Inquiétude et polémique dans le pays

Maroc: Les agressions islamistes contre les femmes non voilées se multiplient

Rabat, 15 décembre 2002 (APIC) Une jeune lycéenne marocaine de 18 ans a frôlé la mort la semaine dernière. Dans un quartier de Rabat, un homme habillé à la saoudienne a tenté de l’égorger, en déclarant vouloir la punir parce qu’elle ne portait pas le voile islamique.

Trois jours après, dans le même quartier, une autre étudiante a connu la même mésaventure. Alors qu’elle sortait d’une pharmacie, un individu, répondant au même signalement que celui de l’agresseur de la jeune lycéenne, l’intercepte. Il lui passe un objet tranchant sous la gorge, puis fait mine de lui ouvrir le ventre. En perpétrant son forfait, l’agresseur dit à sa victime qu’il ne s’agissait là que d’un avertissement et qu’il l’aura à l’oeil pour lui infliger pire sanction au cas où elle ne se décide pas à porter le voile islamique.

Ces exemples d’agressions ont été rapportés par le quotidien «Libération» de Casablanca, dans son édition du 9 décembre. Citant un communiqué de l’Union de l’Action Féminine (Uaf), il attire l’attention sur la fréquence et la gravité de tels actes perpétrés par des groupes terroristes agissant en plein jour. Des groupes «d’obscurantistes», armés d’épées, sillonnaient récemment quelques grandes artères de Rabat à la chasse aux femmes non voilées. Après une «entrée en matière» sanglante, ils les somment de mettre le voile et les menacent de «repasser» la prochaine fois pour vérifier. Sinon, c’est le pire qui les attend, a indiqué «Libération».

Selon l’Uaf, depuis octobre, le centre «Annajda» d’assistance aux femmes victimes de violence a enregistré cinq cas de ce genre. Des plaintes ont également été déposées auprès des services de police. La préfecture de police de Rabat a affirmé le 12 décembre 2002 à l’AFP qu’elle n’a reçu qu’une seule plainte d’une femme agressée pour «non-port du voile». L’information à ce sujet a été «amplifiée», a-t-elle poursuivi.

Augmentation des agresions intégristes, selon la presse

De façon générale, les agressions perpétrées par des intégristes islamiques contre les femmes non voilées inquiètent la presse. Le quotidien «Libération» a souligné ainsi que ces actes rappellent, «à plusieurs égards, les prémices de ce qui s’est passé en Algérie au début des années 1990». Plusieurs autres journaux indépendants, tel que «Aujourd’hui le Maroc», ont été unanimes à reconnaître cette semaine, que les «agressions intégristes» ont augmenté dans certaines grandes villes marocaines, notamment à Rabat, à Casablanca et à Fès, a rapporté l’AFP. Selon ces journaux «des individus agissant au nom de l’islam ont recours à l’arme blanche, à l’agression verbale ou physique et aux menaces pour intimider des jeunes filles ou des femmes et les sommer de mettre le hijab (voile)».

L’Uaf s’est déjà constituée partie civile dans les poursuites engagées contre les agresseurs. Elle a lancé un appel à l’Etat et à toutes les instances concernées, pour préserver l’intégrité physique et la quiétude des citoyennes et citoyens. Latifa J’Babdi, une militante de l’Uaf a déclaré à «Libération» que «l’Etat connaît les groupes qui encouragent ou dont les membres se livrent à ce genre de crimes. Il a les moyens et c’est à lui de trouver ces criminels et les traduire en justice». (apic/ibc/bb)

15 décembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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