger Mahony calmait rapidement les inquiétudes en assurant qu’ »aucun prêtre ayant abusé d’un mineur ne pourra exercer son ministère au sein de l’Eglise». Mgr Gregory estime pour sa part que l’essentiel des normes adoptées à Dallas ont été préservées malgré les corrections « mineures » apportées par le Vatican. L’Eglise catholique des Etats-Unis traverse une période troublée en raison de dizaines de cas d’abus sexuels commis par des membres du clergé. Elle a besoin d’un «profond examen de conscience», déclarait en juin dernier le cardinal américain James Francis Stafford, président du Conseil pontifical pour les laïcs à Rome. Cela concerne tout autant les fidèles laïcs que les prêtres, les évêques et évidemment la curie romaine, soulignait-il.

Lors de leur rencontre annuelle à Washington, les évêques catholiques américains ne vont pas seulement réviser leurs directives prônant une «tolérance zéro» en cas d’abus commis par des membres du clergé, mais également aborder la question d’un éventuel concile national plénier. Une telle rencontre de ce type, qui ne s’est plus tenue aux Etats-Unis depuis plus d’un siècle, devrait notamment chercher comment promouvoir la sainteté, le célibat des prêtres et la morale sexuelle catholique. La couverture médiatique de la rencontre épiscopale de Washington est une nouvelle fois très importante. De nombreux groupes d’intérêts, dont les associations de victimes, suivent les débats de très près et ont annoncé des manifestations et des veillées de prière. (apic/cic/bglobe/be)

11 novembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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