Diviser pour régner

Sénégal: Les intellectuels s’élèvent contre les discriminations socioculturelles

Dakar, 17 novembre 2002 (APIC) Des intellectuels et universitaires sénégalais ont dénoncé cette semaine à Dakar, la discrimination de caste, de religion, d’ethnie ainsi que le mépris culturel envers toutes les minorités du pays. Ils ont dénoncé les «exploitations tendancieuses par le pouvoir» des différences socioculturelles qui provoquent la discorde entre les populations.

Réunis conférence sur les origines de la crise politico-militaire en Côte- d’Ivoire qui dure depuis le 19 septembre denier, des intellectuelles et universitaires sénégalais ont condamné le concept de «l’ivoirité». Ils l’ont identifié comme la racine du mal ivoirien, car il se développe sur une politique d’exclusion et de manque de solidarité nationale, ce qui fragilise l’Etat et accumule les frustrations depuis de nombreuses années.

Ce mal guette la plupart des pays africains, dont le Sénégal où il existe sous d’autre forme, ont-ils souligné. «Nous condamnons les propos, méthodes et démarches de toute nature qui dans nos pays valorisent le régionalisme, la condescendance culturelle, l’esprit de caste et le favoritisme confrérique, de même que les préjugés de race ou de religion».

Tout en se prononçant pour le respect «des règles élémentaires de l’Etat de droit et de la laïcité, de la citoyenneté et de la république dans chacun de nos pays», ils se sont déclarés opposés «au chauvinisme, au nationalisme étroit, et au territorialisme». «Nous disons oui à l’intégration africaine et à la citoyenneté, rejetons les conflits et les tensions de toutes sortes, tant les problèmes confessionnels, les guerres de religion, l’ostracisme, la haine tribale, l’intolérance, les préjugés de race qui servent d’exutoire et attisent les situations économiques et sociales qui sont déjà catastrophiques», ont ils encore déclaré.

Le cas sénégalais

En ce qui concerne le cas du Sénégal, le sociologue Malick Ndiaye, a fustigé la «confrérisation et la tyrannie de la langue woloff» sur les autres langues du pays. Le woloff est officiellement la langue dominante du pays. Mais c’est surtout celle de l’influente confrérie des mourides à laquelle appartient le président Abdoulaye Wade, a indiqué le sociologue

Il a déploré les manipulations idéologiques faites pour des «enjeux de pouvoir autour des questions d’identité ethnique ou d’appartenance religieuse au Sénégal». Selon lui, si des correctifs ne sont pas apportés à cette situation, des réactions de défense culturelle ou ethnique pourraient voir le jour dans le pays à tout moment.

Le favoritisme confrérique au Sénégal, marqué par les relations privilégiées entre le président Wade et son marabout, le khalif général des mourides, abouti à des «situations funestes pour l’économie et à un repli identitaire», a déclaré Malick Ndiaye à l’APIC. Il contribue aussi à faire peur aux catholiques du pays qui, a-t-il indiqué, dépassent largement les chiffres officiels des 7% dont on a jusqu’ici parlé. Les statistiques officielles sur les populations sénégalaises sont «mal établies et dangereuses pour la stabilité du pays», a rappelé le sociologue. (apic/ibc/sh)

17 novembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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